Édition du 11 décembre 2018

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Europe

Andalousie : la droite majoritaire. Percée de l'extrême droite

Résultats choc en Andalousie (élection autonomique) : la droite (PP et Ciudadanos), avec une extrême droite (fasciste) qui fait une percée, gagne la majorité absolue : ils ont ensemble 59 élu-es, celle-ci se situant à 55. C’est la fin de 36 ans de majorité socialiste dans cette Autonomie, le fief historique du PSOE.

En sièges :

PSOE 33 (-14)

PP 26 (-7)

Ciudadanos 21 (+12)

Adelante Andalucía (Podemos + IU) 17 (-3 sur le total Podemos + IU lors de la précédente élection)

Vox 12 (+12)

Oui, Vox, qui n’était qu’un groupuscule sans élu-es, aura 12 député-es et se pose en partenaire incontournable pour former cette majorité absolue.

Mauvais signe pour le PSOE et son gouvernement : les socialistes payent leur flirt avec la droite extrémisée contre l’autodétermination catalane (soutien au 155) suivie, une fois, de manière inattendue, au gouvernement, d’un petit virage à gauche sur le terrain social (salaire minimum) et la Mémoire Historique (exhumation de Franco) plombée par son caractère limité et le maintien des fondamentaux anti-autodétermination catalane et projustice au service du régime. A quoi s’ajoute un soutien sans faille à la monarchie corrompue. Après un geste spectaculaire avec l’Aquarius, sa politique d’expulsions a contribué à alimenter la montée d’un nationalisme espagnoliste, déjà affûté contre les Catalan-es, et s’adonnant de plus en plus ouvertement au racisme antimigrant-es. A mimer la droite (voire l’extrême droite) sur tant de sujets, le gouvernement a renforcé ses pires préjugés dans la population, mené à l’abstention une autre partie tout en se privant définitivement de l’appui des indépendantistes catalans obtenu le temps de l’investiture gouvernementale de Pedro Sánchez.

La coalition de Podemos et IU, Adelante Andalucía (En avant l’Andalousie), pourtant emmenée par l’anticapitaliste podémite Teresa Rodríguez, paye le prix d’une position nationale de Podemos et IU (rassemblés dans Unidos Podemos), apparaissant tantôt partenaires (subalternes) du PSOE sur certains volets sociaux, tantôt roquets critiques, sur les prisonniers politiques, de sa politique catalane (sans pour autant renier le désastreux ninisme au moment de la crise du référendum et du 155). Boucle hyperinstitutionnaliste bouclée avec le dessin stratégique d’Iglesias de gouverner, de toute façon, avec le PSOE ! Bien loin de ce mouvement des Indigné-es et de ses fondamentaux anti-système (1).

Pour compliquer le tout, la candidate socialiste Susana Díaz représente l’aile droitière de son parti qui, après avoir permis à Rajoy (PP) d’avoir la majorité relative pour gouverner, avait essayé de "tuer", à la primaire interne , le "gauche" Pedro Sánchez. De quoi mettre en porte-à-faux et rendre illisible toute ligne de gauche, stratégiquement appelée à s’entendre pour Iglesias, en Andalousie !

Teresa Rodríguez a, par ailleurs, globalement cautionné l’opportunisme iglésiste et aura adopté un profil "compliqué" de critique du susanisme sans insulter l’avenir d’une obligation de s’entendre avec lui pour barrer la voie à la droite. Position mi-figue, mi-raisin que son camarade anticapitaliste Miguel Urbán n’adopte pas, à Madrid, même s’il évite toute déclaration de guerre ouverte avec Iglesias. Dans la même ligne, Teresa Rodríguez et son compagnon anticapitaliste, Kichi, maire de Cadix, n’avaient au demeurant pas hésité à rompre avec la décision d’Anticapitalistas, qui leur avait attiré les foudres de la direction de Podemos, de soutenir la République indépendante de Catalogne ! Enfin, on ne peut pas dire que la déconstruction de la catalanisation anticatalane de la campagne électorale andalouse par la droite (et en pointillé par la socialiste Susana Díaz qui avait regretté que le 155 n’ait pas été appliqué plus tôt) ait brillé par son mordant !

Chacune à sa façon, ces deux (trois en comptant IU) formations de gauche (guillemets de rigueur pour le PSOE) ont pratiqué le zigzaguisme face à une droite et des fascistes dessinant du direct frontal en exploitant à fond l’incapacité de la gauche à construire une politique (contre-)offensive sur une Catalogne devenue le défouloir des frustrations sociales semées par le système (ah, ces Catalans qui veulent garder leur fric et ainsi laisser dans la misère le petit peuple andalou !).

