Édition du 9 octobre 2018

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Élections 2018

Après le débat des coqs, on cherche le cheuf

Les commentateurs et commentatrices se demandent ce qu’a mangé Jean-François Lisée pour lancer une telle offensive contre Manon Massé et Québec solidaire. Pour comprendre il faut aller au-delà d’une simple intervention agressive.

Une stratégie de doute

L’intervention de Jean François Lisée au débat de TVA ne doit surtout pas être vu comme une montée émotive d’un aspirant au poste de premier ministre.

C’est une stratégie électorale établit par les instances péquistes. La preuve, le lendemain du débat il en remet en confrontant QS et en exigeant la transparence de ses instances et le dévoilement de ce supposé chef. Et rapidement, les candidats et candidates défendent ces attaques dans leurs entrevues médiatiques.

Cette stratégie vise à instaurer le doute chez les électeurs et électrices qui oscillent entre le PQ ,QS et la CAQ. Les sondages l’ont confirmé : l’électorat est dès plus volatile. Mais le doute ne porte pas sur le programme ou la plate-forme de QS mais vise en bas de la ceinture sur les structures de QS. Ça s’explique, le PQ a repris nombre de propositions du programme de QS en les modifiant un peu : CLSC ouvert de 9 hrs à 21 hrs au lieu de 24 sur 24 de QS etc....

Depuis 2006, QS n’a pas de cheuf mais des porte paroles. Le chef, pour des raisons administratives de la loi électorale, est le ou la secrétaire générale du parti, présentement Gaétan Châteauneuf, retraité, ancien président du Conseil central de Montréal (CSN). Depuis 2006, QS fonctionne ainsi. Jean François Lisée vient de découvrir cela ? Ben voyons donc. On voit donc là la volonté de sortir un squelette d’un placard qui n’existe pas. D’autant plus que lui-même a tenté la même image de codirection avec Véronique Hivon. Juste à voir les pancartes électorale Lisée-Hivon et Nadeau-Dubois-Massé.

Mais posons donc à monsieur Lisée la vraie question de la transparence. Un fonctionnement démocratique dans un parti c’est remettre le pouvoir au cheuf ? C’est lui (car les femmes sont peu présentes) qui concentre tout le pouvoir dans ses mains et qui décide de tout ? Où sont donc les instances démocratiques dans cette concentration du pouvoir ? La transparence est où...dans la tête du cheuf ?

Québec solidaire a refusé d’avoir un chef et a adopté comme représentations deux porte-parole pour deux raisons. Premièrement, les porte-parole ont mission première de porter la parole des instances décisionnelles de QS soit le congrès et, entre les congrès, les conseils nationaux. Il et elle n’ont pas de patron mais sont redevables devant les instances du parti pour les décisions. C’est le congrès qui a décidé sur la question des alliances avec le PQ.

La deuxième raison s’explique par la valeur fondamentale de l’égalité reprise par QS dans son programme. La place des femmes est la colonne vertébrale de son approche féministe. Autant QS, dès sa fondation a eu à coeur d’avoir la parité dans les candidatures ( à propos monsieur Lisée me semble que votre parti arrive bon dernier à ce chapitre loin derrière la CAQ) autant il importait de mettre une femme en situation de visibilité à égalité avec un homme. Les coporte-parole sont un élément féministe du fonctionnement de QS. Est-cela qui vous dérange, monsieur Lisée ?

Le féminisme dérangeant ?

Au débat de Radio Canada, quand, à la fin, Patrice Roy souligne que Manon Massé a moins parlé et qu’elle lui répond qu’elle est une femme, il a pris mouche et a catégoriquement nié. Pourtant, elle avait bien raison. Les féministes l’affirment : la scène politique ne laisse pas de place aux femmes (ni l’animateur Patrice Roy). Les femmes n’aiment pas les débats de coqs et ne veulent pas ou surtout ne se sentent pas capable de jouer à parler plus fort. D’ailleurs Jean François Lisée a été déclaré gagnant de ce débat parce que justement, il avait joué du coude et de la gueule.

Au débat de Radio-Canada monsieur Couillard a aussi usé d’un ton paternaliste envers madame Massé. Des petits gestes mais qui démontrent bien que le femmes sont tolérées sur la scène politique mais pas acceptées. Des petits gestes qui montrent le mépris qui couve. Les manifestations patriarcales apparaissent et sont davantage visibles grâce aux sensibilisations faites par les mouvements ME TOO qui ont mis à jour le harcèlement, le mépris et les violences faits aux femmes.

Le débat TVA n’a pas fait exception à cela quant Jean François Lisée a parlé de sa mère féministe et tient à traiter madame Massé de façon égalitaire en lui posant des questions difficiles. C’est quoi le rapport entre sa mère et vouloir traiter Manon de façon égalitaire sauf celui de dorer son blason par une filiation maternelle et un purisme annonçant haut et fort son traitement égalitaire. Il continue d’ailleurs sa campagne politique en disant poser des questions difficiles aussi à Manon pour la traiter égalitairement face à ses autres adversaires caquiste et libéral. Ce n’est pas de l’égalité, monsieur Lisée, c’est du salissage contre l’approche féministe que développe madame Massé.

Et…

Après le débat des coqs, nous avons droit au jeu de Charlie : on cherche le cheuf. En fait, cela démontre que les femmes vont devoir continuer à prendre leur place et à rencontrer ces gestes et comportements patriarcaux. Il ne faut pas qu’elles se découragent mais qu’elles s’enragent pas à la manière Lisée mais à celle pleine de sagesse de Manon.

Chloé Matte Gagné

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