Édition du 5 décembre 2017

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Québec

Barrette, valet du 1%

Les quelques miettes récemment tombées de la table du ministre Barrette ne doivent pas nous faire oublier sa vraie nature et ses vrais objectifs. Le « show de boucane » de novembre dernier entourant les repas dans les CHSLD résume bien l’attitude hypocrite du ministre.

Il organise une opération séduction pour les médias et s’engage à améliorer la qualité des repas, mais dans la même semaine, nous apprenons qu’il va centraliser la production de nourriture. Les repas devront parcourir environ 83 km avant d’être servisi, ce qui va entraîner une perte d’emplois, d’expertise et évidemment une baisse de la qualité des repas. Comme si un TV Dinner était similaire à un repas préparé sur place !
Plusieurs décrivent Barrette comme « un homme fort et autoritaire ». Mais les individus comme ceux-là disent clairement ce qu’ils pensent, ce qui n’est pas le cas de Barrette, qui cache ses réelles intentions. Ce dernier ne fait que servir les intérêts du 1%, comme tous les autres ministres libéraux depuis 15 ans. Plus zélé que les autres peut-être, mais sans plus.
Lorsque Gaétan Barrette dit vouloir « améliorer l’accès » ou « simplifier les structures », ce qu’il veut dire c’est désorganiser les services publics pour instaurer le privé. Tout ce qu’il a imposé comme mesures depuis 2014 le prouve.

Les coupures : affaiblir le système public

Depuis 2014, plus de 4 milliards de dollars ont été coupés dans les services publicsii. Cette somme s’ajoute aux compressions que nous subissons depuis plus de 15 ans. Cela restreint l’accès aux services, comme le dénonçait le dernier rapport de la Protectrice du citoyeniii, mais ces coupures affectent également la qualité des soins.
Presque toutes les semaines, les travailleurs et travailleuses du système de santé lancent des cris du cœur afin de sonner l’alarme sur la destruction des services publics. Surcharge de travail, détresse psychologique, listes d’attente interminables, délabrement des infrastructures et de l’équipement, etc.
Comme le souligne Christian Grenier, vice-président du Syndicat du personnel du Centre jeunesse de l’Estrie - CSN (SPCJE-CSN) : « On demande aux employés de faire toujours plus avec moins, ils sont épuisés et tombent ainsi comme des mouches. Ceux qui restent ne disposent pas des ressources nécessaires pour bien exécuter leur travail »iv.
On ne peut pas priver le système public de moyens et ensuite, du même souffle, vouloir « améliorer » le système comme le prétend le ministre de la Santé. Dire l’inverse, ce sont des mensonges. Mais Barrette va plus loin, il impose des coupures, musèle les cadres et va jusqu’à les accuser d’incompétence parce qu’ils suivent ses directives.
Par exemple, l’Institut Philippe-Pinel s’est vu obligé de couper le gardien de sécurité à l’entrée, faute de moyens. Et que fut la réaction du ministère de la Santé ? L’attachée de presse de M. Barrette, Julie White, a affirmé : « Les efforts demandés visent l’administration. Ce n’est pas censé affecter les services aux patients »v. Quel manque de respect ! Barrette asphyxie le système depuis des années, mais ce n’est pas de sa faute ! Est-ce que les cadres du système de santé vont enfin se lever pour se débarrasser d’un ministre qui n’a même pas le courage d’assumer ses propres décisions ?

Financement à l’activité (FAA) : imposer la logique du privé en santé

L’instauration du Financement à l’activité (FAA) est une mesure imposée pour soi-disant mieux gérer les budgets. Cette mesure consiste à calculer le prix d’une chirurgie ou d’un traitement et ainsi vérifier quels sont les endroits où cela coûte le moins chervi.
Ce n’est pas parce qu’une opération est moins chère à un endroit qu’à un autre, que la qualité du traitement est au rendez-vous ! Cette méthode pourrait même amener les établissements à réduire certains services jugés trop « dispendieux ».
Cela entraîne également un changement de mentalité pervers chez nos boss. Ceux-ci sont évalués en fonction de leur qualité de « gestionnaires » et non pas en fonction de la qualité des services. Par exemple, les gestionnaires des services alimentaires sont jugés « performants » s’ils réussissent à réduire les coûts des repas, et non sur la qualité de ceux-ci.
Imaginez cette logique imposée à l’ensemble des départements de l’hôpital ? Voulez-vous être soigné le mieux possible dans les meilleurs délais ou coûter moins cher que les autres ?