D’une certaine façon la politique politicienne des petits arrangements boutiquiers de gauche a fait apparaître, en Andalousie, la droite bien plus cohérente et paradoxalement propre sur elle : certes sur ses fondamentaux comme l’unité de l’Espagne, le profranquisme... qui auront permis de faire oublier, pour partie, la corruption à grande échelle du PP. D’autant que le PSOE andalou n’est pas indemne sur ce chapitre avec le procès en cours des deux prédécesseurs de Susana Díaz à la tête de l’Autonomie.

La recomposition à droite, qui voit Ciudadanos et Vox prendre des sièges au PP, ne le fait pas s’effondrer : il se maintient comme le premier parti de cette droite. Mais on retiendra qu’en fait le poids de l’abstention dans les zones où le PSOE était majoritaire explique beaucoup de l’émergence de cette majorité parlementaire inédite de la droite dans ce qui était le fief socialiste historique, incontesté. Devant la catastrophe du jour, il est significatif que l’espoir de certains socialistes soit que Ciudadanos, qui dans la législature passée permettait au PSOE andalou de gouverner, lui fasse à nouveau l’appoint pour être majoritaire ensemble pour peu que... Adelante Andalucía s’abstienne. Le Père Noël n’a pas en Espagne la popularité dont il jouit en France mais certain-es andalous-es s’essayent à y croire. Mais qui sait, après tout...

Vox, pour sa part, multiplie par 20 son score passé. Alors que les sondages ne lui donnaient au mieux qu’un élu à Almería, il en gagne dans toutes les provinces de l’Andalousie : 2 à Almería, Cadix, Málaga et Séville, 1 à Huelva, Jaén, Cordoue et Grenade. La poussée de ce parti, qui, pensons-y, est né d’une scission du PP, vient ajouter l’Espagne à un panorama politique européen où la tache de l’extrême droite s’élargit.

De toute façon, les législatives générales de 2020 se présentent désormais sous de mauvais auspices pour la gauche espagnole, avec une crise catalane qui, devenu une "affaire nationale" de première importance, pourrait bien s’emballer à l’ouverture du procès des prisonniers politiques à la fin janvier : la détermination catalaniste pourrait trouver à s’alimenter de la décision de deux de ces prisonniers qui viennent de décider d’engager une grève de la faim dont les répercussions internationales, défavorables à l’Etat espagnol, se font immédiatement sentir. Sans qu’on sache ce qu’il en sera dans l’Etat espagnol où l’on note cependant que l’idée d’autodétermination basque fait son chemin ! Mais ailleurs, l’effet régressif "andalou" fera-t-il tache d’huile ?

Gageons que Pedro Sánchez, qui avait mis beaucoup d’espoir dans cette élection autonomique pour se relancer politiquement, renoncera à recourir à des élections anticipées. Idem pour Podemos dont l’appareil était pris, ces dernières semaines, d’une incroyable frénésie dans la constitution de listes épurées de toute dissidence, sur fond de fortes crises internes en Galice, Madrid....

A méditer dans la gauche européenne qui veut continuer à croire en son étoile électoraliste malgré la lourde "déception" Syriza, alors que la déconvenue andalouse fonctionne comme avertisseur d’incendie que la catastrophe suit son cours : avec, en France, une LFI gagnée par une profonde crise interne. Mais aussi avec un modèle portugais, tellement loué par Iglesias, en voie de se fissurer puisque le Parti Socialiste, ayant joué au maximum de l’appui apporté par le Bloco de Esquerda et le PCP, se sent en position assez forte pour se passer d’eux (lire ici)... Cruelle prise au piège de radicalités en quête de voies médianes, conciliatrices, postulées réalistes, d’accès au pouvoir ?

(1) L’un de leurs slogans était : "PSOE-PP, c’est la même merde" (PSOE_PP....la misma mierda es). A quoi, l’un des très proches de Pablo Iglesias, Juan Carlos Monedero, souvent présenté comme l’idéologue, poil à gratter mais juste ce qu’il faut, de Podemos, avait cru bon d’ajouter, mais c’était du temps où Podemos voulait prendre d’assaut le ciel : "Le PP et le PSOE ne sont pas la même merde mais ils chient pareil !" (voir ici à partir de 15:23)

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