Édition du 13 novembre 2018

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États-Unis

Colis piégés chez Obama, Clinton, CNN... : Trump, pyromane présidentiel

25 octobre 2018 | tiré de mediapart.fr

Des colis suspects ont été retrouvés dans le courrier de Barack Obama, d’Hillary Clinton, du milliardaire George Soros, d’une parlementaire démocrate et dans les bureaux new-yorkais de la chaîne CNN. L’auteur présumé de ces envois est un fervent supporter du président.

L’expéditeur présumé de ces colis piégés a été arrêté vendredi 26 octobre en Floride. Cesar Sayoc, 56 ans, a été confondu par son ADN. Au total, il aurait envoyé au moins treize colis piégés à des personnalités régulièrement ciblées par la droite conservatrice américaine et par Donald Trump lui-même. Un fourgon blanc lui appartenant a également été retrouvé sur un parking, couvert d’images à la gloire de Donald Trump et de son vice-président Mike Pence, du visage d’Hillary Clinton entouré d’une cible ou encore de la mention « CNN sucks ». Exactement le slogan chanté quelques heures plus tard par les partisans de Donald Trump lors d’un meeting du président à Charlotte, Caroline du Nord, où Mediapart était présent.

Revoici notre article publié jeudi 25 octobre, avant l’arrestation de Sayoc.

New York (États-Unis), de notre correspondant.– La campagne des élections de « mi-mandat » était déjà sale et trash, elle a désormais basculé dans autre chose. Mercredi 24 octobre, plusieurs engins potentiellement explosifs ont été envoyés dans des enveloppes en kraft à des personnalités de premier plan, dont l’ancien président Barack Obama et la chaîne CNN, qui ont toutes en commun d’être les cibles régulières des ultraconservateurs américains. À commencer par le premier d’entre eux, Donald Trump, 45e président des États-Unis.

Alors que ces incidents interviennent à moins de deux semaines des cruciales élections de mi-mandat, le dirigeant de la première puissance mondiale, en campagne active pour soutenir les candidats du parti républicain, a dénoncé « un acte méprisable » et estimé que « la violence politique n’a[vait] absolument pas sa place aux États-Unis ».

Difficile pourtant d’oublier que la rhétorique ultraviolente et les attaques du président américain contre les dirigeants démocrates, les institutions, la presse, et à peu près tous ceux qui le critiquent, ont généré depuis son accession à la Maison Blanche un climat délétère, qui peut justifier tous les passages à l’acte.


Déploiement policier à Manhattan devant les locaux de CNN, mercredi 25 octobre 2018. © Reuters

L’ancien président Barack Obama, l’ex-secrétaire d’État et candidate à la présidentielle Hillary Clinton, la congresswoman de Californie Maxine Waters ont reçu les colis, des tubes remplis de verre pilé et de poudre, à Washington (la ville de résidence de Barack Obama), Chappaqua (le domicile privé du couple Clinton, dans l’État de New York) et Los Angeles.

À Manhattan, un courrier similaire a été adressé au bureau new-yorkais de CNN et plus précisément à John Brennan, ancien patron de la CIA sous Obama. Une lettre était également adressée à l’ancien ministre de la justice de Barack Obama, Eric Holder. La veille, les médias ont révélé l’envoi d’un courrier du même type au domicile, situé dans l’État de New York, du milliardaire George Soros, financier de candidats aux « mid-terms » et de causes progressistes aux États-Unis et en Europe.

Jeudi 25 octobre, on apprenait que Joe Biden, l’ancien vice-président de Barack Obama, et l’acteur Robert de Niro, très hostile à Trump, ont été ciblés à leur tour.

Le FBI a lancé une enquête. Le responsable de ces envois n’est pas encore connu, pas plus que leur degré de dangerosité. Tous les récipiendaires de ces courriers piégés figurent en tout cas en tête des personnalités les plus ciblées par le président, de concert avec certains médias d’extrême droite, parmi lesquels la chaîne Fox News ou le site Breitbart.

Donald Trump a laissé à d’innombrables reprises ses soutiens crier « enfermez-la » au sujet de son ancienne adversaire Hillary Clinton. Il a été dès 2011 le plus fervent défenseur de la thèse, fausse, selon laquelle Barack Obama avait produit un faux certificat de naissance. Il a dénoncé plusieurs fois le « QI faible » de la parlementaire africaine-américaine démocrate Maxine Waters. Il a récemment estimé que George Soros avait « payé » les activistes ayant protesté au Congrès contre la nomination à la Cour suprême du juge Brett Kavanaugh, accusé d’agressions sexuelles.

Trump, qui mène uneguerre quotidienne contre les faits, estime inlassablement que les médias sont les « ennemis du peuple » et des producteurs de « fake news », mais il voue une animosité particulière à CNN, chaîne qualifiée de« malhonnête » dont il a réclamé le « boycott » et dénoncé les « mensonges ». L’an dernier, il a même promu une vidéo où il frappe un homme dont la tête est remplacée par le logo de la chaîne.

