Édition du 12 juin 2018

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Québec solidaire

Comment éviter la monopolisation masculine des débats en 12 étapes faciles

Fuck the boys club

Ce document a été rédigé à l’attention des militants masculins de Québec solidaire, par des militantes féministes soucieuses du bon fonctionnement des délibérations. Notre thèse n’est pas qu’aucune femme ne s’exprime de cette façon, mais qu’il y une forte prévalence des situations énoncées chez les hommes.

Si Québec solidaire s’est doté de procédures efficaces pour éviter la monopolisation des débats par les hommes (l’alternance hommes-femmes, le temps limité à deux minutes, le premier et deuxième tour de parole), certaines dynamiques genrées sont difficiles à viser par des règles formelles. Elles peuvent toutefois être éprouvantes pour les femmes et les personnes non-binaires, sans par ailleurs contribuer de façon positive aux discussions. Pour des congrès plus égalitaires et des débats plus fructueux, portez une attention particulière aux éléments suivants :

1. Ce que disent les autres : évitez de répéter ce qui a déjà été dit. Ce n’est pas un concours de personnalité. Personne n’a besoin de savoir que vous aviez aussi eu l’idée. Si vous ne pouvez pas vous contenir, dites-le à vos deux voisins de chaise ;

2. Les interventions confuses : si vous ne savez pas ce que vous pensez ou ce que voulez dire, vous pouvez prendre le temps d’écrire votre argument avant d’intervenir. Aucune intervention n’est absolument essentielle au débat qui a déjà été largement entamé en assemblée générale et sur les réseaux sociaux. De plus, vous n’êtes pas un expert de toutes les questions et c’est bien normal. En d’autres mots, il s’agit ici du contraire de ce que l’on demande généralement aux femmes : remettez-vous davantage en question !

3. Le vocabulaire employé : l’enflure verbale n’enrichit pas le débat. Elle peut même l’alourdir, si tout le monde ne maîtrise pas les termes employés. De plus, l’enflure verbale peut représenter une forme d’appel à l’autorité, alors que vous tentez de vous attirer les faveurs de l’assemblée en employant un vocabu­laire « d’expert ». Exprimez-vous dans un langage accessible ;

4. Les citations de grands intellectuels : de la même façon, citer des figures connues et respectées constitue un appel à l’autorité. Si vous pensez que ces personnes ont des arguments qui méritent d’être entendus dans 1e cadre du présent débat, reformulez-les dans vos propres termes. De cette façon, le lien avec la question qui nous occupe sera également plus clair et plus efficace ;

5. Faire le tribun : ce n’est pas parce que vous parlez plus fort ou comme si vous étiez en train de haranguer les foules avant de monter aux barricades que vous avez plus raison. Parlez normalement ;

6. Parler comme si vous étiez une élite éclairée : n’insinuez pas que ceux et celles qui ne sont pas d’accord avec vous auraient besoin d’une formation pour enfin voir la lumière. Vous êtes justement là pour les convaincre. S’ils et elles ont besoin d’un événement complet en plus du congrès pour être convaincu.es, peut-être ne maîtrisez-vous pas bien les arguments pour soutenir votre position. De plus, ne sous-entendez pas que l’autre position est moins évoluée que la vôtre par des intervention du type « Avant je pensais X, mais maintenant que j’ai compris Y… « 

7. Le temps de parole : bien que le temps soit déjà limité à deux minutes, il est possible que ce vous ayez à dire soit très simple, vous n’êtes pas obliger d’aller jusqu’à deux minutes ni d’attendre d’être rappelée à l’ordre par la présidence. Les arguments les plus longs ne sont pas nécessairement les meilleurs ;

8. Le rallongement des plénières : Si vous souhaitez rallonger une plénière pour pouvoir intervenir, demandez-vous à quel point votre intervention va changer la donne (relisez le point 2 au besoin) ;

9. Les files au micro : ne commencez pas à faire la file avant la délibérante. Si vos argu­ments ont été convaincants, vous n’avez pas besoin d’instrumentaliser les procédures en votre faveur. N’envoyez pas non plus de femme au micro à votre place afin que votre argument soit entendu plus rapidement. L’esprit de l’alternance hommes-femmes est de donner une chance aux femmes de pouvoir exprimer leurs idées.

10. Votre position sociale particulière : il est possible que vous ayez l’impression que X soit « l’ennemi principal » et que Y ne vienne que nous diviser et nuire à nos efforts collectifs pour lutter contre X, qui est le vrai problème. Cependant, demandez-vous comment votre position sociale particulière peut influencer votre analyse et comment celle des autres peut les amener à des conclusions différentes ;

11. Les groupes minorisés  : dans le même esprit, laissez les groupes minorisés parler pour eux-mêmes (et ce point particulier s’applique tout autant aux femmes) : person­nes racisées, en situation de handicap, minorités sexuelles, religieuses, linguistiques, etc. Vous pouvez appuyer leurs interventions et relayer leur parole, mais évitez de vous poser en sauveur ou en sauveuse ;

12. Chercher une solution commune : Au lieu d’essayer de détruire la position d’autrui, cherchez une solution satisfaisante pour toutes les parties impliquées, en prenant en considération les situations particulières de chacun. La polarisation n’est pas toujours nécessaire ni toujours salutaire. Le but n’est pas de vaincre qui que ce soit à l’intérieur du parti, c’est d’arriver à une décision collective.

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