Édition du 16 octobre 2018

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Arts culture et société

Chaplin : La ruée vers l’or

C’est en Alaska, à la fin du XIXe siècle, que Chaplin campe l’histoire de son film La ruée vers l’or. Son célèbre vagabond de personnage, Charlot – que Chaplin appelle ici « The Little Fellow » –, devient prospecteur aurifère.

Les conditions de vie, dans ce coin de pays nordique, sont difficiles et particulièrement éprouvantes. Il y a le froid, la neige, les ours grizzly, les conditions d’existences précaires et aussi le règne de la loi du plus fort. C’est dans un fait divers, qui s’est produit à Donner en 1846, que Chaplin a trouvé le filon de son histoire. Des immigrants, perdus dans la neige de la Sierra Nevada, avaient été réduits à manger leurs mocassins et les cadavres de leurs camarades d’expédition. Dans cette tragédie, aux allures cannibalesques horrifiantes, Chaplin tire quelques uns des meilleurs gags de son film : le repas cuisiné avec un de ses bottes en cuir, le lacet qui se métamorphose en délectable spaghetti et l’hallucination de Big Jim, terriblement affamé, qui voit dans Charlot un dodu poulet prêt à être exécuté et dévoré. Revenons au scénario du film.

1898, c’est la ruée vers l’or au Klondyke. Le « Little fellow » affronte une tempête de neige qui l’amène à se réfugier dans la cabane d’un bandit hors-la-loi, Black Larsen, dont la tête est mise à prix. Jim McKay, un solide gaillard qui vient de trouver un gisement d’or, se réfugie également dans la rustique cabane où la nourriture est manquante. Après un tirage au sort, Larsen est désigné pour aller, toujours durant la tempête, à la recherche de nourriture. Alors que la tempête se calme, Charlot et Big Jim décident de se séparer.

Big Jim croise Larsen. Ce dernier vient de trouver la mine d’or de Jim et s’empare du butin. Une bataille, entre les deux gaillards, s’ensuit. Jim reçoit un coup sur la tête et perd la mémoire. Larsen s’enfuit et, lors de sa cavale, il sera surpris et englouti par une avalanche. Charlot, entre temps, arrive dans le village minier et fait la connaissance de Georgia, une danseuse, dont il tombe amoureux. Big Jim, toujours en partie amnésique, retrouve Charlot et lui promet la moitié de sa richesse s’il l’aide à retrouver l’emplacement de sa mine. Ce qui se réalisera, malgré plusieurs péripéties rocambolesques. À présent millionnaire, les deux hommes s’embarquent sur un bateau où Charlot connaitra de nouveaux rebondissements.
Dans ce film, le rêve américain fonctionne à 100 milles à l’heure. Charlot passe de la grande pauvreté d’un clochard à la richesse d’un néo millionnaire. Sur le bateau qui l’amène en Europe, il fait l’objet d’un reportage dans lequel il revêt ses haillons pour la dernière fois. Une nouvelle maladresse lui fera perdre pied. Il retrouvera, lors de cette chute imprévue, sa Georgia dont il s’était épris au Saloon. Un membre de l’équipage prend Charlot pour un passager clandestin. En vue de régulariser sa situation sur le bateau, Georgia propose de payer son billet. Le malentendu est finalement dissipé. Un journaliste demande à Charlot qui est Georgia ? Il la présente comme sa fiancée. Un Happy ending dans le sens fort du terme.

Le film est un mélange original de comique et de pathétique. Au final, l’aspect drôle l’emporte sur le côté tragique. Il comporte de nombreuses séquences inoubliables. Les jeux de mimes de Chaplin sont remarquables. La danse avec les petits pains est particulièrement imaginative et très bien exécutée. Il faut souligner aussi les prouesses techniques des artisans du film. Plusieurs scènes ont été truquées, des décors ont été miniaturisés, rien ne parait tant le tout a été confectionné avec un professionnalisme exemplaire.

Que retenir de ce film ? Deux choses : premièrement, Charlie Chaplin a transmué son pauvre personnage de Charlot en millionnaire et, deuxièmement, il démontre que dans la tragédie il est possible, malgré tout, d’en extraire le comique.
« Tout est dans tout » ! N’est-ce pas ?

Yvan Perrier

Yvan Perrier

Yvan Perrier est professeur de science politique depuis 1979. Il détient une maîtrise en science politique de l’Université Laval (Québec), un diplôme d’études approfondies (DEA) en sociologie politique de l’École des hautes études en sciences sociales (Paris) et un doctorat (Ph. D.) en science politique de l’Université du Québec à Montréal. Il est professeur au département des Sciences sociales du Cégep du Vieux Montréal (depuis 1990). Il a été chargé de cours en Relations industrielles à l’Université du Québec en Outaouais (de 2008 à 2016). Il a également été chercheur-associé au Centre de recherche en droit public à l’Université de Montréal.
Il est l’auteur de textes portant sur les sujets suivants : la question des jeunes ; la méthodologie du travail intellectuel et les méthodes de recherche en sciences sociales ; les Codes d’éthique dans les établissements de santé et de services sociaux ; la laïcité et la constitution canadienne ; les rapports collectifs de travail dans les secteurs public et parapublic au Québec ; l’État ; l’effectivité du droit et l’État de droit ; la constitutionnalisation de la liberté d’association ; l’historiographie ; la société moderne et finalement les arts (les arts visuels, le cinéma et la littérature).

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