Édition du 18 septembre 2018

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Le mouvement des femmes dans le monde

Construire un mouvement contre les violences faites aux femmes

L’affaire Weinstein a été un déclencheur pour libérer la parole des femmes qui se sont mises à raconter les violences dont elles ont été victimes avec les hashtags #BalanceTonPorc et #MeToo… Mais pour mettre fin aux violences il ne suffira pas de les visibiliser sur internet même si c’est une étape nécessaire. Se pose donc maintenant la question des suites à donner…

Tiré de Europe solidaire sans frontière.

Refuser la remise en cause de la parole des femmes !

CertainEs éditorialistes et personnalités politiques ont été rapides à condamner cette soi-disant chasse aux sorcières. Ils ont expliqué que cela pouvait avoir des conséquences disproportionnées et ont essayé de jeter le doute sur les accusations portées par les femmes en posant la question : « et si elles mentaient ? »

Le soupçon est toujours de mise. Pourtant, il y a tant de barrières qui empêchent de raconter les violences... Rappelons quelques chiffres qui permettent de mesurer l’ampleur du phénomène des violences et de la faiblesse des condamnations qui leurs sont liées : 84 000 femmes subissent chaque année des violences sexuelles en France. 90% connaissent l’agresseur et seulement 10% portent plainte. Et encore pire, en 2014, seuls 5139 hommes ont été condamnés.

Dénoncer les violences pour les rendre visibles !

Ce mouvement sur les réseaux sociaux a eu quelque chose d’incroyablement positif : rendre visible un problème structurel. C’est une étape nécessaire pour combattre les violences. Il faut maintenant passer de la dénonciation de ces violences par les femmes à leur condamnation par l’ensemble de la société.

De #MeToo à #WeTooGether

Une transformation militante est en train de se faire des rassemblements sont appelés dans de nombreuses villes de France. L’initiative a rapidement trouvé un écho collectif et une dynamique militante. Le mot d’ordre est #Wetoogether : contraction de « nous aussi » et « nous ensemble ». Ces rassemblements sont positifs et offrent la possibilité de créer un mouvement qui sortirait des divisions du mouvement féministe en France. Il faut à la fois travailler avec les organisations existantes qui portent une part de la mémoire des luttes de femmes et avec tous les nouveaux collectifs qui émergent notamment via les réseaux sociaux.

Construire un mouvement dans la durée pour mettre fin aux violences et abattre le patriarcat !

Pour construire un mouvement de masse qui soit collectif et durable, et non un mouvement ponctuel initié d’en haut, il faut développer des structures d’auto-organisation : assemblées générales, collectifs de quartiers, structures syndicales, etc.

Le 29 octobre doit être un point de départ d’une mobilisation, avec en perspective la manifestation du 25 novembre. Nous devons nous donner comme perspective la construction d’un mouvement de masse qui permette l’unité du mouvement féministe en favorisant l’auto-organisation. Ainsi, nous pourrons vraiment dire « nous toutes ensemble ».

Et si le mouvement féministe doit être autonome des organisations du mouvement ouvrier (dans le sens qu’il ne doit pas suivre leur agenda), il ne doit pas être déconnecté de la lutte des classes, car pour abattre le patriarcat c’est toute la société qu’il faut changer.

Ces dernières années, des mobilisations très importantes ont eu lieu contre les violences faites aux femmes en Argentine, en Italie, en Inde… À moins d’un mois du 25 novembre, Journée internationale contre les violences faites aux femmes, il est possible et indispensable de construire un mouvement massif sur cette question en France aussi.

Mimosa Effe
* Mercredi 25 octobre 2017, mise à jour Mercredi 25 octobre 2017, 23:33 :
https://npa2009.org/agir/feminisme/construire-un-mouvement-contre-les-violences-faites-aux-femmes

Extraits

Comment passer d’une dénonciation individuelle à la construction d’une lutte collective ?

Cette visibilité, si elle ne pouvait être que bénéfique, manquait toutefois d’un caractère militant : comment passer d’une dénonciation individuelle à la construction d’une lutte collective ?

Cette transformation est en train de se faire, puisque des rassemblements sont appelés ou en train de l’être dans de nombreuses villes de France : Paris, Lyon, Montpellier, Nantes, Marseille. Si l’initiative est au départ individuelle, elle a rapidement trouvé un écho collectif et une dynamique militante est en train de se mettre en place : collage d’affiches, animation de la place de la République dimanche prochain.

Sur le modèle de ce qui avait été fait par les militantes italiennes de Non Una Di Meno (« Pas une de moins »), le mot d’ordre est #Wetoogether : contraction de « nous aussi » et « nous ensemble ». À moins d’un mois du 25 novembre, Journée internationale contre les violences faites aux femmes, il est possible et indispensable de construire un mouvement massif sur cette question qui a trouvé un écho à l’international ces dernières années (Argentine, Italie, Inde,…)

Des problèmes qu’il faut résoudre…

Si ces rassemblements sont très positifs et offrent enfin la possibilité de créer un mouvement qui sortirait des divisions du mouvement féministe, il nous faut pointer les problèmes qui, s’ils persistent, pourraient empêcher la construction d’un mouvement qui soit massif.

Le premier est le lien avec le mouvement féministe. Ce n’est pas un secret : ce mouvement est, en France, très divisé, avec d’un côté le mouvement féministe structuré issu des années 1970 et, de l’autre, des organisations radicales, et souvent l’impossibilité à agir ensemble (deux manifestations le 8 mars, par exemple). Mais cela n’en fait pas un mouvement inexistant, ni qu’il faudrait balayer d’un revers de la main. Ainsi le mouvement issu des années 1970, s’il s’est trop instutionnalisé, a des liens forts avec le mouvement ouvrier, notamment syndical, et mène un travail essentiel dans l’accueil de victimes de violences. D’ailleurs, dans certaines villes, ce sont ces cadres déjà existants qui appellent au rassemblement, comme à Marseille où le rassemblement est appelé par le collectif 13 Droit des femmes.

Le deuxième problème, et pas des moindres, est le cloisonnement de l’organisation de ces rassemblements. Il est difficile de s’en emparer et de créer une dynamique réellement collective pour le moment, toutes les décisions sont prises par en haut avec des systèmes de référentEs pour à peu près toutes les questions. Pour construire un mouvement de masse qui soit collectif et durable, et non un mouvement ponctuel initié d’en haut, il faut absolument développer des structures d’auto-organisation : assemblées générales, collectifs de quartiers, etc.

Enfin, le dernier problème est l’idée de rassemblement « apartisan », qui n’est pas la même chose que ce qu’on appelle mouvement autonome : autonome des organisations du mouvement ouvrier certes, mais évidemment pas autonome de la lutte des classes…

Ces trois problèmes doivent être résolus, en permettant l’unité du mouvement féministe autour des rassemblements du 29 octobre, avec en perspective la manifestation du 25 novembre, en favorisant l’auto-organisation et, enfin, en faisant le lien entre oppression des femmes et lutte des classes. Ainsi, nous pourrons vraiment dire « nous toutes ensemble ».

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