Édition du 23 mai 2017

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Asie/Proche-Orient

50 ans d'occupation, c'est beaucoup trop long

Dans quelques semaines seulement, le monde va franchir une étape importante qui donne matière à réfléchir. En juin 2017, Israël fêtera sa cinquantième année en tant que puissance militaire occupante des territoires palestiniens. Compte tenu de l’attitude blasée de l’Occident, cet anniversaire peut paraître insignifiant, mais l’espoir et l’avenir de millions de personnes au Moyen-Orient dépendent d’un changement du statu quo.

L’auteur est président de Canadiens pour la Justice et la Paix au Moyen-Orient (CJPMO).

Certains Canadiens ont une attitude fataliste à l’égard de l’occupation et des conflits qui lui sont associés. Ils affirment que « le conflit ne prendra jamais fin » ou qu’« ils se battent déjà depuis des milliers d’années », ce qui est faux. Quoi qu’il en soit, et en écartant mythes et cynisme, cinquante ans d’occupation militaire, c’est beaucoup trop long. Et les acteurs internationaux, incluant le Canada, devraient sérieusement s’engager à y mettre fin. Surtout que cette impasse dans laquelle se trouvent les Israéliens et les Palestiniens représente l’échec de la diplomatie internationale, et demeure une source de conflit continu dans la région du grand Moyen-Orient.

Certains Israéliens ont suggéré que ces territoires palestiniens - la Cisjordanie, Jérusalem-Est, et Gaza - leur appartenaient, gagnés à la suite d’une guerre contre la Jordanie et l’Égypte en 1967. Néanmoins, la Charte des Nations unis et les lois internationales ne reconnaissent pas l’acquisition de territoire par la force. De plus, ces territoires n’ont jamais appartenu ni à la Jordanie ni à l’Égypte et n’étaient donc pas à « perdre ».

L’occupation militaire d’Israël n’est pas bénigne et a largement été condamnée par des experts juridiques. Elle s’accompagne de soldats, d’armes, de murs, de postes de contrôle, de tours de tireurs, d’arrestations, de fouilles, de confiscation de terre, de démolition de maison et de bien d’autres choses.

Chaque jour, les civils palestiniens sont soumis à une triste réalité : ils font la queue aux postes de contrôle pour pouvoir aller au travail ; ils tolèrent des fouilles humiliantes ; les fermiers n’ont plus accès à leurs oliveraies ; les patients ont du mal à accéder aux établissements de santé ; et les familles vivent dans la peur de perdre leur logement. Après 50 ans, il n’est donc pas étonnant de voir certains d’entre eux perdre espoir, et se tourner vers la violence pour évacuer leur frustration.

L’occupation est également destructrice pour Israël. Un livre publié par l’Association israélienne de Science Politique conclut que l’occupation d’Israël a sévèrement ébranlé les valeurs fondamentales de la société ainsi que ses institutions. Les auteurs soutiennent que les soupçons et la méfiance au sein de la société israélienne occupante se transforment en mépris et humiliation des Palestiniens occupés. Et ce sont ces changements qui, selon le livre, provoquent l’effondrement de la texture morale d’Israël. Le journaliste des droits de la personne Gideon Levy est plus direct « Israël est un état dont le sens de l’orientation a été perdu, comme sa capacité à distinguer le bien du mal ».

Rien ne justifie que les Palestiniens n’aient pas leur propre état. C’était l’objectif du Plan de partage de l’ONU en 1947, et le droit à l’autodétermination de tous les peuples est prescrit par le droit international. Durant des années, les Palestiniens ont rempli les trois critères nécessaires à l’autodétermination : 1. Ils existent en tant que peuple distinct ayant une identité distincte. 2. Les frontières palestiniennes sont claires, et se baseront sur la ligne verte de l’armistice en 1949. 3. Ils ont un gouvernement reconnu, l’Autorité palestinienne, établi par les accords d’Oslo en 1993.

Le monde, dans sa grande majorité, est prêt à accueillir la Palestine comme un membre de la communauté des Nations unies. En 2012, un vote de l’Assemblée Générale (138 voix pour et 9 contre) accordait à la Palestine le statut d’« État observateur » de l’ONU. Il n’y a aucune raison pour que les aspirations culturelles, économiques et sociétales des Palestiniens continuent à être freinées par une occupation israélienne brutale et intrusive.

Il est vrai qu’il y aura de nombreux défis logistiques à la création d’une Palestine libre aujourd’hui. Surtout qu’Israël a travaillé dur pendant 50 ans pour freiner l’autodétermination des Palestiniens en changeant les réalités du terrain. En effet, Israël a déplacé illégalement 600 000 civils juifs israéliens en territoire palestinien, violant ainsi directement la quatrième Convention de Genève qui interdit la colonisation des terres occupées.

Mais ces obstacles, et bien d’autres, pourraient être surmontés si l’Occident avait l’honnête désir de le faire. L’initiative de Genève en 2003 est l’une des nombreuses initiatives indépendantes entre les civils israéliens et palestiniens qui démontre qu’une solution mutuellement acceptable à la fois pour les Israéliens et pour les Palestiniens est possible. Pour une grande partie du monde, le manque de détermination des gouvernements Occidentaux concernant le conflit israélo-palestinien, discrédite leurs discussions sur les droits de la personne.

Les puissances moyennes comme le Canada peuvent avoir l’impression qu’elles n’ont pas un grand rôle à jouer, mais ce n’est pas vrai. Les Israéliens et les Palestiniens aspirent tous les deux à la légitimité et abhorrent évoquer leurs violations aux droits de la personne. Tout comme la condamnation des colonies par le Conseil de sécurité a agacé Israël en décembre, la condamnation continue des abus aux droits de la personne par le Canada et d’autres créeront également des pressions pour mettre fin à cette impasse.

Le monde n’aurait pas toléré que des soldats américains occupent l’Allemagne cinquante ans après la Deuxième Guerre mondiale. Pourquoi alors tolérer des soldats israéliens en Cisjordanie cinquante ans après la guerre de 1967 ? À moins que quelque chose ne pousse Trudeau, Trump et les autres dirigeants occidentaux à agir, l’occupation militaire israélienne en cours fêtera bientôt un autre anniversaire. Et dans ce cas, les Israéliens et plus principalement les civils palestiniens continueront à payer le prix cher de notre indifférence.

Thomas Woodley

Président de Canadiens pour la Justice et la Paix au Moyen-Orient (CJPMO)

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