Édition du 19 septembre 2017

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Crise au sein de la classe capitaliste américaine

La venue de Donald Trump à la présidence des États-Unis a provoqué certains réajustements au sein de la classe politique, surtout au sein de la classe capitaliste qui, ultimement, gouverne le pays. Malgré que l’un des membres les plus célèbres de cette classe ait accédé à la plus haute fonction, les bonzes de Wall Street tolèrent Donald Trump, cet entrepreneur habité par la fureur populiste qui déferle sur les États-Unis. La profonde division qui afflige le Parti républicain depuis le début de la campagne présidentielle est le reflet du schisme au sein de la classe capitaliste.

Cette dernière, comme partout dans le monde, ne peut s’entendre sur les manières de restructurer l’économie des États-Unis et sur sa place sur le marché international, depuis la crise économique interne de 2007. La restructuration du système capitaliste – ce que certains appellent le « Nouvel ordre mondial » -, de manière à assurer l’hégémonie des États-Unis au sein de celui-ci, représente le défi majeur de la classe capitaliste américaine. Toutefois, cela ne se fera pas sans causer de profondes déchirures à Wall Street.

La classe capitaliste américaine aime donner l’image d’un groupe uni travaillant dans le même sens. Or, rien n’est plus faux. La montée indéniable du populisme d’extrême-droite révèle un nombre important de contradictions au sein des membres de l’hégémonie bancaire qui, pour certains, prennent position pour un conservatisme traditionnel à la Reagan et ceux qui adhèrent entièrement à cette vague populiste.

Les partisans du conservatisme traditionnel – les institutions et les banques dirigées par Wall Street – ne veulent surtout pas remettre en cause les politiques économiques appliquées aux États-Unis depuis la Deuxième Guerre mondiale. Solidaires des élites politiques de Washington, ces banquiers, spéculateurs et PDG (Warren Buffet, Carl Ichan, Bill Gates) de multinationales comme Exxon-Mobile et Boeing, par exemple, font tout en leur pouvoir pour ne pas perturber le fonctionnement du système capitaliste actuel qui leur permet de tirer ses cordes. Les démocrates vont aux mêmes sources que ces décideurs et forment une alliance indéfectible avec eux.

Toutefois, depuis le début des « années Obama » et la fondation du Tea Party, plusieurs hommes d’affaires généralement discrets ont appuyé le Tea Party, tout en finançant des organisations ultraconservatrices comme Focus on the family et les « think tanks » libertariens comme la CTAO Institute et des revues comme Reason. Ces hommes d’affaires n’étaient pas liés à Wall Street, ni avec les élites conservatrices de Washington. Ils forment une nouvelle cohorte au sein de la classe capitaliste américaine, composée surtout de conservateurs d’extrême-droite défendant une approche populiste de la nostalgie des années 1950 et du mythe du self-made-man. Les frères Koch – David et Charles – (dont le père accusait Franklin Delano Roosevelt d’être un infiltré communiste) sont les membres les plus célèbres de cette mouture inédite qui souhaitent congédier les conservateurs traditionalistes de Wall Street. Les frères Koch ont grandement financé le Tea Party et ses candidats à la Chambre des représentants et au Sénat, depuis 2010. Parmi ces néoconservateurs, n’oublions pas Sheldon Adelson (il a soutenu Marco Rubio), Paul Singer (partisan de Rudy Gugliani), Robert Mercer (fidèle de Ted Cruz), tous d’ardents défenseurs d’une approche populiste de la politique américaine.

Certes ils sont conservateurs, mais leur conservatisme fait rupture avec sa défense pour une politique nationaliste, isolationniste et protectionniste, en opposition catégorique avec le libre-échange et plusieurs principes du néolibéralisme. Ces populistes sont les partisans de la « droite alternative » (Alt-right) et du nationalisme identitaire blanc. Or, il faut le rappeler, cette frange jadis marginale a toujours existé au sein de la classe capitaliste. Avec la montée du populisme néoconservateur de l’« Amérique profonde », ils ont désormais un terrain fertile sur lequel ont poussé les germes de la « vague Donald Trump ».

La suspension du vote à deux reprises sur l’American Health Care Act – programme voué à remplacer Obamacare – est révélatrice de cette division au sein de la classe capitaliste américaine. Les 33 représentants réunis au sein du « Freedom Caucus » ont refusé la proposition de Donald Trump et du Président de la Chambre des représentants, Paul Ryan. Ils sont, pour la plupart, des élus du Tea Party et des membres de la « droite alternative » et du nationalisme blanc. Ce sont eux qui ont semé la discorde au sein de la classe capitaliste américaine.

La frappe aux missiles Tomahawks contre la Syrie, ordonnée par le Président Trump, est un autre exemple probant de cette division. La grande majorité des Républicains et plusieurs Démocrates ont applaudi la décision de Trump. Parmi ces Républicains se retrouvent le sénateur Charles Schumer – un ennemi avoué de Donald Trump – et nul autre qu’Hillary Clinton, sans oublier plusieurs observateurs médiatiques comme Fareed Zacaria. Or, Trump possède son lot de détracteurs concernant cette décision de bombarder la Syrie. Les membres de la « droite alernative » critiquent le Président pour avoir trahi son approche isolationniste de la politique étrangère des États-Unis. Ce désaccord est lui aussi symptomatique du schisme qui déchire les classes dirigeantes américaines.

Or, les néoconservateurs populistes refusent le rôle d’autorité policière internationale des États-Unis, pour la simple raison que ces interventions coûtent trop cher. Selon eux, les autres pays profitent de la « générosité » des États-Unis à titre de puissance régulatrice des conflits. « Que les nations en difficulté trouvent elles-mêmes les solutions à leurs problèmes ! », disent-ils. Cette idéologie isolationniste possède des racines profondes dans l’histoire américaine. Des positions semblables étaient défendues durant la Première Guerre mondiale et la Deuxième Guerre mondiale.

Ces conflits au sein de la classe capitaliste, de même que les contradictions qui en découlent, ouvrent une brèche gramscienne pour la gauche marxiste pour améliorer ses analyses et sa pédagogie politiques auprès de l’Amérique profonde et ses travailleurs-ses qui doivent apprendre leur rôle au sein de la lutte des classes. La mise en lumière des contradictions de la bourgeoisie est le ferment de la révolution qui détruira enfin les assises du capitalisme.

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