En lice aux primaires en juin 2015, candidat du parti républicain, élu en novembre 2016 : depuis trois ans et demi qu’il est entré en politique, Donald Trump, connu de longue date pour ses outrances verbales, a banalisé dans l’espace public une stratégie de la tension extrême, où se mêlent en continu mensonges, conspirations, remarques ou sous-entendus racistes, propos sexistes, déclarations agressives et menaces pures, contre des individus, des institutions (le FBI, la CIA, le Département de la justice, etc.), ou des médias.

Dès sa campagne, Donald Trump avait utilisé des propos racistes (envers les Mexicains, par exemple, traités de « violeurs »), déclaré qu’il pouvait abattre n’importe qui sur la Cinquième Avenue de Manhattan « sans perdre des électeurs », encouragé dans des meetings la violence physique contre des perturbateurs.

Le New York Times tient un recensement fastidieux de toutes les personnalités, institutions, pays, entreprises, etc., « insultées » par Trump sur Twitter depuis trois ans et demi : le total se monte à près de 500, pour certaines des centaines de fois. Cela ne semble pas troubler le noyau de ses fidèles, qui achètent des recueils de tweets à 35 dollars pièce dans ses meetings.

À la présidence, il a poursuivi les outrances, notamment via ses tweets matinaux, amplifiant le discours de personnalités racistes ou suprémacistes. Au-delà des messages sur les réseaux sociaux, le président américain a renvoyé dos à dos les groupes néonazis et des manifestants antifascistes après qu’une jeune activiste, Heather Heyer, a été tuée par un néonazi à Charlottesville (Virginie), en août 2017.


Meeting de Trump à Houston, Texas, le 22 octobre. © Reuters

Depuis cet été, le président, qui se définit désormais, et c’est nouveau, comme un « nationaliste », alimente une stratégie de la tension extrême à l’approche des élections de mi-mandat. Devant des leaders religieux, il a estimé fin août que les démocrates seraient « violents » s’ils remportaient le scrutin. Il a dénoncé dans ses meetings la « populace en colère » démocrate. Il a chaleureusement félicité, fausse prise de catch à l’appui, un congressman du Montana qui s’était illustré pour avoir frappé un journaliste du Guardian pendant la campagne présidentielle de 2016.

Sans parler de la peur des migrants qu’il attise continûment, tandis qu’un groupe de ressortissants du Honduras cherchant à demander l’asile chemine en direction de la frontière américano-mexicaine. Sa rhétorique a inspiré de nombreux candidats républicains sur le terrain. Au moins huit sont, d’après l’ONG Southern Poverty Law Center, des suprémacistes blancs voire des nazis déclarés. Signe de tensions raciales accrues, la même organisation a constaté depuis l’élection de Trump une augmentation des « groupes de haine », créés en majorité par des Blancs, mais aussi des Africains-Américains. Comme Trump, le Texan Ted Cruz promet la prison à son adversaire. La NRA, le lobby des armes, cultive un imaginaire de guerre civile en appelant ses adhérents à se rendre aux urnes le 6 novembre avec un pistolet pour se protéger d’éventuels progressistes « maniaques »

Professeur de sciences politiques à l’université Bradley de l’Illinois, Edward Burmilaa passé un peu de temps ces derniers jours à relire les discours haineux prononcés par le leader serbe Slobodan Milošević avant la guerre civile yougoslave : « Changez quelques noms propres, a-t-il dit sur Twitter, et c’est un meeting de Trump. »

« La rhétorique de Trump n’est guère différente de celle de l’extrême droite européenne et nationaliste, nous explique-t-il. Dans ces discours, j’entends un homme qui réalise que sa base n’est guère préoccupée par les sujets de fond, mais est en revanche très motivée par des émotions comme la peur et la colère. Son but est donc qu’ils aient le sentiment que leur personne et leur “mode de vie” sont constamment attaqués. Au cours de l’Histoire, la frontière entre la rhétorique politique violente et la violence politique a toujours été très fine. Comme les autres démagogues, Trump fait beaucoup de “blagues” autour de la violence politique. Qu’il le réalise ou non, ces blagues conditionnent ses supporters à accepter plus facilement la violence et la cruauté. » Quand Trump vante la violence physique contre un journaliste, poursuit Burmila, la mort réelle d’un journaliste (le Saoudien Jamal Khashoggi, tué par son propre gouvernement à Istanbul) devient dès lors moins « choquante ».

« L’Amérique est sur la ligne de crête, écrit Dan Balz, un vétéran du journalisme politique au Washington Post. À quelques jours d’élections cruciales, nous ne parlons plus de jours meilleurs ou d’un futur plus lumineux. Au contraire, le climat est celui de la peur, des menaces, de la division. Nous sommes aux temps de la politique de l’apocalypse. » Ce temps inquiétant où tout, même le pire, semble bon pour tenter de gagner une élection.

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