Édition du 11 décembre 2018

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Histoire

95e anniversaire des émeutes de Québec contre la conscription

tiré de : Infolettre avril 2018 De Alternative Socialiste

Au début du XXe siècle, pour avoir leur part du gâteau sur le marché mondial, les puissances impérialistes européennes étaient prêtes à tout. Le conflit était inévitable. La Première Guerre mondiale (1914-1918) fut l’une des plus grandes boucheries de l’histoire et oppose essentiellement la France, l’Angleterre et la Russie à l’Empire allemand et austro-hongrois. Comme elle l’avait fait lors de la Guerre des Boers quelques années plus tôt, l’Empire britannique sollicite ses colonies pour sa chair à canon.

Les émeutes de Québec

Le gouvernement canadien adopte la Loi sur le service militaire le 29 août 1917, mais ce n’est qu’à partir du 1er janvier 1918 que la conscription obligatoire est rigoureusement appliquée. Cette loi est un échec. Sur les 401 882 hommes enregistrés, uniquement 124 588 d’entre eux se présenteront aux bureaux de l’armée. Pour y échapper, plusieurs n’hésiteront pas à se cacher dans les bois ou à se mutiler pour ne pas participer à un conflit qui ne les concerne pas. Le gouvernement doit donc aller chercher les conscrits de force. Cela entraîne plusieurs abus de pouvoir et d’actes de violence de la part des autorités.

Ces enlèvements provoquent la colère de la population, plus particulièrement dans les quartiers populaires, les plus touchés par ces “kidnappings “. Des émeutes auront lieu à Sherbrooke et à Montréal, mais c’est dans la Basse-Ville de Québec que les affrontements seront les plus violents. L’arrestation de Philipe Landry le 28 mars 1918 met le feu aux poudres. Ce dernier allait jouer aux quilles lorsqu’il fut arrêté par l’armée. Landry était exempté du service militaire, mais n’avait pas ses papiers sur lui. Il est donc arrêté. Rapidement, une foule se masse autour du poste de police où Landry est détenu et brise les vitres du bâtiment.

Le 29 mars, une foule encore plus nombreuse que la veille monte dans la Haute-Ville et saccage les bureaux de deux journaux favorables à la conscription. Les manifestants pénètrent également dans ce qui est aujourd’hui le Capitole de Québec et brûlent les dossiers des conscrits. Le gouvernement canadien envoie un régiment de soldats anglophones pour mater les travailleurs de Québec. Ce régiment est dirigé par un francophone, le général François-Louis Lessard, célèbre pour avoir brisé violemment plusieurs grèves et maté les rébellions des Métis du Manitoba. Le 30 mars, la cavalerie charge la foule rassemblée autour du manège militaire, faisant plusieurs blessés.

Le matin du 1er avril, le maire de Québec, Henri-Edgar Lavigueur, diffuse via les journaux un appel au calme, en vain. Les troubles se poursuivent, mais cette fois-ci les militaires tirent sur la foule et assassinent :

– Honoré Bergeron, menuisier, 49 ans.
– Alexandre Bussières, mécanicien, 25 ans.
– Édouard Tremblay, étudiant, 23 ans.
– Georges Demeule, cordonnier-machiniste, 15 ans.

Les soldats ne seront jamais inculpés pour leurs crimes et les familles des victimes ne seront pas indemnisées. Durant tout le mois d’avril, l’armée quadrille la Basse-Ville de Québec avec l’autorisation de « tirer pour tuer » et plusieurs centaines d’arrestations auront lieu. Cette répression brutale mit fin aux mouvements de protestations.

Des actions isolées ?

Les émeutes de Québec ne sont pas des actes isolés. Elles s’inscrivent dans le ras-le-bol généralisé des travailleurs occidentaux. En 1916, l’armée britannique écrase dans le sang le soulèvement des républicains irlandais à Dublin. En 1917, tous les belligérants connaîtront une vague importante de mutineries. L’une d’entre elles conduit au renversement du tsarisme et à l’instauration d’une république ouvrière. La Révolution russe suscite l’enthousiasme des exploités partout sur la planète et plusieurs soulèvements révolutionnaires auront lieu, notamment en Allemagne, en Hongrie, en Italie et en Écosse.

En Amérique du Nord, la réaction des gouvernements est brutale. Aux États-Unis, le département de la Justice organise les Palmers Raids, qui consistent à expulser les dissidents politiques de gauche d’origines étrangères. Le Canada fait la même chose, mais ne parvient pas à empêcher une vague de grèves très importantes partout au Canada durant l’hiver 1918-1919, dont la plus importante grève générale de l’histoire canadienne qui paralyse Winnipeg durant les mois de mai et de juin 1919.

Leçons de l’histoire

Au Québec, les idées socialistes n’ont jamais eu d’ancrage important, comme c’était le cas un peu partout dans le monde, mais nous ne pouvons pas nier que l’anti-impérialisme aigu des Canadiens français était grandement déterminé par une conscience de classe. L’ennemi, aujourd’hui comme hier, des travailleurs québécois, était les classes dominantes, autant francophone qu’anglophone. L’Église et la petite-bourgeoise francophone, relais traditionnel du pouvoir capitaliste, dénoncent farouchement les émeutes. Évidemment, ce ne sont pas eux qui allaient dans les tranchées, mais les travailleurs. Comme le disait le révolutionnaire Louis Blanc : « C’est avec les pauvres que les riches se font la guerre. »

Cette colère spontanée des travailleurs et travailleuses s’évanouit aussitôt que la répression devient trop forte. Pour que cette colère se traduise en gain politique, il manquait aux travailleurs et travailleuses de Québec une organisation politique. C’est exactement ce qui nous manque aujourd’hui : un mouvement politique de masse ayant pour objectif de défendre les intérêts des travailleurs et des travailleuses.

Nous demandons :

– Que chaque année soient annuellement organisées des activités pour commémorer les émeutes de Québec. La bourgeoisie commémore ses batailles, les travailleurs et travaillleuses doivent faire la même chose.

– Que les symboles de l’impérialisme britannique soient abolis au Québec et au Canada (Lieutenant gouverneur, serment d’allégeance).

– Une république indépendante des travailleurs et travailleuses du Québec.

– Une confédération des républiques des travailleurs et travailleuses en Amérique du Nord.

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