Édition du 14 août 2018

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Québec

Citoyens au pouvoir : un parti politique proche de l’extrême-droite

« Citoyens au pouvoir du Québec » (CAP) est ce petit parti politique émergent qui se distingue par sa volonté ferme de redonner le pouvoir au peuple, mais aussi pour ses dérives toujours plus à droite, ayant notamment fait jaser dans les médias lors du court règne de Bernard « Rambo » Gauthier, durant l’année 2017.

Tiré du blogue de l’auteur.

Le parti parviendrait aujourd’hui à séduire plusieurs personnalités telles le comédien et cinéaste Stéphane E. Roy, les lanceurs d’alerte Ken Pereira et Lino Zambito, l’ex-bloquiste Daniel St-Hilaire, l’ex-président du comité jeunesse péquiste Alexis Cossette-Trudel, etc.

À l’origine (2011-2012), la formation politique – cofondée par Roméo Bouchard – se nommait « La Coalition pour la Constituante », car on y préconisait une refonte totale du politique, par le biais d’une assemblée constituante. Puisqu’on y prêche aussi l’abandon de la notion de partis politiques et de la partisanerie sans fin, la formation prendra le nom de « Parti des sans parti » de 2013 à 2016, pour devenir CAP sous Rambo Gauthier.

Comme je l’ai déjà indiqué dans un article précédent, le chef effectif n’était pas Rambo Gauthier, mais bien Yvon Simard, qui ne se servait de Rambo comme mascotte pour attirer l’attention et raffermir son prestige. Loin de se plier à un idéal de gouvernance « horizontale », M. Simard régnait en maître sur le parti et il fut forcé à la démission en janvier 2018.

L’équipe d’Yvon Simard

De décembre 2016 à janvier 2018, Yvon Simard fut donc le véritable dirigeant de Citoyens au pouvoir, s’entourant d’une garde rapprochée qui comptait, entre autres, sa propre fille.

À l’été 2017, il s’était rendu à un colloque du Mouvement républicain du Québec (MRQ) avec une délégation de son parti. Il avait été subjugué par un magnifique discours du porte-parole de La Meute – Sylvain « Maikan » Brouillette – à tel point qu’il lui demanda une copie de son discours.

Comme par hasard, les principaux leaders de CAP seront par la suite de plus en plus intimement liés à La Meute. Pour donner quelques exemples, M. Simard se trouvera pris dans le stationnement avec les manifestants.es de La Meute, le 20 août 2017 à Québec :

Son bras droit de l’époque, Mario Roy, était coincé dans le même sous-sol, et deviendra peu après un membre à part entière du groupe d’extrême-droite identitaire :

Il ira aussi chercher de nouvelles recrues comme Jean François Dubois, duquel il dira le plus grand bien. Ce dernier s’affichait fièrement comme membre de La Meute :

Dubois est toujours partisan de CAP aujourd’hui et se démarque encore par ses vidéos renversantes au sujet de l’islam (Avertissement : contenu offensant).

L’équipe de Stéphane Blais

En janvier dernier, le chef Yvon Simard aurait subi un putsch de la part de la clique à Stéphane Blais, si l’on se fie au témoignage de la fille d’Yvon Simard :

Stéphane Blais accuse à son tour M. Simard d’avoir volé des documents importants et d’avoir caché ses antécédents judiciaires aux membres du parti. Les couteaux volent bas :

Qui est Stéphane Blais ? Il s’agit d’un comptable agréé spécialisé en fusions & acquisitions, qui s’est fait connaître en tant que fondateur du « Mouvement intégrité Québec » et candidat à la mairie de Lévis en 2013 (mais n’a pas pu se présenter aux élections suivantes car il n’avait pas acquitté sa dette électorale…). À CAP, il reçoit 91,9% des appuis lors de sa prise de pouvoir :

Dans les cercles d’extrême-droite, il apparaît à l’avant-plan en co-organisant le colloque du Mouvement républicain à St-Lazare, le même qui attira une délégation de Citoyens au pouvoir.

Sur le dépliant officiel, on pouvait voir que M. Blais n’était pas simple conférencier, mais également contributeur au niveau de l’enregistrement « multimédia » de l’événement :

Il était donc comme un poisson dans l’eau, dans ce superbe événement où des loups de La Meute se retrouvaient partout pour « sécuriser » les lieux, tout en arborant leurs couleurs. Les conférences se donnaient dans une écurie loin de Montréal, afin de se dérober aux méchants antiracistes :

Dans la foulée, M. Stéphane Blais s’abonnera aussi à la page officielle de La Meute :

Notons enfin que celle qui recevait le colloque du MRQ était Sophie Robichaud, qui s’avère une responsable du Mouvement intégrité Québec de M. Blais. Elle est ainsi propriétaire du « Centre équestre Intégrité » :

Les candidats-vedettes

Selon un média des Basses-Laurentides, plusieurs personnalités songent à faire le saut en politique avec CAP. Il y a par exemple Ken Pereira, un lanceur d’alerte dans le monde de la construction, devenu célèbre suite à ses passages à la Commission Charbonneau en 2013.

