Édition du 14 novembre 2017

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Asie du Sud-Est

Corée : réunification de gré ou de force ?

Incapables de nourrir convenablement leur peuple et face à une famine qui approche, les dirigeants de la Corée du Nord semblent vouloir rançonner le monde entier pour qu’il leur vienne en aide. La réaction épidermique de plusieurs pays face à ces menaces pourrait bien ramener la guerre sur ce territoire et faire tomber l’armistice qui a créé la partition de la Corée en 1953.

La Corée du Nord a tiré il y a quelques jours un missile balistique au-dessus du Japon jusqu’au large de l’île d’Hokkaido. En réaction, le premier ministre japonais Shinzo Abe a réclamé et obtenu une réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU. Ce dernier a affirmé que cet acte constitue une violation des obligations internationales de la Corée du Nord. En fait, confronté à une famine, les dirigeants du nord de la péninsule coréenne font des menaces à répétition qui vont sans cesse grandissantes. Les essais nucléaires succèdent aux tirs de missile dans un cycle infernal qui va s’aggravant. Kim Jong-Un affirme même avoir testé ces derniers jours une bombe à hydrogène encore plus puissante que les bombes nucléaires classiques. La partition artificielle du peuple coréen semble donc actuellement être un problème local devenu mondial.

C’est l’armistice de Panmunjeom en 1953 après la guerre de Corée qui a défini la frontière artificielle qui existe entre les deux Corées. Au début, les habitants du nord de la péninsule coréenne semblaient avoir eu la meilleure partie du territoire. C’est en effet dans cette région montagneuse que sont les ressources minières et où étaient les sites industriels lors de la partition. Pour plusieurs décennies, cela était d’ailleurs le cas. Aidés par l’URSS et la Chine, ils s’étaient développé une bonne économie. Malheureusement ces dernières décennies, la mauvaise gouvernance et l’utilisation des outils de l’État pour servir les intérêts d’un petit nombre d’hommes qui croient avoir droit au pouvoir de manière héréditaire ont fait de la Corée du Nord un lieu de non-droit. Les dirigeants abusent des ressources publiques en toute impunité. L’État est devenu défaillant et son pays sous-développé et même réfractaire à plusieurs aspects de la modernité. Contrairement aux dirigeants de la Corée du Sud qui ont fait de leur pays un endroit prospère bien inséré dans l’économie mondiale, ceux du nord de la péninsule refusent d’instaurer une économie de marché. L’ouverture au monde d’une population entraine son émancipation et ces dirigeants craignent de voir leur pouvoir contesté. De plus, le libre marché menace la classe politique dirigeante qui s’efforce d’en contrôler les potentiels de dérive sur le système en place. La corruption, le détournement des biens publics et l’absence de volonté de développer humainement le pays ont fait le reste. La Corée du Nord connait donc des famines à répétition et celle qui approche risque d’être sévère.

Une gouvernance inapte à améliorer la productivité des ressources matérielles et humaines à un niveau suffisant pour subvenir de manière décente au bien-être de la population pourrait donc être actuellement l’obstacle le plus important au développement économique de la Corée du Nord. Face à la famine qui s’annonce, Kim Jong-Un semble vouloir se résoudre à exercer un chantage nucléaire contre plusieurs pays pour qu’ils lui viennent en aide.

En réaction, il y a actuellement plusieurs pays qui étudient sérieusement la possibilité d’une intervention militaire. Donald Trump n’est pas le premier président américain à penser à répondre par les armes à la provocation nucléaire de la Corée du Nord. La chose avait failli se faire à l’été 1994. Bill Clinton a passé très près de fait sauter le petit réacteur nucléaire de Yongbyon par une frappe chirurgicale quand il est devenu évident que la Corée du Nord s’en servait pour se créer des bombes atomiques. Il a plutôt opté pour des sanctions de l’ONU et la négociation. Plus de 20 ans après cette décision, il est maintenant évident que la voie diplomatique s’est révélée inefficace à résoudre le problème.

La Corée du Nord continue donc à menacer non seulement la population du sud de la péninsule, mais aussi celle des États-Unis et du Japon. En réaction, le président sud-coréen Moon Jae-in a demandé le 2 septembre à son homologue américain, Donald Trump, une révision du traité bilatéral limitant le développement des missiles balistiques de la Corée du Sud. Sa demande de doubler sa force de frappe militaire aurait d’ailleurs été acceptée. Étant donné l’importante différence entre le pouvoir de feu et le niveau technologique des deux camps, il n’est donc plus certain qu’une frappe préventive des États-Unis pour détruire les installations nucléaires de Kim Jong-Un provoquerait une riposte immédiate de Pyongyang. Face à ces menaces d’intervention militaire, la Chine qui est liée aux dirigeants nord-coréens par un pacte militaire et la même idéologie affirme qu’elle réagira par les armes à toute intervention militaire en Corée du Nord non provoquée par un acte d’agression. Des interventions militaires de grandes ampleurs semblent donc être de plus en plus possibles dans cette péninsule. L’ONU pourrait-elle éviter le bain de sang et imposer une résolution pacifique au conflit en réunifiant les deux Corée ? S’il n’accepte pas une Corée réunifiée dominée par l’ONU, Pékin pourrait se trouver avec une nation alliée aux États-Unis à sa frontière.

L’intervention de l’ONU est d’autant plus souhaitable qu’elle connait bien la situation lamentable de la population dans ce pays. En 2014, elle publiait un rapport accablant qui fait état de nombreux cas de « crimes contre l’humanité » commis par les dirigeants nord-coréen. Cette situation ne s’est pas améliorée avec le temps. Le rapport 2017 de Human Rights Watch est particulièrement critique des dirigeants de la Corée du Nord. Le régime de Kim Jong-Un y est décrit comme utilisant l’exécution sommaire, la détention arbitraire et les camps de travaux forcés pour se maintenir au pouvoir. Les punitions collectives sur plusieurs générations d’une même famille y sont dénoncées. Ce volumineux rapport dénombre de nombreuses violations des droits de l’Homme et la tendance de ce pays à envoyer des Nord-Coréens travailler à l’étranger pour rapporter des devises au gouvernement en gardant leur famille en otage. En réaction, plusieurs pays où ils ont été envoyés songent actuellement à les y retourner. Le Japon découvre d’ailleurs depuis les derniers mois les profondes ramifications qu’a la Corée du Nord parmi plus d’un demi-million de Coréens qui se trouvent dans son pays. Il a donc commencé à sanctionner ses compagnies qui sont accessoires à cette accélération de la menace balistique et nucléaire de son dérangeant voisin. Il empêche aussi le commerce avec celles de la Chine qui le font. Les risques d’effondrement de la Corée du Nord coupée de ses sources de fonds ne sont donc pas à négliger. Comme le montre l’organisme Human Rights Watch, toute la structure sociale et militaire y est gérée par quelques dirigeants. La structure étatique risque de se dissoudre instantanément à la minute où la population aura l’impression qu’ils auront perdu leur emprise sur eux. L’ONU ferait donc bien de rapidement penser à créer un plan de réunification qui empêcherait la guerre et le chaos de s’installer dans la péninsule coréenne.

Michel Gourd

Michel Gourd

Résident de L’Ascension de Matapédia.

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