Édition du 13 novembre 2018

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Asie/Proche-Orient

Conflit en Syrie

D’un appel à des réformes démocratiques et à la fin de la corruption, cela finira dans un bain de sang. D’un mouvement populaire, cela finira en conflit international. Plus de 8 ans après le début de la guerre en Syrie, plus de 350 000 personnes sont mortes, et on compte plus de 6 millions de réfugié-e-s, et autant de déplacé-e-s internes.

Collaboration avec Comité de Solidarité/Trois-Rivières

tiré de : Le Point

Les idées de la révolution syrienne, les oubliées du conflit.

Mars 2011. Dans la vague des printemps arabes qui balaie le Proche et le Moyen-Orient, le peuple syrien se lève pour dénoncer le régime du président en place, Bachar Al-Assad. Pour faire taire ce mouvement de révolte, Bachar Al-Assad recourt à une répression violente et musclée. Il n’en faudra pas plus pour pousser le peuple syrien à recourir aux armes.

2012 sera marquée par des tentatives de médiation pour sortir de cette crise, sous l’égide notamment de l’ONU. L’intensification des répressions aura en outre déjà mené à une mise au ban croissante de Bachar Al-Assad par la communauté internationale, qui commence alors à prendre des sanctions (rappel de diplomates, diminution des importations, etc.) pour dénoncer le régime Baas.

La diversité des revendications et des idéologies laïque, islamique, libéral, nationaliste arabe ou pro-occidentale, aura cependant eu raison d’une alliance de l’opposition syrienne au-delà des images de façade. Le Conseil national syrien parviendra néanmoins à acquérir une certaine légitimité internationale, ce qui lui permettra notamment d’obtenir le soutien financier et militaire de pays comme la France ou les États-Unis.

Plus qu’une simple guerre civile

En août 2013, une attaque chimique est perpétrée dans la Ghouta, une banlieue de Damas sous influence rebelle. Elle sera attribuée au régime de Bachar Al-Assad par les puissances occidentales, tandis que l’Iran et la Russie accusent l’opposition syrienne. L’ONU adopte une résolution qui prévoit le démantèlement de l’arsenal chimique syrien. En novembre commencent les opérations de démantèlement, sous l’égide de l’ONU. Malgré la menace de « ligne rouge franchie », les États-Unis n’interviendront que l’année d’après.

En effet, c’est la proclamation du califat de l’Etat islamique en août 2014 qui motivera les États-Unis à intervenir, dans le cadre d’une coalition contre l’État islamique qui rassemble des pays arabes comme l’Arabie Saoudite, le Qatar ou la Jordanie et des pays occidentaux, comme le Canada, la France, l’Allemagne ou le Royaume-Uni. La priorité de cette coalition ne se concentre pas sur la chute d’Assad, mais sur la destruction de l’E.I. La communauté internationale ferme peu à peu les yeux sur les atrocités commises par Assad, laissant faussement penser que l’avenir de la Syrie se résume à « Bachar ou la Charia ».

De nombreux belligérants

Les Kurdes syriens se sont fait connaitre dans ce conflit par le soutien qu’ils ont apporté dans la lutte contre l’État islamique, notamment lors de leur rôle majeur dans la reprise de Kobané en 2014, première défaite des djihadistes. Le conflit syrien permet aux habitant-e-s du Rojava, une région du nord-ouest de la Syrie de faire valoir leur volonté d’État syrien fédérale, municipaliste et démocratique.

Au début de cette année 2018, la Turquie s’est fait une place dans les actualités en lançant une offensive contre Afrine, une enclave kurde du Rojava. Néanmoins, les hostilités turques face à la volonté occidentale d’alliance avec les Kurdes syriens, ont toujours été connues et manifestes. Ankara lutte déjà sur son territoire contre sa propre minorité kurde, notamment représentée par le PKK (parti des travailleurs du Kurdistan).

Un conflit imbriqué dans d’autres conflits

Bien que dans les loges depuis le début du conflit grâce au soutien substantiel qu’elle apporte au gouvernement Assad, c’est en 2015 que la Russie fait son entrée sur le devant de la scène. Cette année marquera le déploiement par Moscou d’avions de combat et d’une campagne de bombardement.

Tandis que Moscou affirme viser des positions de l’État islamique, les États-Unis, par le truchement de l’OTAN, soutiennent que des forces rebelles étaient en ligne de mire de l’armée russe. Le conflit syrien prend alors des airs de guerre froide, par ailleurs également reflétée à travers les conflits en Crimée et en Ukraine.

Une région tourmentée

Le conflit syrien est évidemment à appréhender avec les puissances régionales, qui, si elles se font plus discrètes, sont bel et bien présentes. Ainsi, l’Iran appuie les milices pro-Assad aux côtés des Russes, tout comme elle soutient par ailleurs le Hamas et le Hezbollah libanais. Téhéran est également intervenu militairement contre l’État islamique.
Cela va sans dire que l’Arabie Saoudite, qui partage avec l’Iran des ambitions hégémoniques sur la région et qui perçoit donc l’influence de Téhéran comme une menace, participe également au conflit. Riyad joint ses efforts à la coalition arabo-occidentale contre l’État islamique, qu’elle a pourtant, ironiquement, grandement contribué à créer. Cependant, elle concentre actuellement ses efforts militaires sur le Yémen.

Il serait impensable de dresser le portrait de cette région tourmentée du monde sans mentionner Israël. Depuis le début du conflit, Tel-Aviv fournit une aide alimentaire et sanitaire aux déplacés syriens dans le plateau du Golan, annexé par Israël depuis la Guerre des Six Jours en 1967. Le conflit syrien est ainsi venu raviver les tensions autour du plateau du Golan, qui impliquent autant la Syrie et Israël que leurs alliés respectifs, l’Iran et les États-Unis.

Les enjeux du conflit syrien, déjà complexes, viennent en effet s’entrecroiser et s’imbriquer dans les enjeux géopolitiques de la région : le retrait des États-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien, la reconnaissance par Washington de Jérusalem comme capitale israélienne, ou encore le rapprochement entre les États-Unis, l’Arabie saoudite et Israël.

Fort de ses victoires militaires, le régime Assad a organisé au mois de septembre 2018 des élections municipales, les premières depuis 2011. La majorité des candidats étaient affiliée au parti présidentiel.

À travers tout ce brouhaha géopolitique, et de nombreuses pertes en vie humaine, comment les idées de la révolution syrienne, celles qui parlent de démocratie, de liberté et de dignité, pourraient-elles se faire entendre ?

IMAGE : GUERRE SYRIE
Crédit : Wikimédia Commons
Exergue : « comment les idées de la révolution syrienne, celles qui parlent de démocratie, de liberté et de dignité, pourraient-elles se faire entendre »

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