Édition du 9 octobre 2018

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Amérique centrale et du sud

Brésil - Les femmes sur le front des mobilisations

Les 7 et 28 octobre auront lieu les élections présidentielles au Brésil. À cette occasion, notre rédaction s’est entretenue avec Thais Bueno et Bruno Mahiques, militant·e·s de Juntos ! et du PSOL à São Paulo.

Tiré de Solidarité.

Comment la gauche radicale aborde-t-elle ces élections ?

Au Brésil, de nombreuses personnes sont indignées par la politique et le régime actuels. C’est sur ce sentiment d’indignation que nous tentons de construire, avec Juntos ! et le PSOL, des campagnes politiques qui permettent de dialoguer avec la population. Pour ces présidentielles, notre candidat Guilherme Boulos est l’un des leaders du Mouvement des travailleurs sans-toit. Sa campagne a permis de thématiser la question de l’occupation de logements vides et la lutte contre la spéculation immobilière. La campagne de Sâmia Bomfim, députée à São Paulo, s’inscrit dans la même dynamique. Sâmia a commencé à militer à l’université et a été présente dans les mobilisations les plus importantes du pays ces dernières années. C’est en tant que porte-parole de la lutte des femmes qu’elle a réussi à se faire élire au Parlement de São Paulo. Durant son mandat, elle n’a pas arrêté de s’attaquer aux politiques néolibérales du gouvernement, devenant ainsi une référence au Brésil.

Quelles sont les relations de la gauche radicale avec la base sociale du Parti des travailleurs (PT) ?

La situation actuelle nous amène à conclure une unité d’action avec des organisations réformistes lors de mobilisations ponctuelles. Nous restons néanmoins convaincu·e·s, dans la crise actuelle, de la nécessité de renforcer la présence d’une gauche radicale qui dessine un horizon politique pour celles et ceux qui ont perdu espoir. La solution à la crise passe par l’auto-organisation des personnes autour d’un projet de démocratie réelle. Durant les mobilisations, les différences entre le PT et le PSOL sont évidentes, car le PSOL est l’un des seuls partis capables de les soutenir jusqu’au bout, du fait qu’il n’est imbriqué dans aucune coalition gouvernementale, contrairement aux partis traditionnels, entachés de corruption. Ainsi, bien qu’il se donne l’apparence d’un parti très combatif, le PT peine à offrir des débouchés politiques aux luttes sociales. Ce qui implique que ses discours sont très éloignés de son action politique réelle. Dans ce sens, durant les débats, la grande difficulté pour notre candidat Boulos était que ces différences devenaient moins visibles, car les deux partis tenaient un discours d’opposition au gouvernement de Michel Temer.

Comment combattre l’extrême droite au Brésil ?

En 2017, au moment le plus aigu de la crise brésilienne, le nombre d’adhérent·e ·s au PSOL a explosé. C’est aussi en 2017 qu’a eu lieu une grève générale historique dans notre pays, ainsi qu’une manifestation de 100 000 personnes qui a poussé le gouvernement à déployer l’armée pour reprendre le contrôle de la situation et disperser la foule qui déferlait en direction du palais présidentiel. La population, dans son écrasante majorité, ne veut pas payer pour la crise du capitalisme et lutte pour trouver une alternative. On assiste ainsi au Brésil à une polarisation de la lutte de classes. Il est clair désormais que la sortie de la crise ne passera pas par les partis traditionnels de gauche ou de droite. Tout peut arriver sur la scène politique. Le discrédit des institutions brésiliennes a permis de faire comprendre à beaucoup de personnes qu’il n’y a rien à attendre du Parlement et que les victoires politiques ne peuvent venir que de mobilisations par en bas. Voilà notre principal outil pour combattre l’extrême droite.

Quel rôle joue la mobilisation des femmes durant ces élections ?

Au sein de la gauche, le mouvement des femmes est le plus avancé et celui qui a le plus de chances de faire tomber l’extrême droite et les tendances autoritaires au Brésil. Les femmes sont celles qui souffrent le plus de la crise. Elles sont les plus précarisées sur le marché de l’emploi, souvent sous-payées pour de longues journées de travail, d’études, de tâches ménagères et de soins à la famille. À cela s’ajoutent des lois inefficaces contre les violences sexistes et les inégalités de genre. C’est ce qui leur a donné l’élan pour un mouvement sans précédent dans l’histoire du Brésil. Le mot d’ordre de la lutte féministe était le droit à disposer de son propre corps, mais le mouvement des femmes au Brésil porte la conscience nette que, pour faire avancer le combat féministe pour leurs droits et changer le mode de fonctionnement de la société, la bataille doit être collective. S’il y a des mobilisations, les femmes seront les premières au front. Ça a été le cas durant la grève générale, la lutte contre la réforme des retraites, contre la culture du viol, et maintenant durant les élections. Selon les sondages, le candidat en tête en vue des élections est Jair Bolsonaro, un militaire machiste, LGBTphobe, raciste, mêlé à des affaires de corruption… Mais en ce moment, sa candidature est remise en cause par la mobilisation de plus d’un million de femmes dans 66 villes différentes pour le répudier. Avec le hashtag #EleNão, les femmes démontrent que leur mobilisation est plus forte que jamais et qu’ensemble, elles pourront changer l’avenir des élections, tout comme elles ont changé l’avenir de la gauche, des mouvements sociaux et de la société dans notre pays.

Thais Bueno

Militantes de Juntos ! et du PSOL à São Paulo.

Bruno Mahiques

Militants de Juntos ! et du PSOL à São Paulo.

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