Édition du 14 novembre 2017

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Afrique

Algérie. L’orientation du nouveau gouvernement d’Ouyahia

Avec l’arrivée d’Ahmed Ouyahia au gouvernement [depuis le 16 août 2017 ; il avait déjà occupé ce poste de 2008 à 2012 et avait été chef de cabinet du Président de la République de 2014 à 2017], version « réformateur libéral », comme il s’est lui-même défini, semble s’installer d’une manière assez forte l’option d’une intégration économique complète et libérale au marché mondial.

Tiré de À l’encontre.

Les hésitations face une telle totale intégration, à titre de rappel, sont à l’actif de ce même pouvoir et de ce même Ouyahia qui était « patriotique » dans un passé récent. Il continue à être le parfait technocrate, « commis de l’état », prêt à appliquer toutes les thérapies de choc nécessaires pour appliquer n’importe quel programme de choc. L’épisode Tebboune [1], qui a tenté une timide et solitaire tentative de rappeler les prérogatives « d’un état souverain contre le pouvoir de l’argent », sa rapide éviction, nous renseigne sur le rapport de force interne et externe au sein du pouvoir qui est désormais en faveur des « forces de l’argent »

• Le recours à la planche à billets, désigné techniquement comme « un financement interne non conventionnel », et qui consiste pour le Trésor public à emprunter directement auprès de la Banque centrale, cache mal l’objectif d’engager un réajustement structurel de l’économie au service du « climat des affaires », selon A. Abderezzak [2]. C’est un discours qui se veut technique et financier alarmant qui a comme fonction idéologique et politique de casser ce qui reste de l’état social, de battre en brèche les acquis sociaux largement entamés par les mécanismes de marché. Il s’agit au fait de continuer les attaques contre les transferts sociaux, la politique des subventions, le système de retraite et abandonner le maigre système de protection sociale.

• Ces mesures technico-financières se drapent aussi d’un discours souverainiste, pour un non-recours à l’endettement extérieur en attendant une sortie de crise qui viendrait dans 5 ans, selon Ahmed Ouyahia. Cette posture est saisie à l’envol par la critique ultralibérale aux aguets. Celle-ci, par la bouche de médias et d’« experts » de questions économiques et financières, pousse vers l’ultime solution financière à la crise qui est celle de l’endettement extérieur, appelée « vérité des prix » au nom de « la réalité du marché ».

Le verdict est fait par l’économiste et ancien chef du gouvernement [de décembre 1999 à août 2000] aujourd’hui opposant Ahmed Benbitour : « Au rythme de l’évolution des importations et du déficit public, on n’aura pas suffisamment de liquidités pour continuer à alimenter le marché national du marché extérieur » [3], lance-t-il, considérant que le gouvernement a fait le choix de la facilité. Mais, insiste-t-il, « ce choix retarde, certes, un peu l’échéance, mais il ne traite nullement la crise, qui nécessite une thérapie de choc ». Thérapie de choc à travers le recours à l’endettement extérieur (!!!) c’est ce que Naomi Klein [4] qualifie de « capitalisme du désastre », c’est-à-dire un type d’opération consistant à lancer des raids systématiques contre la sphère publique, au lendemain de cataclysmes et à traiter ces derniers comme des occasions d’engranger des profits. Or tous ces discours alarmants ont comme but de préparer l’opinion à accepter ce cataclysme financier comme fatalité.

Face à ces mesures, la solution est pourtant politique. Elle consiste à trouver les liquidités nécessaires, pour faire marcher la machine économique, dans le portefeuille des grandes fortunes, et à tracer un programme transitoire de résistance au rouleau compresseur libéral.

• Au soubassement de ce débat économique en cette rentrée sociale et professionnelle s’invite l’enjeu relatif à la présidence. Des voix s’élèvent pour demander l’éviction du président et l’organisation d’une présidentielle anticipée. Quelle que soit la forme revendiquée et qui peut toujours trouver une légitimité juridique à travers l’article 102 de la Constitution, ou encore politique vu la « disparition » du président de toute expression publique et de surcroît dans un régime qui se veut présidentiel, il n’en reste pas moins que ces acclamations cachent mal leur appel aux militaires comme l’ultime solution. Or, vu les rapports de force d’aujourd’hui, une présidentielle anticipée quelle que soit la forme qu’elle prendra reste inopérante dans une perspective d’un changement démocratique réel selon les aspirations populaires et des travailleurs. De toutes les manières, l’échéance d’un changement présidentiel est proche. Dans moins d’une année, l’enjeu au sommet du pouvoir deviendra crucial. C’est ce qui explique aussi le caractère aigu des changements opérés à la tête du gouvernement cet été. Pour une assemblée constituante peut être une revendication démocratique toujours nécessaire de rappeler. Mais elle reste liée à un véritable processus constituant qui reste à construire.

• Un dernier aspect qui marque cette rentrée politique se situe est au plan culturel et des batailles idéologiques à l’endroit de l’école. Le retrait de la « Bassmallah » [terme se trouvant au début des sourates dont la signification est : « Au nom de Dieu clément et miséricodieux…], comme introduction à la première page du livre scolaire – sauf le livre de l’éducation islamique – l’introduction de quelques chapitres avec des rappels aux dispositions anti-discriminatoires de la Convention internationale sur les droits de l’enfant, la publication d’un décret établissant les règles de la prière dans les mosquées, le premier de son genre, destiné à améliorer la qualité de l’Adhan [l’appel à la prière en groupe] et à fixer l’intensité sonore des haut-parleurs, sont en cette rentrée sociale des signes timides qui prolongent la politique, aussi timide que contradictoire, de mener une attaque frontale contre le wahhabisme et l’islamisme djihadiste. Nous sommes bien évidemment très loin d’une laïcisation de l’école et de la vie publique. La réaction des islamistes face à ces actions indique le rapport de force qui les place désormais sur la défensive. (Article rédigé le 29 septembre 2017)

Notes

[1] Le Premier ministre Ahmed Ouyahia a annulé dimanche 27 août le décret exécutif relatif à l’application des régimes de licences d’importation, initié par son prédécesseur à la tête de l’exécutif, Abdelmadjid Tebboune. Abdelmadjid Tebboune avait fait de la réduction de la facture des importations le fer de lance du plan d’action du gouvernement lors de son court passage à la tête de ce département, soumettant un grand nombre de produits au régime des licences et même suspendant l’importation de certains produits alimentaires. (Réd. A l’Encontre)

[2] Voir « Le plan d’action d’Ouyahia est un nouveau programme d’ajustement structurel », El Watan du 1919 septembre 2017.

[3] Voir A. Benbitour : « Les Algériens doivent se préparer à une inflation à quatre chiffres »

[4] Naomi Klein, La stratégie du choc, la montée du capitalisme du désastre, Babel, 2008,

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