Édition du 19 septembre 2017

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Trump et l’Accord de Paris

Contre la décision de Trump, « il faut sanctionner les États-Unis »

L’accord de Paris était jugé faible par de nombreuses ONG luttant contre le changement climatique. La décision de M. Trump de l’abandonner en est d’autant plus déplorable. Pour Maxime Combes, porte-parole d’Attac, l’événement oblige la société civile à repenser sa stratégie, et notamment à peser pour des sanctions internationales.

Tiré de Reporterre.

A l’issue de la COP 21, et au moment de l’adoption de l’accord de Paris sur le climat en décembre 2015, de nombreuses ONG ont critiqué ce texte, considéré comme trop peu contraignant pour les États qui l’ont signé. On aurait donc pu croire que l’annonce de la sortie des États-Unis de cet accord pouvait n’être pas, finalement, si catastrophique que la vague de réactions indignées le laisse penser. Mais dès jeudi soir, ces mêmes ONG protestaient contre la décision du Président américain Donald Trump. Attac, association altermondialiste, dénonçait notamment un « véritable bras d’honneur aux populations qui supportent d’ores et déjà les conséquences des dérèglements climatiques ». Pour comprendre ce paradoxe, Reporterre a interrogé Maxime Combes, économiste et porte-parole d’Attac.

Reporterre - Vous dites que la décision de Trump illustre « les faiblesses intrinsèques de l’accord de Paris ». Quelles sont-elles ?

Maxime Combes - Tout d’abord il faut rappeler que cet accord, sur le plan diplomatique et politique, était très important parce que c’était la première fois que 196 pays reconnaissaient la nécessité d’agir sur le climat, et d’avoir un cadre international pour cela.

Mais il a deux limites fondamentales. La première est que son ambition en matière de lutte contre le changement climatique est extrêmement limitée puisqu’aucun des éléments précisés dans l’accord ne s’impose aux États. Donc si l’un d’eux ne partage pas l’objectif de limiter le réchauffement climatique à plus 1,5 ou 2 degrés, ses engagements au niveau national peuvent être très insuffisants. La deuxième limite intrinsèque est que cet accord ne prévoit aucun mécanisme de sanction quand les politiques nationales ne sont pas à la hauteur des enjeux. Donc on a un dispositif extrêmement limité.

D’ailleurs, on le voit dans le flot incroyable de réactions depuis jeudi soir. On a des réactions pour dire qu’il faut condamner Donald Trump, que les États-Unis sont du mauvais côté de l’histoire. D’autres essayent de cantonner le problème à la seule Maison blanche, en rappelant que même aux États-Unis, il y a des gens qui font bien. Ces réactions sont utiles. Mais on en voit très vite les limites. Car en Europe aussi, il y a des politiques climatiques qui relèvent plus de la contre-révolution énergétique que de la transition écologique. Et c’est pour cela que le troisième type de réactions, moins relayées, mais émanant des ONG et de la société civile, est de rappeler à l’ordre l’ensemble des chefs d’États qui se font aujourd’hui les grands défenseurs du climat.

Cet accord est donc selon vous limité dans son impact. Alors en quoi est-il catastrophique que les États-Unis décident d’en sortir ?

C’est lié à la nature même de cet accord, qui est principalement un dispositif politique et diplomatique. Dans sa déclaration jeudi soir, Donald Trump s’est moqué de la planète, des populations, de l’ensemble de la communauté internationale. Il a utilisé des arguments qui ne tiennent pas la route. Par exemple en déclarant que l’accord de Paris veut fermer les centrales à charbon aux États-Unis, mais autorise la Chine à en construire plus. Tout ceci est faux. Le texte n’impose strictement rien.

Par ailleurs, les compromis sociaux, politiques, et diplomatiques internationaux et même nationaux sur le climat existent. Mais ils peuvent se réduire, s’effriter et à chaque fois qu’il y a des choix un peu sérieux qui doivent être faits entre le business as usual et des politiques climatiques ambitieuses, c’est rarement ces dernières qui en sortent gagnantes. Donc ces compromis étant faibles, le choc politique de la décision de Donald Trump est fort.

Enfin, au sein de l’administration de la Maison blanche, qui reste de droite réactionnaire, il y avait une bataille entre les climato-négationnistes et les conservateurs de la droite pro-business plus classique. La décision de Donald Trump traduit la victoire des premiers. Ceci peut avoir des répercussions de plus long terme parce qu’il se produit une recomposition des forces réactionnaires à l’échelle planétaire. C’est pour cela que cette décision doit être condamnée, mais il ne faut pas en rester là et aller bien plus loin.

Dans l’entourage de Donald Trump, parmi ceux qui n’étaient pas favorables à la sortie de l’accord de Paris, il y avait notamment ExxonMobil, société gazière et pétrolière. Comment l’interprétez-vous ?

C’est un autre élément qui montre la relative faiblesse de l’accord de Paris. ExxonMobil est en mesure de le défendre parce que l’entreprise sait qu’il a une capacité de nuisance limitée sur son business plan, notamment qu’il ne la met pas dans l’obligation de laisser du pétrole sous terre.

Qu’est-ce qui rendrait la politique internationale de lutte contre le changement climatique efficace ?

C’est une question extrêmement compliquée ! La situation est aujourd’hui difficile. La décision de Donald Trump est un coup. Les engagements nationaux ne sont pas à la hauteur des enjeux, et les États réactionnaires peu enclins à travailler avec leur société civile pour opérer des transformations, sont plutôt la norme.

Dans la période qui s’ouvre, nous avons néanmoins l’opportunité de mener une bataille de fond, qui prendra longtemps, mais sera absolument décisive. Plus que d’engagements nationaux, on a besoin d’un cadre international renforcé. C’est pourquoi nous proposons de créer de nouveaux droits internationaux en matière de climat et d’environnement, et des dispositifs de sanction internationale. C’est-à-dire que que l’ensemble des États, des acteurs politiques et économiques qui prennent des décisions contraires au enjeux climatiques devraient pouvoir être sanctionnés du point de vue international. L’idéal serait que ce soit devant un tribunal international qui reconnaisse le crime d’écocide ou le crime climatique. Ceci est une perspective de long terme.

Mais dès aujourd’hui, se pose la question des rétorsions commerciales et diplomatiques envers les États-Unis. Quelles sont les formes de rétorsion qui permettraient de construire un rapport de force avec la Maison blanche sans pour autant pénaliser les travailleurs américains ? Elle va se poser au niveau de l’Union Européenne dans les prochaines semaines.

Et enfin, au niveau de la société civile, on peut aussi être décisionnaire. Quand des États, y compris dans l’histoire récente, ont eu des politiques inacceptables du point de vue du droit et de la morale, des opérations de boycott international ont joué un rôle majeur. On peut penser au cas de l’Afrique du Sud, où les opérations de boycott international ont joué un rôle majeur dans la fin de l’apartheid en Afrique du Sud. Est-on capable de faire la même chose contre les États-Unis ? C’est la question que nous posons. Le boycott serait une première étape vers cette nécessité de penser des sanctions internationales pour contrecarrer les décisions néfastes sur le plan du climat.

 Propos recueillis par Marie Astier

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