Pereira a plutôt fait parler de lui ces derniers temps pour ses sorties publiques stupéfiantes à propos des demandeurs.ses d’asile, qualifiant, à plusieurs reprises, le phénomène d’ « invasion », il ajouta que nous sommes « envahis » et que Trudeau est un « traître » pour cette raison…

Ken Pereira donne désormais des entrevues chez Stu Pitt pour dénoncer un soi-disant complot « pédophile » mondial soutenu par nos élites…

Cela peut rappeler l’ex-candidat de CAP, Mario Roy, qui défendait des théories bizarres à propos du Parti québécois qui aurait mis sur pied un réseau d’enlèvement d’enfants (!!!) :

Ken Pereira souhaiterait se présenter dans Mercier en 2022, mais milite pour l’instant dans un autre comté, pour soutenir le candidat de CAP dans Sainte-Marie – Saint-Jacques.

L’artiste Stéphane E. Roy serait lui aussi séduit par CAP : « L’acteur est particulièrement connu pour son rôle de Sylvain Desjardins dans l’ancienne série Caméra Café (…). « J’ai vraiment l’impression que ce sont les citoyens qui pourraient avoir le pouvoir et non les politiciens de carrière », dit-il. Il devrait faire connaître sa décision finale au cours du mois de juillet ».

Un grand amoureux de la gauche ce M. Roy :

L’article de Mon Journal évoque aussi la candidature appréhendée M. Lino Zambito, qui a finalement reculé en raison de son « passé criminel » qui l’empêche de se présenter…

Notons que l’ex-candidat bloquiste Daniel St-Hilaire se présentera officiellement dans Maurice-Richard.

Tel que présenté dans un précédent billet, M. St-Hilaire est proche de nombreux courants d’extrême-droite, ayant été membre du groupe secret de La Meute, il a fait plusieurs conférence pour le Mouvement républicain et s’est même fait voir à St-Bernard-de-Lacolle lors de manifestations anti-réfugiés :

Autres leaders problématiques

La section « Sac de chips » du Journal de Montréal s’est déjà penchée sur le cas d’un candidat actuel prônant rien de moins que la « suppression » des mosquées par le biais d’un référendum populaire… Ce Michel A. Fournier appuie également le Front national disant qu’il faut « tuer » l’islamisme, sinon c’est lui qui nous tuera. Puis il rêve d’un dirigeant comme Donald Trump à la tête du Canada.

Sophie Robichaud estime qu’ils l’ont déjà leur Trump et c’est leur leader Stéphane Blais :

Une de leurs toutes nouvelles recrues est Matthieu Simard – candidat dans Chicoutimi – un total weirdo qui considère qu’il peut chasser les musulmans de sa page avec un « pentagramme de bacons ». Le plus sérieusement du monde, il les accuse de pratiquer un « culte de la mort » et un « culte du diable islamique ».

On peut ajouter que d’autres des militants.es les plus fervents de CAP sont fièrement membres de La Meute, tels Jynn Richard et Stéphane « Mon’oncle » Girard :


Conclusion

Si mon billet est un peu long, c’est que je souhaitais démontrer que plusieurs candidats.es sont problématiques, du sommet jusqu’à la base. Et mon enquête est très loin d’être exhaustive.

Lors de leur grand happening tenu à Montréal la semaine passée, les invités-surprises furent par exemple les animateurs de la Fondation Équipe-Québec, groupe ultra-nationaliste réputé être proche de La Meute et du Mouvement républicain (voir ce billet).

Et celui qui fut en charge de filmer l’événement fut André Pitre (alias Stu Pitt), proche des mêmes groupes extrémistes. Puis parmi les principaux donateurs de Stu Pitt, l’on retrouve ce même chef Stéphane Blais :

Blais aura beau répéter que la plateforme du parti n’est absolument pas d’extrême-droite, n’en demeure pas moins que ce sont les militants.es du parti qui font le parti. Ces gens-là rêvent d’une Constituante, mais quel type de société souhaitent-ils réellement voir advenir ?

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