Édition du 19 juin 2018

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Médias

Ce que nous apprend la propagande russe

Les diverses formes de propagandes qui ont été utilisées pour modifier les actions de la population américaine lors des dernières élections présidentielles dévoilent des mécanismes d’endoctrinement qui sont partie intégrante de la culture canadienne.

Les services de renseignement américain attribuent à Moscou le vol d’informations du QG de campagne des démocrates qui auraient servi à faire de la propagande contre Hillary Clinton. Le gros de cette campagne de propagande aurait par la suite eu lieu dans les médias traditionnels, Facebook et Twitter. Le vol de document et la diffusion d’informations mensongères pour changer l’opinion de la population n’ont rien d’exceptionnel et sont même plutôt ordinaires au Canada. Du temps de Duplessis on se débarrassait des opposants et opposantes politiques trop libéraux-ales en les accusant d’être des sodomites. La commission Keable a aussi montré que la Gendarmerie Royale du Canada a mené des centaines d’opérations illégales de ce type, volé des documents, détruit des réputations, brulé des bâtiments pour combattre les souverainistes. Encore de nos jours des médias officiels et organismes de toutes sortes ne se gênent pas d’amplifier des situations pour faire mal paraitre des personnes s’opposant politiquement. Parlez-en à la chef du Bloc québécois, Martine Ouellet, qui subit actuellement le traitement royal.

La grille d’analyse qu’utilisent les médias américains pour décrire cette situation peut aussi être appliquée aux médias anglophones et fédéralistes quand ils parlent du Québec. On les voit constamment dénoncés et tentés de démoraliser les membres du Bloc et du Parti québécois. Ce que fait A. Hanes du Montreal Gazette quand elle déclare le 20 octobre 2017 que « La loi 62 est une loi raciste, sexiste et honteuse », était de cette catégorie.

Les manières utilisées par les propagandistes russes sont fondamentalement les mêmes par lesquelles les citoyens et citoyennes canadiennes sont socialisées. En fait, seule l’intention de leurs utilisateurs les démarque des activités qui ont lieux quotidiennement dans les médias sociaux et plus largement dans les médias et la société canadienne en général. Si la socialisation est en partie une entreprise consciente et explicite de transmission de valeurs et de normes, elle est aussi le résultat d’un contrôle social constant. Quand on remonte dans le temps, on peut voir l’intégration de cette propagande au processus de socialisation des jeunes canadiens. Elle commence durant l’enfance et se poursuit tout au long de la vie. Comme les internautes russes, chaque parent qui convainc ses enfants que le Père Noël existe leur ment sciemment et les désensibilise un peu plus aux conséquences néfastes de ces mensonges sur leur vie. Après avoir vécu tant de dissonance sociale normale, ceux-ci et celles-ci en viennent à accepter passivement des actions graves comme le fait qu’un premier ministre ne modifie pas le système électoral fédéral alors qu’il s’y était engagé formellement avant les élections.

L’effort pour débusquer la propagande russe montre donc qu’elle utilise pour des fins spécifiques des mécanismes qui sont intégrés au tissu de la société. C’est la « fabrication du consentement », que dénonce Noam Chomsky. Les États, entreprises, médias traditionnels et sociaux créent du contenu commandité et tendancieux qui produit les comportements désirés. Les recherches des grands médias américains donnent donc des pistes pour expliquer plusieurs situations vécues dans la société canadienne qui semblent incompréhensibles à première vue. Pourquoi l’accumulation des richesses dans les mains des gens les mieux nantis de la population continue-t-elle malgré le fait que les mécanismes qui y mènent ont déjà été identifiés et dénoncés ? Pourquoi ne fait-on rien contre les paradis fiscaux alors que l’on sait qu’ils saignent à blanc l’économie de plusieurs pays, y compris celle du Canada ? Plus généralement on peut aussi y voir des pistes de réponse pour les personnes qui se demande pourquoi la partie la plus pauvre de la population vote souvent contre son propre bien au Canada.

Nous voyons donc apparaitre à la suite des dernières révélations des médias américains que la propagande qui a possiblement modifié les élections du pays le plus puissant du monde n’est qu’une manipulation ciblée de celle plus générale qui maintient la cohésion sociale à l’avantage d’un petit nombre de gens, autant aux États-Unis qu’au Canada. La face cachée de la propagande russe, c’est qu’elle utilise les mécanismes qui font fonctionner la société canadienne moderne et qui tiennent la plus grande partie de sa population sous le joug de quelques-uns et unes de ses citoyens les plus riches.

Michel Gourd

Mots-clés : Canada Médias
Michel Gourd

Résident de L’Ascension de Matapédia.

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