Édition du 19 septembre 2017

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Armes nucléaires

Cérémonie le 5 août 2017 au Jardin botanique en commémoration de Hiroshima

PREMIÈRE PARTIE : DISCOURS OFFICIELS ET MUSIQUES ÉMOUVANTES DU QUATUOR ESKA

M. Charles-Mathieu Brunelle représentait Espace pour la Vie et M. Luc Vanasse, la Fondation du Jardin botanique et du Pavillon japonais, afin de rappeler les différentes symboliques de paix attachées au Jardin. C’était précisément le message livré en son discours non officiel plus tôt devant la porte d’entrée principale du Jardin botanique (voir 2e partie) par le président domlebo des Artistes pour la Paix : il s’y était référé au respect de la Nature comme élément fondamental de la paix, tel que voulu par le créateur du Jardin botanique Conrad Kérouac (le frère Marie-Victorin) et un de ses continuateurs, Pierre Dansereau, membre des APLP, tout comme le grand créateur Frédéric Back.

Le Maire de Montréal, l’honorable Denis Coderre, a évoqué les liens indéfectibles unissant Montréal à Hiroshima, ville connectée simultanément par une cérémonie officielle avec son maire, président des maires pour la paix (organisme dont M. Coderre se déclare fier membre). M. Coderre a salué la présence de l’ex-maire Pierre Bourque, aussi très proche du Jardin botanique et du Japon, ainsi que ses amis des Artistes pour la Paix, en particulier Judi Richards, au premier rang avec domlebo, Daniel Gingras, Pierre Jasmin, Izabella Marengo, Odette Bougie tandis qu’André Cloutier était derrière, non loin du président de l’Institut d’Études Internationales de Montréal (UQAM), Claude-Yves Charron et son épouse japonaise.

Trois jeunes Japonaises et trois officiels se sont partagé diverses lectures, y compris la Déclaration 2017 du Maire de Hiroshima qui lui, n’a pas manqué de rappeler que le 7 juillet dernier, 122 pays ont signé avec courage à l’ONU le Traité d’interdiction des armes nucléaires qui porte nos espoirs à tous.

Le consul général du Japon à Montréal, M. Hideaki Kuramitsu, a conclu avec des mots diplomatiques, parmi lesquels les Artistes pour la Paix ont noté avec bonheur ses félicitations à la Ville de Montréal de s’être en 1986 déclarée ZONE LIBRE D’ARMEMENTS NUCLÉAIRES1.

DEUXIÈME PARTIE : VIGILE APPELÉE PLUS TÔT PAR LES ARTISTES POUR LA PAIX
Une heure et demie avant cette cérémonie officielle, les Artistes pour la Paix avaient convoqué leurs amies nombreuses des Raging Grannies et moins nombreuses (à cause d’une panne de voiture de la présidente Louise-Édith Hébert) des Mémés déchaînées : elles ont rendu ensemble un sincère et émouvant hommage à la paix en chansons dénonçant la guerre. Celui à qui a été décerné le prix APLP2002 et le Prix du Québec 2015, Martin Duckworth, auteur de films pour la paix, dont Plus jamais d’Hiroshima récompensé par un prix Génie, nous avait prié d’excuser son absence, due à un voyage dans sa famille dans les Maritimes.

Les discours de domlebo et Pierre Jasmin n’ont pas manqué de souligner l’époque dangereuse dans laquelle nous vivons où meurent encore des civils de tous âges, tandis que des guerres d’agression laissent des pays entiers en ruine et des millions de civils déplacés, tués, blessés ou forcés de fuir en tant que réfugiés : le Haut-Commissariat des Réfugiés de l’ONU estime leur nombre à 66 millions mais se réjouit qu’avec les défaites infligées par les Kurdes à l’Armée islamique, un demi-million de Syriens et d’Irakiens ont pu revenir cette année-même dans leurs foyers. Par ailleurs, parce que le Canada et les pays riches préfèrent consacrer des centaines de milliards de $ à acheter des avions de chasse et des navires de guerre, trop de pays souffrent de pauvreté endémique et on voit s’entasser ici, à côté, au Stade Olympique, des centaines de migrants haïtiens que la Ville de Montréal sait accueillir, alors qu’ils sont chassés des États-Unis par l’intolérance du président Trump.

