Édition du 20 novembre 2018

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Livres

Bob Woodward, auteur de Fear, rapporte que D. Trump ne comprend rien à l’essentiel

Introduction : Bob Woodward rapporte que des hauts fonctionnaires clés de la Maison blanche lui ont dit qu’un tiers de leur temps est passé à prévenir les mauvais pas qui pourraient survenir. Dans son nouveau livre, ce rédacteur et reporter de longue expérience nous permet de jeter un regard dérangeant sur la Présidence de Trump. Il expose le chaos qui y règne, dirigée qu’elle est par un homme qui déclare être convaincu que la clé du pouvoir est la « peur » (D’où le titre du livre n.d.t.). Judy Woodruff discute avec Bob Woodward.

BPS News Hour, 13 septembre 2018-09-15
Traduction et organisation du texte, Alexandra Cyr

Judy Woodruff, PBS N.H. : Voilà un étonnant coup d’œil sur la Présidence Trump. Vous donnez à voir une Maison blanche chaotique dirigée par un homme qui dit croire que la clé de tout ça est la peur. (…) Félicitations pour votre livre. Presque chaque page est un véritable coup de poing. Est-ce que vous en êtes arrivé à croire que D. Trump n’est pas habilité à gouverner ?

Bob Woodward : Ce n’est pas à moi d’en juger. Ce sont les personnes dans le système politique qui doivent en décider. À titre de reporter, après avoir écrit cela, (je peux dire) que voilà mon 9ième Président. Mon but était de vraiment comprendre ce qui arrive dans les coulisses, ce qu’est la réalité. Quels sont les motivations. Qui sont les acteurs.trices. D’où viennent les conseils et avis. Et en fin de compte, qu’est-ce que cela veut dire pour le pays. Mais ce n’est pas à moi de décider (de la valeur de la situation). Donc je fais un pas de côté.

J.W. : Vous avez déjà écrit plus d’une douzaine de livres sur la Présidence. Dans le passé, on vous a critiqué, mais jamais comme on le voit en ce moment. Gary Cohn, (Conseiller économique en chef du Président Trump 2017-18) James Mattis (Secrétaire à la défense) et Rob Porter ( chef du personnel de la Maison blanche 2017-18) expriment un torrent de démentis. Pourquoi ?

B.W. : Mais ils ne nient pas Judy ! Vous avez travaillé assez longtemps pour savoir qu’il y a des négations qui n’en sont pas. L’un d’eux a déclaré : « Ça ne correspond pas à mon expérience à la Maison blanche ». Mon reportage est rigoureusement prudent. Ces personnes ne mettent pas en cause les faits ou encore où elles se trouvaient. Elles ont un réflexe de négation pour la survie, politiquement calculée. Ça s’est produit depuis l’époque Nixon.

J.W. : Par exemple le témoignage de Rob Porter. Il dit que vous parlez de documents volés par Gary Cohn sur le bureau du Président. Il explique que vous avez mal compris comment les documents sont révisés, qu’il s’agit de s’assurer que quoi que ce soit que le Président signe...

B.W. : Mais il ne dit pas que ça n’est pas arrivé. (…) Le livre montre clairement le document en question qui a été retiré du bureau du Président (…).

J.W. : La sécurité nationale : vous abordez beaucoup de thèmes dérangeants. L’un d’eux décrit la suite d’une rencontre au Pentagone. De très hauts fonctionnaires tentaient de faire comprendre au Président, selon ce que vous dites, l’importance des alliances, des relations entre les États-Unis et les gouvernements étrangers. Vous écrivez que cette rencontre a été un désastre, que le Président a insulté tout le groupe, les généraux, et les autres au grand complet. Vous écrivez aussi qu’un haut fonctionnaire de la Maison blanche a expliqué que : « Beaucoup des plus hauts conseillers du Président, particulièrement ceux de la sécurité nationale, sont extrêmement préoccupés par sa nature mouvante, sa relative ignorance, son incapacité à apprendre autant que ses vues jugées dangereuses ».

B.W. : (Voici) ce qui est arrivé lors de cette réunion. Gary Cohn, le conseiller en chef en économie à la Maison blanche, et le Secrétaire à la défense, le général Mattis, se sont concertés. Cela a déjà été rapporté. Ils se sont dit : Grand Dieu, il faut que nous fassions sortir le Président de la Maison blanche (pour lui parler) sans qu’il soit en train de regarder la télé et qu’il soit hors de portée des appels entrants ».

Donc, ils l’ont amené au Pentagone, dans la salle des rencontres secrètes de l’État major, « the tank », où il n’y a pas de fenêtres, pas de distractions. Le Secrétaire à la défense, le général Mattis a exposé à l’écran une suite de cartes illustrant la triade des soutiens aux États-Unis : les ententes commerciales, les partenariats secrets pour les renseignements et les très, très, très importantes alliances en sécurité comme celles avec la Corée du sud et l’OTAN.

