Édition du 21 août 2018

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Arts culture et société

Amadeus : Director’s Cut

Ce film, qui traite de la création artistique et de la folie, honore la musique de Mozart. Il a été réalisé par le cinéaste américain d’origine tchèque Milos Forman (18 février 1932-13 avril 2018) durant la première moitié des années quatre-vingt (1984). Ce drame psychologique, qui a été tourné à Prague, ne raconte pas, à proprement parler, la vie de Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791).

 Il s’agit plutôt d’une adaptation à l’écran d’une pièce de théâtre écrite par Peter Shaffer, inspirée d’une nouvelle de l’écrivain russe Alexandre Pouchkine. C’est cette œuvre littéraire qui a contribué à créer une légende au sujet d’un des plus grands compositeurs de musique de tous les temps : Mozart. Il ne faut donc pas voir dans ce film une biopic fidèle et complète de la vie d’Amadeus. Nous sommes plutôt devant un thriller musical qui se situe entre la légende et le récit biographique.

Il raconte, de manière un peu plus précise, le point de vue de Salieri sur le célébrissime compositeur autrichien et en particulier tout ce qu’il mettra en œuvre pour torpiller la carrière du jeune prodigue. Le film se déroule, pour l’essentiel, sur une période de dix ans : de l’arrivée de Mozart à Vienne en 1781, jusqu’à sa mort précoce survenue en 1791. Au moment où se produit la rencontre des deux maestros, Salieri est le compositeur officiel de la cour de l’empereur Joseph II. Poste qu’il occupe en partie à cause de son talent et aussi en raison de ses flatteries et de sa politesse débordante d’hypocrisie à l’endroit de l’empereur d’Autriche.
 
Résumé du film

De sa chambre d’asile, alors qu’il s’entretient avec un curé venu pour le confesser, celui qui se perçoit comme un compositeur « médiocre » et dont la musique a complètement sombré dans l’oubli, Salieri raconte comment il a vécu sa relation avec le génial Mozart à la cour de Vienne. Une relation qui est riche en ambivalences et en rivalités tantôt feutrées et tantôt ouvertes. Salieri, rendu à une étape dans sa vie où il est dément et toujours excessivement envieux de Mozart, prétend qu’il a « assassiné » le grand artiste de renom, ce qui n’a jamais été prouvé. Poursuivons. Après la présentation de certaines étapes de la vie du compositeur italien Salieri, arrive enfin Mozart qui s’amuse comme un gamin en batifolant avec la jeune fille qui deviendra son épouse.

Puis, une première rencontre a lieu entre les deux maestros. Il naît chez Salieri, quasi instantanément, une profonde incompréhension du génie de Mozart. Cette incompréhension aura pour effet d’alimenter une envie lucide excessive qu’il développe à l’endroit du jeune compositeur extrêmement talentueux. D’autres épisodes, qui suivent cette première rencontre, soulignent cette envie qui se transformera en haine de la part de Salieri. Nous pensons ici à la marche d’entrée composée par Salieri pour Mozart et que celui-ci améliore sur le champ, dès la première audition, après un coup d’œil quasi instantané sur la partition musicale. Il y a aussi la scène de la soirée festive masquée durant laquelle Mozart s’amuse à ridiculiser certaines compositions de Salieri. 
 
Dans Amadeus : Director’s Cut, Salieri se perçoit en grande victime d’une trahison de Dieu le père. Si Dieu lui a donné l’espérance d’un talent, il constate que c’est en Mozart qu’il a mis ce qui lui fera douloureusement défaut : le génie. Quand Salieri met la main sur des partitions originales de Mozart, sans aucune rature, c’est là pour lui la preuve incontestable que Wolfgang Amadeus Mozart retranscrit des pièces musicales sous la dictée de nul autre que le Divin créateur. S’ajoutera, petit à petit, de la part de Salieri une aversion hypocrite et une haine extrême à l’endroit du compositeur autrichien.

Toute la méchanceté désespérée et la convoitise obsessionnelle qu’il ressent face à Mozart l’amènent à multiplier jusqu’à la fin, les obstacles sur le chemin de son jeune concurrent. Vers les dernières scènes du film, nous le voyons siphonnant Mozart alité, complètement exténué et aux portes de la mort. À bout de force et d’énergie, Mozart rend son ultime soupir après avoir dicté à Salieri des notes de sa messe de Requiem. Le tout se termine donc avec un double jeu dramatique dans lequel la naissance de cette composition mortuaire de Mozart s’accompagne du trépas de ce compositeur prolifique de génie du XVIIIe siècle dans la pièce où nous retrouvons sa femme, son enfant et son grand persécuteur-dissimulateur, nul autre que l’abject Salieri.

