Édition du 26 juin 2018

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Ce que le Canada pourrait enseigner à D. Trump à propos du lait

Le récent G7 s’est terminé dans le chaos, le Président Trump lançant des noms d’oiseau à son rival mieux disposé, le Premier ministre canadien, Justin Trudeau. Et maintenant, les États-Unis sont au bord de la guerre commerciale à fronts multiples avec l’Europe, la Chine et notre voisin, mais quand même ami, le Canada. Le Président en a contre le système canadien de la gestion de l’offre de ses produits laitiers pour soutenir ses fermiers.ères.

Tom Philpott, Mother Jones, 15 juin 2018
Traduction : Alexandra Cyr

Note : Les informations chiffrées dans cet article sont illustrées par de nombreux graphiques qu’il nous est impossible de reproduire ici. Vous pourrez vous référer à l’article original pour les consulter.

Donald Trump : (Tweet) Le Premier ministre Trudeau est si indigné ; il revient toujours sur les rapports entre les États-Unis et le Canada au fil des années, et bien d’autres choses … mais il ne dit jamais qu’ils nous imposent des tarifs de 300 % sur nos produits laitiers. Ils heurtent ainsi nos Fermiers et tuent notre Agriculture ! (7juin 2018, 7 h 44. Les majuscules à fermiers et agriculture sont dans le texte).

Vous avez saisi ? Le colosse du nord « tue notre Agriculture » ! alors que la demande pour le lait et les produits dérivés, comme le fromage et le yogourt, est stagnante (cf. graphique). Quand la production augmente et que la demande ne bouge pas, vous avez un surplus et les prix baissent. Les producteurs.trices de lait américains.es sont frappés.es de plein fouet par les bas prix et, depuis plusieurs années, les prix qui leur sont payés sur les marchés ne sont pas à la hauteur de leurs coûts de production (cf. graphique).

Mais est-ce que l’argument du Président Trump est valable ? (Il prétend) que si l’accès aux marchés étrangers, dont le canadien, étaient plus ouverts aux productions laitières américaines, nos fermiers.ères auraient un meilleur prix pour leur lait.

Il n’y a pas que D. Trump qui prétend que l’exportation pourrait résoudre notre crise du lait. Comme je l’ai écrit il y a un bon moment, d’éminents démocrates des états à production laitière comme le Wisconsin et New-York critiquent aussi les tarifs canadiens sur les produits laitiers. Tom Vilsack, qui a passé quatre ans au Département de l’agriculture américain au cours des mandats de B. Obama, est aussi un critique féroce du programme canadien. Il est maintenant le PDG du Conseil d’exportation des produits laitiers américains.

Mais voilà : les exportations américaines (de produits laitiers) ont augmenté sérieusement au cours des dernières années. En ce moment, presque 15 % du lait américain est vendu sur les marchés extérieurs sous une forme ou une autre (cf. graphique). Et le Canada, en dépit de ses tarifs sur ces produits, en a acheté aux États-Unis pour 577 millions de dollars en 2017. C’est plus que n’importe quel autre pays, sauf le Mexique. En 2016, les États-Unis « ont exporté pour 631,600 millions de dollars de produits laitiers au Canada, alors que ce pays n’a exporté que pour 133 millions de dollars aux États-Unis » rapporte Politifact. En d’autres mots, la frontière nordique n’est vraiment pas fermée aux produits laitiers américains (cf. graphique sur les exportations américaines de produits laitiers).

Il faut noter que le volume de produits laitiers vendus outre-frontières a augmenté assez rapidement depuis une dizaine d’années. Les exportations de fromage ont triplé et celles du petit lait ont presque doublé. Les sommes récoltées par notre industrie sur les marchés étrangers ont augmenté encore plus significativement. Elles sont passées de 3,800 mille millions de dollars en 2008 à 5,500 mille millions de dollars l’an dernier. Les fermiers.ères des États-Unis ne sont pas seuls.es à « baratter » des moyens pour écouler leurs surplus de lait. Il y a une crise mondiale de surproduction entraînant les prix à la baisse.

Alors, pourquoi donc continuer à produire encore plus de lait, alors qu’il y en a déjà trop ? Essentiellement, chaque producteur.trice pris individuellement, cherche toujours le chemin de la profitabilité, espérant qu’avec plus de volume, il sera possible de compenser la baisse des prix, mais quand tout le monde le fait, les prix stagnent ou baissent. C’est la logique brutale dans laquelle sont enfermés.es les joueurs.euses indépendants.es dominés.es par une poignée d’acheteurs.euses des leurs produits, ici les transformateurs laitiers. Aux États-Unis, une seule de ces compagnies, Dean Foods, achète un tiers du lait frais.

Ironiquement, la réponse à ce dilemme existe juste au nord de notre frontière, dans ce pays que Ms Trump et Vilsack accusent d’entrave à nos fermiers.ères. Au Canada, il y a rarement surproduction de produits laitiers, leurs producteurs.trices sont organisés.es pour harmoniser l’offre à la demande ; cela assure des prix décents. Il y a quelques mois, j’ai expliqué comment fonctionne le système canadien, connu sous le nom de la « gestion de l’offre ». Leah Douglas a rapporté que les fermiers.ères américains.es regardent vers le nord, y cherchant de l’inspiration. Plus récemment, sur le site TalkPoverty, Debbie Weingarten a démontré comment nos producteurs-trices de lait sont au désespoir et comment la gestion de l’offre pourrait les aider.

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