Neuf États nucléaires terrorisent le monde avec ce qu’on estime autour de seize mille armes atomiques : les États-Unis, seul État à avoir utilisé la bombe atomique pour attaquer un autre pays, possède avec la Russie 93% d’entre elles. Qui sont les autres ? Deux pays membres de l’OTAN, la France et la Grande-Bretagne, mais aussi la Chine, l’Inde, le Pakistan, Israël et la Corée du Nord, seul pays dans les 20 dernières années à tester encore des explosions nucléaires. Le président Trump attise les flammes en suggérant que le Japon et la Corée du Sud devraient avoir des armes nucléaires pour contrer Kim Jung-un : saluons le nouveau président de la Corée du Sud qui choisit malgré les difficultés de plutôt emprunter une route de paix et de pourparlers diplomatiques. 

L’époque est également exaltante, puisqu’il y a un mois, le 7 juillet, 122 pays ont présenté à l’ONU et à son nouveau Secrétaire général, Antonio Guterres, une solide résolution pour rendre la bombe nucléaire ILLÉGALE : elle sera officiellement déposée le 20 septembre à l’Assemblée générale de l’ONU.

Les Canadiens sont de tout cœur avec les 7400 Maires pour la Paix, association créée en 1982 par le maire d’Hiroshima et avec le millier de membres de l’Ordre du Canada qui ont appelé à une Convention nucléaire : 110 d’entre eux, dont notre ami Murray Thomson, membre émérite de Pugwash Canada, avaient incité encore en juin dernier le premier ministre de ne plus boycotter les négociations à l’ONU. Hélas, M. Trudeau a ignoré l’héritage de son père et passé outre la volonté populaire opposée aux armes de destruction massive.

Enfin, le Réseau canadien pour l’abolition de l’arme nucléaire félicite le Japon pour la nomination le 3 août de M. Taro Kono comme ministre des Affaires étrangères, en espérant comme notre ami Alyn Ware, coordonnateur des Parlementaires pour la non-prolifération et le désarmement nucléaire2, qu’il ne reniera pas ses engagements antérieurs. Félicitons aussi le Japon pour ses trois millions de signatures présentées à l’ONU le 16 juin dernier à madame Elayne Whyte Gomez, ambassadrice du Costa Rica, qui présidait les négociations avec 141 pays pour bannir l’arme nucléaire. Étaient présents à cette occasion deux Hibakusha, Toshiyuki Mimaki, 75 ans, et Masako Wada, 73 ans, survivants des attaques nucléaires américaines sur Hiroshima et Nagasaki. Nous aurions aimé prier le consul japonais de les saluer respectueusement en notre nom, spécialement en une journée comme aujourd’hui.

NEW YORK (ONU) – Des survivants (hibakusha) des attaques nucléaires américaines sur Hiroshima et Nagasaki ont présenté vendredi le 16 juin, une pétition d’appui de près de trois millions de signatures aux négociations en vue de bannir les armes nucléaires. Sur la photo, Toshiyuki Mimaki, 75, et Masako Wada, 73 ans, qui ont survécu la première à l’holocauste d’Hiroshima (6 août 1945) et le deuxième à Nagasaki trois jours plus tard, entourent leur championne, l’ambassadrice du Costa Rica, Elayne Whyte Gomez.

Avant de conclure par une minute de silence appelée par Dimitri Roussopoulos, que nous remercions pour ses nombreuses présences aux côtés des APLP (dont il était un des co-fondateurs), Pierre Jasmin a lu, avec compléments, le discours suivant de Jillian Skeet, présidente de la Ligue internationale des femmes pour la paix et la liberté (section canadienne), traduit par Antonio Artuso et André Cloutier.
Appel à mettre un terme à 72 ans de menace nucléaire mondiale
(See original English version at the end of this long document)
À l’occasion du 72ème anniversaire des bombardements atomiques d’Hiroshima et de Nagasaki, des militants de la paix de différentes régions du Canada réprimandent le gouvernement canadien pour son récent boycott des négociations des Nations Unies sur le Traité d’interdiction des armes nucléaires. Le traité a été approuvé par des pays non nucléaires le 7 juillet par un vote de 122 voix contre 1 et une abstention.

