Édition du 4 décembre 2018

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

La campagne de QS à coeur ouvert

La campagne de QS à cœur ouvert

Au cœur du Montréal multi

Une grande circonscription en plein centre de Montréal, Outremont-Ville-Mont-Royal, est là où se retrouve plus de 90 000 personnes, dans une mosaïque changeante de communautés. L’ancienne Ville-Mont Royal, que les Anglos appellent encore TMR, était jusqu’en 2014 un compté de riches, associés au PLQ depuis toujours. Ça change un peu, maintenant, mais pas beaucoup.

Dans VMR, le candidat libéral, le ministre Pierre Arcand, reçoit 90 % des intentions de votes ! Outremont, beaucoup plus diversifié, site privilégié de Québec inc, est également une forteresse libérale, mais ce n’est ni la même population ni la même monopolisation du pouvoir. Dans les quartiers populaires, tant à l’est (vers l’avenue du Parc) qu’à l’ouest (vers Côte-des-Neiges), la population est très mélangée, avec d’importantes populations venues d’Asie, d’Afrique, du Maghreb, sans compter le fort contingent de juifs hassidiques (25 % des habitants d’Outremont). Les étudiants de l’Université de Montréal s’ajoutent à ce mish-mash qui est beaucoup plus volatile politiquement parlant, et où QS dans les élections précédentes allait chercher 12-13 % des votes.

Ève Torres vit dans ce quartier depuis son arrivée au Québec il y a 20 ans. Elle a un parcours intense de militante féministe et antiraciste auprès de centres de femmes et de jeunes, avec une mission qui est restée tout au long, celle de lutter contre toutes les discriminations. Dans le plus fort de la controverse sur la « charte des valeurs », elle s’est beaucoup investie dans la lutte contre l’islamophobie. Ce qui a fait qu’elle est devenue la cible des mercenaires du réseau Québécor qui la présentait comme porteuse d’un sombre « complot » islamique ». « Aujourd’hui cependant, selon Ève, cette pseudo tempête est un peu passée, et les gens veulent parler d’autre chose, Richard Martineau, le grand pourfendeur, dit avec regret que la question est maintenant banalisée. Ce qui est un bon signe pour nous ».

Comment ça se passe à Outremont-VMR ?

On est gonflés à bloc, on travaille 7 jours sur 7, avec une équipe de plus ou moins 10 personnes à temps plein, plus une centaine de militant-es sur le terrain. Ça se passe dans la rue, mais aussi de porte-à-porte. Pour des raisons évidentes, on se concentre sur Outremont et Côte-des-Neiges, où résident plus de 70 000 personnes (sur les 90 000 dans l’ensemble du comté). À cause de la fusion entre Outremont et VMR, on doit travailler très fort pour maintenir notre niveau d’appui qui était, dans l’ancien comté d’Outremont, de plus de 12 %,

Les indicateurs sont positifs ?

Les sondages nous donnent deuxième, en compétition avec la CAQ. Mais énormément de gens sont indécis, comme partout ailleurs. Dans la rue, des gens qui ont voté toute leur vie pour le PLQ nous disent qu’ils sont tannés. Comme le PQ est presqu’absent, nous sommes seuls, pratiquement, à parler de justice sociale, du $ 15 de l’heure, d’environnement, de gratuité scolaire. Le message résonne bien parmi les couches populaires qui sont très présentes dans Outremont. Mais fait intéressant, même des électeurs plutôt privilégiés, en haut de la côte, si on peut dire, se disent sensibles au besoin de rétablir un certain équilibre entre le 1 % et le 99 % dans notre Québec globalisé. Avec les jeunes, ça passe bien. Il y a maintenant une association QS sur le campus de l’Université de Montréal.

Dans ce contexte multi ethnique avec une présence importante de la minorité anglophone, comment les gens perçoivent QS ?

Peu à peu, on se démarque de l’amalgame que font beaucoup de gens entre le PQ, l’identitarisme, le souverainisme. Le Québec indépendant qu’on veut, c’est celui de la justice sociale, et aussi, du respect des minorités. Au Québec, il y a une réalité, une histoire et une communauté qui a des droits, y compris au niveau linguistique, et il n’est pas question de nier cela. Ce qui ne menace aucunement le fait que la langue commune (et officielle) doit rester le français. Je ne dis pas que c’est facile d’expliquer la question nationale à des Bangladeshis et même à des Maghrébins, mais quand on réussit à avoir une discussion, il y a une ouverture.

