Édition du 18 décembre 2018

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Amérique centrale et du sud

Brésil. Manifeste des Femmes Unies contre Bolsonaro (São Paulo)

Qui sommes-nous ?

1. Nous sommes des femmes, des millions et nous sommes diverses. Nous sommes brésiliennes et migrantes. Jeune et avec des cheveux blonds. Noires, blanches, indigènes. trans et travesties. Nous aimons les hommes, les femmes ou les deux. Nous sommes mariées et célibataires.

Tiré de À l’encontre.

2. Nous sommes des travailleuses, des ménagères, des artistes, des fonctionnaires, de petites entrepreneuses, des marchandes ambulantes, des sans-toit, des paysannes sans terre. Ayant un emploi et sans emploi. Des femmes de différentes religions et sans religion.

Pourquoi sommes-nous contre Bolsonaro ?

3. Jair Bolsonaro méprisent les Noir·e·s, les Indiens, les homosexuels/homosexuelles et toutes celles qui luttent pour la défense des droits des femmes.

4. Il a voté en faveur du gel des dépenses dans les domaines de la santé, de l’éducation et des services sociaux durant 20 ans [proposition de gel budgétaire adoptée par le gouvernement actuel de Michel Temer]. Il a promis d’augmenter les impôts [indirects frappant les pauvres]. Il a annoncé une vague de privatisations.

5. Il est l’un des auteurs du Projet de loi qui fait que le Système Unique de Santé (SUS) n’est pas obligé de prendre en charge des femmes victimes d’abus sexuels. Il soutient le projet « d’école sans parti ». [Car il accuse le Parti des travailleurs (PT) d’avoir fait de l’école publique une enceinte pour la propagande communiste !!!]

6. Il a voté en faveur de la contre-réforme de la législation du travail et de la loi sur la sous-traitance [qui implique aucun contrôle sur les conditions de travail et la suppression des contrats collectifs]. Il a dit que « les travailleurs et travailleuses doivent choisir entre avoir des droits ou avoir des emplois ».

Il a voté le 3 avril 2013 contre la PEC [Proposition d’amendement constitutionnel] concernant le travail domestique. [En décembre 2012, il a pris position publiquement, dans une vidéo, contre la « PEC das Domésticas » en affirmant qu’il s’agissait avec cette loi constitutionnelle d’établir la dictature du prolétariat !] . [La PEC pour les employées domestiques établit un temps de travail hebdomadaire de 44 heures, le paiement des heures supplémentaires, l’enregistrement auprès du « Fonds de garantie du temps de travail – FGTS » qui assure une allocation de chômage en cas de perte d’emploi ; au minimum 30% des employées domestiques ne sont pas déclarées et ne disposent donc d’aucun droit minimal.] Bolsonaro s’est engagé à soutenir la contre-réforme des retraites [mise en place d’un système par capitalisation].

7. Il préconise l’approfondissement d’un projet de sécurité publique qui traite la violence au moyen de la violence militarisée.

8. Une politique de militarisation qui est à l’œuvre depuis de nombreuses années au Brésil, en particulier à Rio de Janeiro [l’Etat de Rio est sous contrôle militaire fédéral et placé sous le commandement de la 4e région militaire du Brésil]. Or, la ville de Rio compte, depuis lors, le plus grand nombre d’homicides de civils et y compris policiers lors d’affrontements. C’est la ville où Marielle Franco et Anderson Gomes [qui conduisait la voiture] ont été exécutés [en mars 2018]. [Diverses études académiques démontrent que le trafic de drogue n’est possible, dans une telle ville, que grâce à des accords financiers entre ceux qui contrôlent, à cette échelle, la drogue et la police. Sont tués les petits dealers qui se défendent, en ayant d’ailleurs acheté leurs armes à des policiers et des soldats. Ce qui présage des résultats de la politique que veut mettre en place, à l’échelle du pays, Bolsonaro et son clan militaire. En outre, la place qui avait été nommée du nom de Marielle Franco – la place Floriano, l’un des grandes places de Rio – a été « débaptisée » de manière criminelle par deux candidats du PSL de Jair Bolsonaro, Rodrigo Amorim et Daniel Silveira, qui ont enlevé la plaque commémorative, l’ont cassée, tout cela filmé par eux et aux cris de « mort au PT, aux lesbiennes, au Noires »,ce qui en dit long sur les gangs criminels mobilisables par les forces liées au ticket Bolsonaro et Mourão.]

