Édition du 18 septembre 2018

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Environnement

5 manières d’affronter les compagnies pipelinières

Partout dans le monde, l’inquiétude face aux menaces posées par les grandes compagnies pipelinières monte. Les pipelines sont sujets à des déversements et, par conséquent, ils présentent un risque sérieux pour l’eau et la faune, les écosystèmes et les communautés qui se trouvent sur leur tracé.

Tiré du site de Greenpeace Canada.

Une étude récente produite par Greenpeace U.S. révèle que les pipelines appartenant à trois compagnies, soit Kinder Morgan, TransCanada et Enbridge, occasionnent en moyenne un déversement de pétrole par semaine depuis 2010, aux États-Unis seulement. Une autre analyse des pipelines appartenant Energy Transfer Partners (ETP) et de Sunoco (qui appartient désormais à ETP), établit la fréquence moyenne des déversements à un incident tous les 11 jours depuis 2002. ETP est la compagnie responsable du pipeline Dakota Access, qui a déclenché l’emblématique résistance autochtone à Standing Rock.

Mais il y a pire encore.

Pour faire face à l’état de crise climatique grandissante – entraînant des « super tempêtes », des inondations, des feux de forêts et d’autres phénomènes météorologiques extrêmes – nous devons passer rapidement de l’utilisation de combustibles fossiles à celle d’énergies renouvelables. Les nouveaux projets de pipelines vont dans le sens inverse. Ils contribuent à l’expansion de la production et de la consommation des énergies fossiles, nous enfermant dans un cycle croissant d’émissions et d’addiction au pétrole, au moment même où nous devrions réduire l’ampleur de l’industrie des énergies fossiles et de ses infrastructures au moyen d’une transition juste vers les énergies renouvelables.

De plus, la construction de grands projets de pipelines coûte des milliards de dollars qui seraient mieux investis dans la création de plus d’emplois de manière à soutenir aussi bien l’environnement que l’économie si cela était fait au profit de l’économie d’énergies propres de l’avenir.

Sur la base de ces préoccupations, entre autres, de nombreuses communautés autochtones s’opposent aux projets de construction de nouveaux pipelines devant traverser leurs territoires. Les protecteurs autochtones de la terre et de l’eau mènent le mouvement grandissant contre les pipelines au profit d’un avenir meilleur pour nous tous.

Plutôt que d’assumer leur responsabilité envers les problèmes qu’elle cause et de travailler pour les résoudre, l’industrie pipelinière utilise des tactiques répréhensibles pour réduire au silence les défenseurs des droits des peuples autochtones, d’une économie durable et d’un environnement sain. Des fausses campagnes populaires (ou astroturfing) à la poursuite judiciaire sans fondement de 900 millions de dollars contre Greenpeace et d’autres groupes, en passant par le financement de mercenaires et l’emploi de tactiques de guerre contre des manifestants pacifiques, on dirait que l’industrie est prête à n’importe quel coup bas.

Toutefois, loin de se décourager, le mouvement gagne en ampleur et en force de jour en jour. Nous ne serons ni intimidés, ni réduits au silence. Les multiples exemples, beaux et inspirants, de personnes qui ripostent contre l’industrie pétrolière ne manquent pas. Voici cinq des innombrables actions qu’elles prennent pour affronter les compagnies pipelinières :

1) Action directe contre Kinder Morgan : Le géant pipelinier du Texas Kinder Morgan projette de construire un pipeline allant des sables bitumineux canadiens jusqu’à la côte du Pacifique. Les membres de la communauté autochtone Tsleil-Waututh et leurs alliés, dont Greenpeace Canada, ont monté le Coast Salish Watch House (appelé Kwekwecnewtxw) à côté du site de construction de Kinder Morgan. Le Watch House sert de poste d’observation face aux ennemis du peuple Tsleil-Waututh (comme la compagnie pipelinière) – coutume qui n’avait pas été mise en pratique depuis fort longtemps. La construction du Watch House a été suivie d’un acte de désobéissance civile pacifique contre le pipeline de Kinder Morgan qui a entraîné l’arrestation d’environ 200 personnes depuis le mois de mars, dont des grand-mères et des grands-pères, le co-fondateur de Greenpeace Rex Wyler, et deux députés en fonction.

2) Installation de panneaux solaires sur le tracé du pipeline Keystone XL : Le Keystone XL est un autre pipeline emblématique, proposé par la compagnie canadienne TransCanada qui transporterait les sables bitumineux du Canada vers les États-Unis. Des propriétaires et des groupes autochtones résidant sur le tracé du pipeline agissent ensemble et inspirent le monde entier par leur résistance créative, dont fait partie l’installation de panneaux solaires directement sur le tracé du pipeline pour empêcher sa construction, tout en rappelant qu’il existe des alternatives aux combustibles fossiles.

3) Opposition ferme face aux poursuites-bâillons : L’année dernière, ETP a intenté une poursuite-bâillon sans fondement de 900 millions de dollars contre Greenpeace U.S., Greenpeace International et d’autres groupes pour avoir soutenu le mouvement autochtone à Standing Rock. En 2016, ce mouvement de résistance emblématique a attiré l’attention du monde entier sur les méfaits de l’industrie pipelinière. La poursuite-bâillon est un moyen de faire taire les critiques et de dresser une barrière entre les protecteurs de l’eau autochtones et leurs alliés, tels que Greenpeace. Cette stratégie a échoué. Greenpeace et le mouvement plus largement ont intensifié leur soutien au profit de la résistance autochtone aux pipelines. Nous nous tenons debout face à ETP et nous sommes unis dans la lutte contre tous les pipelines aux effets dévastateurs.

4) La désobéissance civile pour arrêter la construction de la Ligne 3 d’Enbridge : Le projet d’extension du pipeline de la Ligne 3 d’Enbridge relierait également les sables bitumineux canadiens aux États-Unis. Là encore, les peuples autochtones mènent le combat. Honour the Earth, qui est un des groupes principaux du front de résistance contre le pipeline a déclaré que « le nouveau tracé proposé menace la région des Grands Lacs, qui contient un cinquième de l’eau douce de la planète, et dont les sols, les lacs et les aquifères sont parmi les plus délicats du nord du Minnesota. Il menace également les ressources cruciales qui se trouvent sur territoire désigné Ojibwe par le traité, sur lequel les membres de la collectivité tribale conservent les droits de chasser, pêcher, piéger, se rassembler, tenir des cérémonies traditionnelles et se déplacer. Les protecteurs de l’eau autochtones et leurs alliés s’opposent pacifiquement à la construction en vue d’arrêter l’avancement de ce projet dommageable.

5) L’Eau Est La Vie : Dans le sud de la Louisiane, Energy Transfer Partners (ETP) est en train de construire un autre pipeline controversé, le Bayou Bridge, qui serait le dernier tronçon (sud) du système de pipelines relié au Dakota Access Pipeline. L’Eau Est la Vie est un camp de résistance (http://nobbp.org/) autochtone qui a été érigé pour s’opposer à ce projet en raison des risques qu’il pose pour l’eau potable et les milieux humides, entre autres. L’année dernière, de nombreuses personnes sont venues de loin pour l’ouverture du camp : des chefs autochtones, des communautés de défense de la justice environnementale, et des groupes alliés. Les protecteurs de l’eau ont ouvert le camp L’Eau Est La Vie avec 12 jours de prière consécutifs suite à une cérémonie de prière traditionnelle Maya, dirigée par l’aînée Quiché Doña Teresa. Vous pouvez lire un témoignage personnel ici.

Alex Speers-Roesch

Militant de Greenpeace Canada.

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