La loi 10 : ou quand le politique gère le système

L’objectif de cette loi est de forcer la fusion des établissements de santé. Le ministre a imposé cette réforme malgré l’opposition de tout le monde : les organisations syndicales, mais également la Fédérations des médecins spécialistes, le Collège des médecins et le père de l’assurance-maladie lui-même, Claude Castonguay.
Ce dernier avait d’ailleurs qualifié cette réforme « digne du régime soviétique ». Il veut dire par là que la Loi 10 est une concentration excessive des pouvoirs entre les mains du ministre et que par conséquent, cela entraîne une politisation dans la gestion des soins de santé.
Avec la fusion de 182 CSSS pour former 33 CIUSSS, le ministre s’assure plus facilement la mainmise sur les administrations. Les administrateurs, qui auparavant étaient pourvus d’une certaine autonomie, doivent maintenant suivre les directives du ministre sous peine de perdre leur job.
C’est l’omerta qui prime et un lobbyiste qui mène la danse. Pas étonnant que les problèmes persistent, puisque ceux et celles qui savent ce qui se passe sur le terrain ne peuvent plus en parler.

Optilab : désastre en vue

Barrette va créer des mégalaboratoires d’analyses et fermer tous les autres. La plupart des analyses ne seront donc plus effectuées sur place.
L’implantation d’Optilab au Saguenay a eu de nombreux ratés, comme des délais dans la livraison ou dans le traitement des échantillonsvii. Sans oublier que les hôpitaux choisis pour être des mégalaboratoires n’ont pas été conçus pour ça. Les labos du CHUM ont été conçus pour traiter les échantillons du CHUM, pas de l’île de Montréal au complet !
Les échantillons se perdent lorsque les analyses sont faites sur place, imaginez quand la distance sera de plusieurs kilomètres ! Les laboratoires en région seront purement et simplement fermés ! Ce qui vide les régions d’une expertise importante, tout en bouleversant la vie de centaines de travailleurs et travailleuses.

La mort des CLSC

Une autre mesure qui démontre clairement la volonté des libéraux de détruire le système public consiste à démolir les CLSC.
Prétextant vouloir offrir un médecin de famille à plus de Québécois et Québécoises, le gouvernement libéral a transféré les ressources des CLSC, c’est-à-dire d’une institution publique ancrée dans la communauté depuis des décennies, vers les GMF, (Groupe de médecine familiale) des entreprises privées dont l’objectif est de faire des profits.
L’État n’a pratiquement aucun contrôle sur les GMF. En 2013, sous le gouvernement péquiste, 45 % des GMF ne respectaient pas les ententes prises avec le ministère mais continuaient néanmoins de recevoir leur financement sans être inquiétés par le ministère ! viii Sous le règne des libéraux, absolument rien ne nous laisse croire que cette situation n’a changée.
Selon Jacques Benoit, coordonnateur de la Coalition solidarité santé, Barrette n’a pas besoin de parler ouvertement de privatisation puisqu’il crée les conditions de celle-ciix. Sans débat, sans mandat, les libéraux nous imposent la privatisation des soins de santé.
Les libéraux sont des hypocrites. Ils sont élus pour s’occuper de vraies affaires, en « oubliant » de nous dire qu’une fois au pouvoir ils vont plutôt s’occuper de leurs propres affaires, c’est-à-dire de défendre les intérêts des gens qu’ils représentent, les banquiers et autres lobbyistes, mais pas les intérêts de la population en général. Il serait peut-être temps que le 99% fasse la même chose que les libéraux, c’est-à-dire s’organiser en parti politique pour défendre ses intérêts.
Les présidents de la FTQ et de la CSN ont tous deux déclaré que le mouvement syndical devait être présent sur le terrain politiquex. Tant mieux, mais il faudrait préciser ce projet. Le temps ne serait-il pas venu pour le mouvement syndical de faire autre chose que d’être « contre » et de militer « pour » une alternative politique concrète ?
D’autres dans le mouvement semblent être satisfaits de jouer le rôle de « contre-pouvoir », mais ne serait-il pas temps pour le mouvement ouvrier de plutôt penser à prendre le pouvoir ?

Bruno-Pierre Guillette

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