Édition du 17 octobre 2017

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le blogue de Benoît Renaud

Cinq tracts à la Place des fêtes

Le dimanche 30 avril, à mi-chemin entre les deux tours de l’élection présidentielle française, ma conjointe et moi sommes allés faire notre marché à la Place des fêtes, dans le 19e arrondissement. Durant notre périple à travers les kiosques des marchands de légumes, de fromage et d’accessoires en solde, nous avons croisé cinq opérations de diffusion de tracts : la campagne Macron (En Marche !), le Parti socialiste, le Parti communiste, la France insoumise et le Nouveau parti anticapitaliste (NPA). Personne ne diffusait pour Le Pen et le Front national dans ce quartier qui a placé Mélenchon en tête au premier tour avec 30% des voix, laissant un maigre 5,78% à la candidate d’extrême-droite.

L’instrument de campagne de l’ancien ministre « socialiste » et ancien banquier se présentant comme « de droite et de gauche à la fois » est un tissu de banalités du genre « lorsqu’il parle d’économie, lui, il sait de quoi il parle ; il a travaillé dans une entreprise… », ou encore « il veut faire entrer la France dans le 21e siècle ». Les sondages indiquent que les personnes ayant l’intention de voter pour lui le 7 avril le font pour les deux tiers uniquement afin de battre « l’autre » et non par adhésion. En fait, on se demande à quoi ils et elles pourraient adhérer ! Il semble s’en contenter, tout en cherchant à construire un nouveau parti autour de sa personne en absorbant la droite du PS et les éléments les plus modérés de la droite traditionnelle. Le tout autour d’un engagement ferme en faveur de l’Union européenne et d’un statu quo néolibéral à peine remanié.

Le tract du Parti socialiste est remarquable par le fait qu’il est entièrement dédié aux attaques contre le FN. Aucune critique de Macron à l’horizon. Se pourrait-il que la direction du PS se prépare à gouverner avec Macron, dans une grande coalition centriste ? On ne peut qu’approuver ses attaques contre le FN qui voudrait « trier les Français en les obligeant à prouver leur « francité ». Mais on ne peut qu’être mal à l’aise devant l’idée qu’un gouvernement FN constituerait une « vassalisation de la France à la Russie de Monsieur Poutine ». On trouve ici un écho de l’approbation sans nuances du « socialiste frondeur » Benoit Hamon pour le bombardement de la Syrie.

Le petit groupe communiste (PCF) avait un tout autre message. Leur feuille soulignait comment les 19% de Mélenchon au premier tour étaient un gage d’espoir pour la reconstruction d’une gauche combattive, pour ensuite appeler à « faire barrage au Front national » en votant pour Macron au second tour. À noter, cette notion du barrage a donné naissance à l’appellation de « castors » pour décrire l’électorat de gauche votant pour Macron. Puis, on explique que ce vote n’est pas un appui pour le programme de Macron et que les élections législatives seront une occasion de le démontrer en votant pour des candidatures de la France insoumise, du PCF ou d’autres organisations ayant appuyé Mélenchon.

Le document de la France insoumise (FI), l’organisation mise sur pied par Mélenchon pour rassembler largement autour de sa candidature et d’un programme diffusé largement et élaboré collectivement, ne disait pratiquement rien sur le second tour. Le contenu était axé sur la célébration du chemin accompli en pointant vers les législatives de juin comme prochain défi collectif. Étrange quand on sait que c’est le débat entre les « castors » et les « ni, ni » qui occupait alors toute la place à gauche. Mais leur choix stratégique, tel que Mélenchon lui-même l’a expliqué en entrevue, est de maintenir l’unité du camp des Insoumis au-delà du débat tactique sur le vote du 7 mai, le tout en vue d’une bataille majeure lors des législatives. Les sondages indiquent qu’environ la moitié des personnes qui ont voté Mélenchon au premier tour ont l’intention de voter Macron au second, tandis que le tiers annulera ou s’abstiendra et qu’une personne sur six voterait… Le Pen ! On peut être troublé par un tel report des votes. Mais il y a effectivement entre la candidate du FN et celui de FI des points communs au moins en surface comme la critique de l’Union européenne et de la mondialisation. Un des points forts de la campagne de Mélenchon était justement de donner un débouché de gauche à des insatisfactions et des colères qui autrement peuvent être récupérées par la démagogie du FN.

Enfin, le NPA a diffusé un tract d’une page en noir et blanc indicateur d’un manque de moyens en comparaison avec les autres organisations avec leur papier glacé bleu, blanc et rouge… Leur message pour le 7 mai est clairement du côté du « ni, ni » d’une bonne partie de la gauche radicale qui ne digère tout simplement pas l’idée de voter pour un des inspirateurs des politiques anti-ouvrières de l’administration Hollande. On peut le comprendre. Mais on ne peut que déplorer comment les camarades du NPA sous-estiment et dénigrent la campagne remarquable de Mélenchon. Ils affirment que la crise des partis traditionnels de gouvernement (Républicains et PS) « ne profite malheureusement pas à une gauche plus combative ». Vraiment ? Et les 7 millions de personnes qui ont voté Mélenchon seraient des sociaux-libéraux finis ? Ils résument leur argumentation contre la campagne des insoumis à un rejet de leur utilisation du drapeau tricolore et du slogan « Vive la France ! ». Ce nationalisme minimaliste serait-il assez condamnable pour effacer tout ce que le programme des Insoumises et des Insoumis propose ? Comme la transition écologique, le retrait de l’OTAN, la gratuité complète de l’éducation et de la santé, l’accueil des réfugié-e-s et le retrait de toutes les attaques néolibérales contre les droits du travail ?

Pour conclure, ajoutons un autre tract qui n’était pas à la Place des fêtes ce matin-là mais que nous avons obtenu via un militant local, soit celui du collectif Ensemble du département de Seine-St-Denis. Leur slogan : « Pas un vote pour le Pen, pas de répit pour Macron » allait dans le même sens que celui du PCF. Puis, lors de la manifestation du 1er mai, le contingent de Ensemble diffusait des autocollants avec comme slogan « Le 7 mai, battre Le Pen ; Le 8 mai, résister à Macron ». Cet organisation issue de la convergence entre divers groupes incluant des dissidents du PCF et d’anciens du NPA qui avaient appuyé Mélenchon en 2012 est majoritairement du côté des castors, quoique certains de ses membres penchent aussi pour le Ni-Ni.

De mon côté, après avoir lu diverses contributions à ce débat difficile, mon vote irait aux castors, même si je peux respecter et comprendre l’attitude des abstentionnistes. Si jamais Le Pen l’emportait, il faudra d’abord faire porter le blâme sur les gens qui auront voté pour elle ! Puis, on fera ressortir la responsabilité accablante des leaders politiques de droite comme de gauche qui ont repris et banalisé en leur donnant un emballage différent les idées racistes du FN. La part des abstentionnistes de la gauche radicale sera minime dans cette catastrophe. D’ailleurs, on peut spéculer que si les sondages mettaient Le Pen trop près d’une victoire, beaucoup de ni-nis se transformeraient rapidement en castors apportant leur brindille au barrage à reculons !

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