Remarques sur l’oeuvre

Le film de Forman nous renvoie à un espace-temps très précis : de 1824 à 1781. De l’asile d’aliénés où réside désormais Salieri, après sa tentative infructueuse de suicide (1824), aux salons de la cour viennoise quand Mozart y fait son entrée (1781). Salieri devient très rapidement le narrateur principal de ce film qui repose sur un montage alterné (flashback). Il figure également à titre de témoin du talent du prodigieux Mozart qu’il ne cesse de comparer à sa propre manière lente et laborieuse de travailler.

Cette œuvre cinématographique nous met en présence d’un grand musicien chef d’orchestre surdoué et d’un compositeur de peu d’envergure. Bref, un génie d’un côté et un « médiocre » de l’autre. Cette dualité qui habite Salieri nous le montre tantôt débordant d’admiration à l’endroit de Mozart et tantôt complètement envieux à son endroit. En grand hypocrite, il agit, à certains moments, comme un ami de Mozart et à d’autres, il complote en ennemi impitoyable. Le point culminant du film réside dans la scène finale entre les deux protagonistes du film où Mozart, à l’article de la mort, dicte à Salieri, quelques notes de son Requiem.
 
Ce film nous expose une folie qui semble caractériser certains artistes extravagants (costumes flamboyants, coiffures excentriques). Mozart est présenté ici comme un compositeur extrêmement rigoureux dans sa musique et à l’opposé, complètement déjanté dans son attitude, grossier dans son langage et excessif dans certains de ses comportements. Bref, un homme aux comportements diamétralement opposés et surtout, troubles. Mozart est également dépeint comme un enfant prodige qui, à travers le temps, est devenu rebelle et habité par une âme révoltée contre l’ordre social dominant et hautement contesté (la Révolution française a lieu deux ans avant sa mort). Il est décrit comme un grand artiste pouvant s’objecter à la volonté du souverain et capable de refuser les compromissions.
 
La performance des acteurs (Tom Hulce dans le rôle d’Amadeus et F. Murray Abraham dans celui de Salieri) est remarquable ; les costumes, très colorés, semblent avoir été méticuleusement confectionnés. Pour ce qui est de la musique, elle est omniprésente et fort agréable à écouter. Il est impossible de passer sous silence le fameux rire de Mozart. Un rire aigu, nerveux, hystérique, strident et surtout débordant de vie. 
 
Cette œuvre cinématographique a reçu, lors de la soirée des Academy Awards en 1985, huit prestigieux Oscars (meilleur film, meilleur acteur, meilleur réalisateur, meilleur scénario, meilleure direction artistique, meilleurs costumes, meilleurs maquillages et finalement meilleur son).
 
En conclusion, comment dirais-je, ce film est, à mes yeux, un authentique « classique » !
 
Yvan Perrier
15 avril 2018

Yvan Perrier

Yvan Perrier est professeur de science politique depuis 1979. Il détient une maîtrise en science politique de l’Université Laval (Québec), un diplôme d’études approfondies (DEA) en sociologie politique de l’École des hautes études en sciences sociales (Paris) et un doctorat (Ph. D.) en science politique de l’Université du Québec à Montréal. Il est professeur au département des Sciences sociales du Cégep du Vieux Montréal (depuis 1990). Il a été chargé de cours en Relations industrielles à l’Université du Québec en Outaouais (de 2008 à 2016). Il a également été chercheur-associé au Centre de recherche en droit public à l’Université de Montréal.
Il est l’auteur de textes portant sur les sujets suivants : la question des jeunes ; la méthodologie du travail intellectuel et les méthodes de recherche en sciences sociales ; les Codes d’éthique dans les établissements de santé et de services sociaux ; la laïcité et la constitution canadienne ; les rapports collectifs de travail dans les secteurs public et parapublic au Québec ; l’État ; l’effectivité du droit et l’État de droit ; la constitutionnalisation de la liberté d’association ; l’historiographie ; la société moderne et finalement les arts (les arts visuels, le cinéma et la littérature).

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