Le général Mattis a littéralement dit que le plus grand cadeau de la plus grande génération du passé, sont ces règles sur lesquelles sont basées l’ordre international. Le Secrétaire Tillerson a ajouté que c’était en place depuis 70 ans. D. Trump a explosé : conneries a-t-il dit et il a chicané à propos de chacun de ces enjeux. Selon des gens qui étaient présents à cette rencontre, le général Mattis a décroché parce que de toute évidence le Président ne comprenait rien aux bases essentielles (de la manière de gouverner le pays).

J.W. : Vous écrivez aussi que, plus tôt cette année, le Président a voulu, par Tweet, faire connaitre sa décision d’ordonner à tous les membres des familles des militaires stationnés.es en Corée du Sud, quelques milliers de personnes, de partir. À quel point le Président était-il proche de le faire ? Et qu’est-ce que cela aurait pu vouloir dire ?

B.W. : Ce que je comprends, c’est que le Tweet était prêt. Le 4 décembre, Ri Su-yong, un haut fonctionnaire clé de la Corée du nord lui a fait savoir par des intermédiaires, que si les familles des militaires américains.es étaient rapatriées, ce serait reçu par son pays comme le signal qu’une attaque (contre lui) était imminente. La haute direction du Pentagone, (ministère de la défense) a sursauté et s’est dit qu’il fallait absolument arrêter cela. Ce qui fut fait. Le Tweet n’a jamais été publié. Les gens impliqués dans cet épisode ont eu peur...

J.W. : Passons maintenant à la politique interne, l’économie. Vous décrivez le conseiller économique, Gary Cohn, qui explique au Président les taux d’intérêts. Il lui dit qu’ils vont augmenter. Le Président réagit en disant : « He ! bien, nous devrions emprunter beaucoup d’argent dès maintenant, le revendre et ainsi faire beaucoup d’argent, en imprimer, faire marcher les presses ». (…) Vous nous donnez la réaction de M. Cohn.

B.W. : Alors, M. Cohn réplique que non, non ce n’est pas ainsi que les choses fonctionnent. On ne peut pas imprimer une quantité illimitée de monnaie parce que si vous faites ça, les intérêts vont plutôt encore augmenter. Le déficit aussi. C’était avant que D. Trump ne devienne Président. Mais il a été élu…et nous allions créer de la monnaie. Si vous creusez un peu, vous vous rendez compte qu’il est obsédé par « faire de l’argent » ; pas comment dépenser l’argent pour des choses comme la défense. Le Secrétaire à la défense, le général Mattis a dit au Président que les meilleurs dollars de la nation sont dépensés là et que si ça coûtait 10 fois plus, il faudrait le faire (quand même).

J.W. : Bob Woodward, avez-vous une idée de quel pourcentage des gens qui travaillant pour le Président en ont peur et ont peur de son leadership ?

B.W. : Non. (…) Dans mon livre je m’attache aux particularités, aux fonctionnaires clés qui parlent, débattent, et tentent d’arriver à des décisions avec le Président et avec la totalité de l’administration. Je pense que l’essentiel ici, en plus de la guerre autour de la vérité, c’est qu’il n’y a pas d’équipe ici, il n’y a pas de travail en commun. Nous ne savons pas ce qui va arriver. Des fonctionnaires de haut niveau disent passer le tiers de leur temps à prévenir que le pire n’arrive.

J.W. : Et pensez-vous que certains.es restent là parce qu’il leur faut protéger le pays ?

B.W. : Il leur faut sauver le pays.

J.W. : Brièvement, deux aspects : la fille du Président, Ivanka et son mari Jared Kushner. Vous écrivez à un moment donné, qu’à la Maison blanche, ils sont vus comme capables de pousser la réflexion. Est-ce correct ?

B.W. : (Ça été dit) par le chef de cabinet (du début du mandat Trump), Priebus. (…)

J.W. : (…) est-ce que quelqu’un.e révise le Président ? Est-ce que des expertises supplémentaires (sont à l’oeuvre) ?

B.W. : Ils (Ivanka et son mari) représentent un certain point de vue. Certains.es disent qu’ils tempèrent le Président. D’autres pensent que ces relations familiales leur donnent trop de présence et d’influence. Il est arrivé que le Président se soit fait dire qu’il vaudrait mieux qu’ils ne soient pas là. Donc, vous voyez, ….on verra.

J.W. : (…) Le Washington Post et le New York Times ont tous les deux présenté votre livre. Ils disent que vous avez, dans le passé, traité différemment les gens selon qu’ils collaboraient volontairement ou non avec vous, que vous étiez plus raide avec ceux et celles qui ne veulent pas vous parler. Quelle est votre réponse ?

B.W. : Je rapporte rigoureusement (ce que l’on m’a dit). Je pense qu’il y a amplement de personnes pas très heureuses que cela sorte. Mais j’ai toujours agi ainsi. Ce n’est pas partisan. Quelqu’un m’a qualifié d’ultra centriste récemment. Et ce n’est pas personnel. C’est la meilleure version qu’on puisse obtenir de la vérité.

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