Édition du 11 décembre 2018

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Afrique

Afrique : Une enquête “open source” de la BBC prouve la culpabilité de soldats camerounais

À partir d’outils en “open source” – c’est-à-dire publics –, la nouvelle cellule d’investigation de la BBC Afrique est parvenue à déterminer les circonstances d’un massacre de civils. Et ainsi à dédire le gouvernement camerounais, qui niait catégoriquement l’implication de ses soldats dans la tuerie.

Tiré de Courrier international.

En juillet dernier, une vidéo montrant le massacre de plusieurs civils par des hommes en treillis a fait le tour du web. Ces individus, accusés de complicité avec le groupe terroriste Boko Haram, ont froidement assassiné plusieurs femmes et enfants devant la caméra. Ces images extrêmement violentes ont soulevé des interrogations : où le massacre a-t-il eu lieu, et quand ? Qui sont ces hommes en habits militaires ? Sont-ils vraiment soldats ? C’est précisément ce qu’Africa Eye, nouvelle cellule d’investigation de la BBC, chaîne publique britannique, a cherché à savoir dans son enquête “Anatomie d’un massacre” – disponible en intégralité et en anglais ici.

Une équipe de journalistes, de scientifiques et d’analystes a passé les images au peigne fin, à la recherche d’indices permettant de déterminer les circonstances de ce massacre. En utilisant des sources de données publiques comme Google Earth, ils ont cherché à localiser et à dater la tuerie, mais aussi à savoir qui étaient les hommes qui l’ont perpétrée.

Crête des montagnes, position du soleil, modèle des armes…

Sur les réseaux sociaux, chacun y va de son interprétation. Pour certains, la scène s’est déroulée au Mali. Pour d’autres, pas de doute, c’est au Cameroun. Mais en juillet, le gouvernement de Yaoundé est formel : ceux qui accusent les soldats camerounais d’avoir commis ce crime ne font que diffuser des fake news. Le ministre de la Communication, Issa Tchiroma Bakary, explique que les soldats ne portent pas ce type de treillis dans le nord du pays – zone où le Cameroun combat Boko Haram, à la frontière avec le Nigeria – et qu’ils auraient dû porter un équipement complet s’ils y étaient en mission.

Grâce à la courbe formée par la crête d’une chaîne de montagnes présente à l’image, mais aussi grâce aux arbres et bâtiments apparaissant sur la vidéo, les analystes ont pu confirmer que ces images ont été prises sur un chemin de terre près de la ville de Zelevet, dans l’extrême nord du Cameroun. La présence de certaines bâtisses, construites récemment, a aussi permis aux enquêteurs de resserrer petit à petit leurs hypothèses sur la date. Croisées avec les données sur la position du soleil ou encore la poussière sur la route, ces informations leur ont permis d’acquérir la certitude suivante : le massacre a eu lieu entre le 20 mars et le 5 avril 2015.

Des soldats mis en cause

Les armes visibles sur la vidéo ont aussi été étudiées. Le gouvernement camerounais avait assuré que celles-ci n’étaient pas utilisées par ses soldats. Pourtant, les Zastava M21 [fusils d’assaut] fabriqués en Serbie qu’on aperçoit sur les images sont bien utilisés par certaines divisions de l’armée camerounaise. Enfin, dans la vidéo, les assassins s’invectivent par leurs surnoms : les enquêteurs ont croisé ces surnoms avec les profils Facebook de soldats camerounais, ce qui leur a permis d’identifier trois d’entre eux.

Peu de temps après, le gouvernement camerounais a publié la liste de sept soldats sous le coup d’une enquête : parmi eux figuraient les hommes identifiés par la BBC Afrique. “La déclaration du gouvernement indique clairement que tous ces hommes bénéficient de la présomption d’innocence, et qu’ils recevront un jugement équitable”, constate Africa Eye. “Les deux femmes tuées près de Zelevet n’ont eu droit à aucun procès. Aucune présomption d’innocence n’a été accordée aux enfants qui sont morts avec elles.”

Des questions “qui concernent de près les Africains”

Lancée en avril 2018 parla BBC, la cellule d’investigation Africa Eye vise à “promouvoir le journalisme d’investigation dans toute l’Afrique” et à “renforcer les compétences des journalistes d’investigation africains”, explique Nisha Kapur, son directeur éditorial. Toutes les émissions, poursuit-il, “seront fondées sur un travail de reportage qui mettra les puissants devant leurs responsabilités. Elles traiteront de questions qui concernent de près les Africains. Ces reportages seront réalisés dans un style novateur et contemporain, susceptible d’attirer les jeunes téléspectateurs”.

La toute première émission d’Africa Eye traitait de l’addiction à la codéine au Nigeria. Plusieurs autres enquêtes ont été diffusées depuis, notamment sur la guerre invisible en Ambazonie (nord du Cameroun) ; les violences sexuelles en Afrique du Sud ou encore sur les meurtres rituels au Malawi.

Courrier International

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