« Nous nous sentons comme si nous étions de retour à l’ère récente où le Canada avait le comportement embarrassant d’un dinosaure sur la scène internationale. Malgré un bilan international déficient du Canada en matière de pressions en faveur du désarmement nucléaire aux Nations Unies et à la Conférence de Genève sur le désarmement, questions que notre Bureau international surveille activement, on rappelle que le Canada a été le premier pays à capacité nucléaire à renoncer aux armes nucléaires et à participer activement à chaque négociation de ce genre ».
Sondage après sondage, depuis des décennies, montrent que la grande majorité des Canadiens s’oppose fermement aux armes nucléaires. Il est donc déconcertant de constater que le gouvernement Justin Trudeau, qui clame que « le Canada est de retour », a décidé de laisser tomber le reste du monde relativement à une question d’une importance aussi vitale pour les Canadiens et pour les peuples du monde entier.

Les bombes larguées sur Hiroshima et sur Nagasaki en 1945 ont déclenché non seulement une réaction en chaîne nucléaire, mais aussi une réaction de conséquences qui menacent continuellement notre planète, même en l’absence de nouvelle déflagration nucléaire. Les déchets nucléaires provenant de la catastrophe de Fukushima, les accidents et les déversements nucléaires d’Hanford (État de Washington), de Tchernobyl et une myriade d’autres cas continuent de présenter des risques mortels difficiles à contenir au cours des prochains siècles.
Permettez-moi de souligner, en m’écartant du texte de Jillian, les efforts du Ralliement contre la pollution radioactive, pour empêcher l’implantation à Chalk River d’un lieu d’enfouissement de déchets radioactifs projeté à proximité de la rivière des Outaouais, réservoir d’eau potable pour Ottawa et Montréal. The Anishinabek Nation and Iroquois Caucus object to the import and export of nuclear wastes and assert that the “Rivers and lakes are the blood and the lungs of Mother Earth. When we contaminate our waterways, we are poisoning life itself.” Le RCPR est animé par Gilles Provost, journaliste scientifique à la retraite, et la physicienne nucléaire Ginette Charbonneau qui a généreusement répondu, par sa présence aujourd’hui, à notre invitation3.

De plus, laissez-moi signaler que la centrale de Pointe-Lepreau dont Amir Khadir et les APLP ont empêché l’achat en 2011 par Hydro-Québec grâce à une des toutes premières pétitions sur le site de l’Assemblée Nationale, vient de subir hier un autre arrêt imprévu, avec des employés de la non-fiable Commission Canadienne de Sécurité Nucléaire dépêchés d’urgence sur place au Nouveau-Brunswick !
Je poursuis le texte de Jillian Killian. Pourtant, nous continuons, comme d’habitude, à faire des affaires dans le domaine de la production d’armes et d’énergie nucléaires et de créer des sous-produits nucléaires mortels, sans disposer de méthode de stockage sécuritaire.

L’ère nucléaire a placé sous les feux des projecteurs le manque de sagesse alarmant de notre espèce4. Robert Oppenheimer, surnommé « père de la bombe atomique » pour son rôle dans le développement des bombes larguées sur Hiroshima et sur Nagasaki, a déclaré : « Je suis devenu la mort, le destructeur de mondes » et il a consacré le reste de sa vie à avertir le public des dangers et à essayer de remettre le génie atomique dans la bouteille. Il pourrait probablement être excusé d’avoir mené des recherches scientifiques dont les conséquences étaient alors inconnues, mais aujourd’hui, nous n’avons pas d’excuse. Le récent Rapport sur la famine nucléaire publié par les Médecins pour la responsabilité sociale et par les Médecins internationaux pour la prévention de la guerre nucléaire indique que les conséquences humanitaires d’une guerre nucléaire, aussi petite, limitée et régionale soit-elle, seraient bien pires que celles que l’on avait imaginées antérieurement. Car d’Hiroshima à Fukushima et au-delà, nous laissons un sillage de destruction.
Dans un esprit d’éducation consistant à maintenir vivantes les leçons marquantes de l’histoire, le maire de Vancouver, Gregor Robertson, a diffusé deux proclamations annonçant que le 6 août 2017 serait le Jour commémoratif d’Hiroshima et le 9 août 2017, le Jour commémoratif de Nagasaki, « pour que l’on se souvienne des dévastations causées à ces villes japonaises en 1945 et pour renouveler notre engagement à éliminer la menace que constituent les armes nucléaires, ici et partout ailleurs ». Le maire de Toronto, John Tory a émis une proclamation semblable. Le maire de Montréal, Denis Coderre, membre des 7400 Maires pour la Paix, organise encore cette année sa cérémonie traditionnelle en souvenir d’Hiroshima (ville jumelle de Montréal) le 5 août 2017, à 19 h 15 dans le jardin japonais, à proximité de la Cloche de la Paix, cadeau offert par la ville d’Hiroshima. Il exprimera l’engagement éternel à préserver l’amitié et la paix entre les deux villes, à l’heure précise où une cérémonie similaire se déroulera à Hiroshima.
Nous félicitons les villes de Vancouver, de Toronto et de Montréal et demandons au Canada de se joindre à la communauté internationale afin de mettre un terme aux 72 ans de menaces nucléaires mondiales, qui mettent en danger la vie sur notre planète, et ce si les armes conventionnelles n’y viennent pas à bout. »