Il y a des personnalités parmi ces groupes qui nous sont sympathiques ?

Mindy Pollack, la conseillère municipale de Projet Montréal dans Mile-End, m’introduit partout chez les hassidiques. Le contact est très chaleureux. Ils me disent qu’en tant que femme croyante, je peux les comprendre davantage ! Il y a aussi dans notre campagne passablement de jeunes Anglos, et aussi quelques jeunes de cœur (des anciens du RCM), et des profs de McGill, comme la formidable Kari Polanyi-Levitt, qui s’investissent dans QS. Plusieurs électeurs et électrices qui votent NPD au fédéral, par ailleurs, sont plutôt bien disposés, à part un petit groupe de fédéralistes « purs et durs ».

Qu’est-ce qui reste du « malaise » concernant le fait que tu portes le voile ?

Pas grand-chose à vrai dire. Richard Martineau et Lise Ravary continuent leur croisade dans le Journal de Montréal, mais avec beaucoup moins de conviction. Même la CAQ et François Legault font attention, même si au fond d’eux-mêmes, on peut déceler encore cette fascination identitariste. Par ailleurs, je suis partisane de la laïcité, mais pas de la laïcité à la française, qui exclut ceux qui ne sont pas dans la culture majoritaire. La question de l’islam, en tout cas ne se pose vraiment pas en termes politiques. Je suis féministe, de gauche, je milite pour les droits des gais. Pour moi, les droits des femmes ne sont pas négociables, dans n’importe laquelle société y compris la nôtre. Il n’est pas question de négocier nos droits au nom de quelque religion que ce soit. Je dis cela en ne reniant pas une seule seconde mon appartenance à la religion islamique.

Est-ce qu’il y a eu des « incidents » ?

On a vandalisé mes pancartes, mais je ne pense pas que je ne suis pas la seule victime. Je n’ai pas eu à faire face à des insultes. Je pense que les « incidents » ou les « accrochages » qui ont eu lieu il y a quelques années étaient gonflés.

C’est sur la question de l’indépendance que cela accroche …

Oui effectivement, les immigrants et les minorités ont peur. Au point d’avoir peur d’en parler. Ils ne comprennent pas. Ils viennent souvent de régions où il y a des conflits très forts et ils voient le Canada, comme le Québec d’ailleurs, comme des endroits où il y a surtout la paix. Alors même s’ils détestent ou méprisent le PLQ, ils votent pour cela, qu’ils voient comme une sorte de police d’assurance où le statu quo, avec ses bons et ses mauvais côtés, sera préservé.

Qu’est-ce que QS peut faire pour changer cela ?

Il faut être patients. Notamment, il faut accepter de parler en anglais avec les gens qui pensent qu’ils sont mal vus parce qu’ils ne maitrisent pas le français. Je leur dis, le français est notre langue commune, un moyen central du vivre ensemble. Pour autant, l’anglais est là pour rester, parce qu’il y a un grand nombre de personnes chez nous dont c’est la langue maternelle, et aussi comme outil pour s’ouvrir au reste de la planète. D’autre part, pour atteindre nos objectifs de justice sociale et environnementale, il nous faut un espace politique qui soit à nous. Enfin, le projet de QS de convoquer une assemblée constituante est le meilleur pour faire en sorte que la question québécoise soit débattue par le peuple, pas par une petite élite. Mais pour comprendre cela, il faut avoir une « tête politique » assez costaude, ce qui n’est pas le cas pour plusieurs de mes concitoyen-nes dont plusieurs Québécois-es de souche d’ailleurs.

Quelles sont les priorités pour les deux semaines qui restent ?

Il n’y en a pas de nouvelles, il faut aller vers les gens. Sur la question de l’environnement, on a une longueur d’avance. Les sondages bougent un peu, pas assez à mon goût. Il n’y a pas de « vague » qui s’annonce, pas de « miracle » en vue. En tout cas, on continue, c’est un marathon.

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