Édition du 19 septembre 2017

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États-Unis

Comment Trump prépare avec les Russes un désengagement de la lutte climatique

Les Etats-Unis s’apprêtent à supprimer ou réduire leur participation financière aux actions internationales contre le réchauffement et cherchent à créer un front climato-sceptique avant de quitter le GIEC.

Tiré du site de la revue Politis.

Dans les prochains jours Trump doit annoncer comment il compte remettre en cause les décisions prises par son prédécesseur sur la question climatique. Des décisions, aussi bien sur le plan intérieur qu’à l’international, pour réduire à néant ce qu’il a appelé « la politique stupide de Barack Obama ».

Le déroulé dans le temps de ce détricotage reste à définir car, notamment pour l’Accord de Paris signé en 2015, des divergences subsistent au sein de son équipe de la Maison Blanche. Même la fille du Président, Ivanka, conseille à son père d’être prudent dans ce domaine alors qu’elle n’occupe aucun poste officiel. Les désaccords ne portent pas sur le fond, mais sur la programmation des mesures. Notamment en ce qui concerne la façon de présenter ce désengagement du « consensus international », alors que les travaux préparatoires à la COP 23, sont déjà en cours à Bonn. Ils doivent être finalisés du 8 au 18 mai par une réunion des experts et des ministres spécialisés. Les nouveaux négociateurs américains sont déjà sur place et cherchent activement des alliés dans les pays à « tendances climato-sceptique » comme les monarchies pétrolières, l’Australie, l’Inde, l’Iran, le Brésil, les nations productrices de charbon et évidemment la Russie.

Exxon Mobil à la manoeuvre

Pour cette raison, depuis le mois de janvier des discussions discrètes se déroulent avec les responsables russes. Les intermédiaires sont de hauts responsables d’Exxon Mobil, dont l’ancien patron, Rex Tillerson, est désormais le Secrétaire d’Etat américain. Comme ses anciens cadres, il a gardé de solides relations au Kremlin. Pour ce « lobby » discret, il s’agit de se coordonner, de créer un front commun des climato-sceptiques en quelque sorte, auquel viendraient se joindre d’autres pays.

Au cours de ces contacts, les émissaires du Kremlin ont rappelé aux Américains qu’au mieux, ils ne souhaitaient pas que leur pays ratifie l’Accord de Paris avant trois ou quatre ans. Comme la Fédération de Russie est actuellement le cinquième contributeur du monde en gaz carbonique, les Russes cachent mal qu’ils préféreraient ne jamais honorer formellement leur signature. D’autant plus que le chiffre avancé de 8 % (des émissions mondiales) n’est qu’une estimation. Car l’appareil statistique du pays n’est pas fiable, la Russie entretient le secret sur son parc industriel vétuste et les observateurs des Nations Unies n’y ont pas facilement accès. Et enfin, il ne faut pas oublier qu’en raison du réchauffement climatique, le permafrost (sol gelé en permanence) fond rapidement en libérant des milliers de tonnes de méthane, un gaz à effet de serre 40 fois plus puissant que le CO 2 des vieilles usines et les centrales fonctionnant au charbon. Enfin, le rêve russe d’une libre circulation des navires au nord de la Sibérie grâce à la fonte des glaces repose sur une poursuite du réchauffement climatique…

Nier le réchauffement pour faire des économies

L’Australie, l’Inde, l’Australie, l’Arabie Saoudite, l’Iran et même le Venezuela ont déjà fait savoir à travers leurs réseaux diplomatiques et des contacts à Bonn, qu’ils seraient prêts, au moins en partie, à se joindre à ce front des climato-sceptiques. En mettant en avant à quel point un renoncement aux programmes de lutte contre réchauffement climatique « soulagerait » leurs économies. Une argumentation qui se trouve être exactement celle de Donald Trump. Sur le plan intérieur comme au niveau planétaire.

Aux Etats-Unis, la nouvelle administration va publier des textes qui annuleront toutes les fermetures (annoncées par Obama) de mines de charbon ainsi que celles des centrales thermiques utilisant ce combustible. Un décret en préparation autorisera l’ouverture de nouvelles exploitations minières. Il est également prévu de revenir sur la règlementation (pourtant bien légère) des émissions des voitures et des camions. Pour le reste tous les changements se feront par l’intermédiaire du budget en préparation. Qu’il s’agisse du national et de l’international.

L’accord de Paris et le GIEC menacés

Les Etats-Unis ne financeront plus aucune recherche ni aucun programme liés au climat ou les réduiront fortement. Ce qui concerne, par exemple, la participation à la lutte contre le réchauffement du Département d’Etat et l’Agence Américains pour l’international qui perdront chacune 10 milliards de dollars, soit 30 % de leur budget. La contribution à l’action des Nations Unies pour le climat et celle au Fonds Vert seront supprimées. Tout comme le financement au groupe de travail de scientifiques chinois et américains sur le climat. En fait, quand on examine le détail des nouvelles prévisions budgétaires déjà parvenus au Sénat, il ne reste pratiquement plus rien de la participation des Etats-Unis au financement des actions contre le réchauffement. Ce qui pourrait entraîner, d’après plusieurs articles de la presse américaine, à ce que le pays se retire, avec d’autres, de tout le processus des conférences climatiques et de l’organisme onusien qui les soutient depuis 30 ans. Ce qui impliquerait aussi le retrait de la participation au Groupe intergouvernemental pour l’étude du climat créé en 1988. Surtout si les « avocats » de la sortie des USA de l’accord de Paris l’emportent.

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