1.C’est le maire Jean Doré qui avait pris cette initiative dès son élection et à la réception d’un rapport étoffant cette recommandation par les APLP Dimitri Roussopoulos et Pierre Jasmin, alors vice-présidents sous la présidente Antonine Maillet. L’ex-président Jean-Louis Roux avait aussitôt été nommé à la présidence du comité ZLAN de la Ville de Montréal, faits probablement oubliés par l’administration actuelle, mais non par le consul japonais…
2.Congratulations to Taro Kono MP, President of the Japan section of PNND and former PNND Co-President, for being appointed on August 3 as the Foreign Minister of Japan. As a leader of PNND, Taro Kono has given support for a nuclear weapons convention by endorsing ‘A Nuclear-Weapon-Free World : Our Common Good’, and also by endorsing the ‘Parliamentarians Declaration Supporting a Nuclear Weapons Convention. He has also supported the proposal for a North-East Asia Nuclear Weapon Free Zone, by endorsing the Joint Statement by Parliamentarians of Japan and the Republic of Korea on Denuclearization of Northeast Asia.
3.Elle a profité de l’occasion pour remettre le mémoire du RCPR au Maire, déjà sensibilisé à la question du site problématique d’enfouissement de déchets radioactifs envisagé près de Chalk River puisqu’il a écrit, le 19 juillet : « la ville souhaite que l’Alliance des villes des Grands Lacs et du Saint-Laurent se prononce dans le cadre de cette consultation afin d’en appeler à la prudence, et ce, principalement par souci de protection des sources d’eau potable ». Madame Charbonneau lui a rappelé le mémoire déposé le 18 avril 2017 à la Commission canadienne de sûreté nucléaire par l’Association Canadienne des Médecins pour l’Environnement qui demande « son annulation pure et simple et (croit) que le consortium doit repenser de fond en comble son concept des déchets », ainsi que le mémoire déposé le 3 août 2017 à la Commission canadienne de sûreté nucléaire par le RCPR : « Madame Charbonneau et M. Provost y réclament une solution plus adéquate que ce projet dont le budget insuffisant ne tient pas compte des dépenses à long terme d’entretien, de surveillance et de réfection, de la décontamination environnementale en cas de fuite ou d’intrusion, ni des soins de santé publique nécessaires à cause de la pollution radioactive. Ils réclament un site d’enfouissement en profondeur des déchets radioactifs et veulent qu’il ait une sécurité maximale, avec une étanchéité et une intégrité qui dureraient des millénaires, loin des zones urbaines et sismiques et des sources d’eau potable. Le site devra faire l’objet d’un entretien rigoureux et sa radioactivité devra être mesurée régulièrement, pendant les milliers d’années d’émission des radiations ». 
4.À l’exception du visionnaire physicien Joseph Rotblat, seul des 600 savants à avoir quitté le projet Manhattan (Los Alamos) en objection au largage projeté de bombes sur des populations civiles. Il alertera Albert Einstein et Bertrand Russell pour lancer le célèbre Manifeste adressé aux savants du monde entier « souvenez-vous de votre humanité et oubliez le reste » et fondera les Conférences mondiales Pugwash sur la science et les affaires mondiales (prix Nobel de la Paix, 1995).

Mots-clés : Armes nucléaires Canada

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