9. Son candidat à la vice-présidence [Hamilton Mourão], un général [récemment mis à la retraite anticipée] préconisait la prise du pouvoir par les forces armées et la rédaction d’une nouvelle constitution sans participation populaire.

10. Bolsonaro est un défenseur de la dictature militaire (1964-1985), déclarant que l’erreur de l’armée fut de torturer au lieu de tuer.

11. Nous ne voulons pas de dictature ni de fascisme, ni un accroissement de la politique de massacre policier et militaire dans les rues. Nous voulons la liberté, l’égalité, la justice sociale et des droits !

12. Bolsonaro est tout ce dont le Brésil n’a pas besoin pour surmonter la crise et aller de l’avant.

13. Nous, femmes, défendons l’opposé de ce qu’il prêche : le respect des différences, le droit des femmes à vivre en sécurité et d’avoir le droit de décision sur leur propre corps.

14. Nous défendons l’égalité des salaires entre hommes et femmes, entre Noirs et Blancs. Nous défendons la plus grande liberté d’enseigner et d’apprendre, sans loi qui impose un bâillon aux enseignants.

15. Nous préconisons que les personnes soient libres d’aimer et d’être respectées pour cela. Nous défendons le débat d’idées et la démocratie.

15. Bolsonaro prêche la haine, nous prêchons le respect. Il défend la mort et la torture, nous défendons la vie. C’est pourquoi nous disons :

#No #ManuEHaddadSim
# AhoraÉ13 [13 : signifie voter Haddad]
(Traduction et édition par A l’Encontre)

Bolsonaro, dans les sondages, atteint 59% des intentions de vote, contre 41% pour Haddad

• Selon le sondage du 16 octobre sur les intentions de vote, sondage effectué par IBOPE, le candidat Jair Bolsonaro possède un avantage de 18 points de pourcentage sur son « rival » Fernando Haddad, soit respectivement 59% contre 41% des intentions de vote. Le niveau de « rejet » – soit selon la question « en aucun cas vous ne voterez pour ce candidat » – pour Bolsonaro est de 35% alors qu’il est de 47% pour Haddad. Ce sondage a été effectué dans 176 villes, entre le 13 et 14 octobre 2018, sur un échantillon de 2506 électeurs et électrices, avec une marge d’erreur de 2%.

• L’agence Datafolha, en date du 19 octobre, produit pour l’essentiel les mêmes résultats. L’avance de Bolsonaro, par rapport au sondage à la sortie du premier tour (7 octobre), a augmenté d’un 1% (de 58 à 59%) et celui de Haddad a reculé de 1% (de 42% à 41%).

La seule région où le candidat du PT obtient un résultat supérieur à Bolsonaro : le Nordeste avec 53% pour Haddad et 31% pour Bolsonaro. Mais ce dernier possède un avantage de 34 points de pourcentage dans le Sud (61% à 27%) et dans le Sudeste de 25% (55% à 29%). Et le degré de certitude des électeurs et électrices de Bolsonaro sur le vote qu’ils vont enregistrer le 28 octobre est supérieur aux électeurs qui pensent voter pour Haddad.

Il faut relever la différence entre hommes et femmes dans les intentions de vote : 58% parmi les hommes pour Bolsonaro contre 32% pour Haddad ; parmi les femmes : 43% pour Bolsonaro et 39% pour Haddad.

• En conclusion : face à la victoire prévisible, à l’heure actuelle, de Bolsonaro-Mourão, la solidarité internationale pour la défense des droits démocratiques contre leurs mises en question pratiques et les agressions diverses deviendra une priorité. Saisir cela est, peut-être, plus important que lancer seulement, dans l’ignorance politique de ce qui se passe au Brésil, des slogans qu’il faut certes affirmer – EleNão – mais qui ne doivent pas servir à se tromper sur les tâches solidaires à venir. Cela nous rappelle, parfois, le ¡No pasarán ! que certains lançaient… après le coup d’Etat au Chili de Pinochet, en septembre 1973 ! (Réd. A l’Encontre)

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