Édition du 16 octobre 2018

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Afrique

Crise de l’eau : pour les femmes des townships du Cap, c’est déjà Day Zero

On parle beaucoup du Day Zero, le jour où la ville du Cap n’aura plus d’eau courante et ses habitants obligés d’aller chercher leur ration d’eau quotidienne à des points de distribution. Pour le 8 mars, un débat ayant pour thème Les Femmes et l’Eau a permis de mieux mesurer l’impact du manque d’eau sur la vie des femmes dans les townships.

Tiré du blogue de l’auteure.

Organisée par deux ONG, Sonke Gender Justice et Social Justice Coalition, cette rencontre a mis à nu l’énorme différence entre les hommes et les femmes face à la rareté de l’eau. Depuis toujours la corvée de l’eau a été la corvée quotidienne pour les femmes et les enfants. Porter sur la tête la cruche ou le bidon d’eau est une image familière, mais la beauté du geste révèle rarement les douleurs physiques provoquées par ce travail de force. Une étude réalisée dans six villages auprès de femmes et d’enfants qui portent chaque jour une charge de 20kg sur 335 mètres révèle que 69% souffrent de douleurs du dos. Pour les femmes vieillissantes, ces douleurs s’ajoutent à l’arthrose ; pour les filles d’âge scolaire aller chercher l’eau, avant d’aller à l’école, occasionne des retards et de la fatigue supplémentaire.

Dans les townships du Cap, l’eau ne coule plus régulièrement depuis plusieurs semaines et quand elle coule, elle est d’une couleur marron peu appétissante. Pour boire, il faut aller chercher de l’eau plus loin, emprunter une voiture pour aller la chercher ou demander à des voisins plus chanceux de donner les quelques litres nécessaires. Ce qui fait dire à une habitante « je ne comprends pas pourquoi certains ont de l’eau et d’autres pas. Pour moi, c’est déjà Day Zero et ce n’est pas juste ».

Ce manque d’eau a un impact négatif sur l’hygiène quotidienne des femmes, en particulier pendant la période des règles ou quand elles sont enceintes, et bien évidemment sur leur santé. « Nous savons que le genre a un impact sur tous les aspects de notre vie, que les hommes et les femmes ne voient pas les choses de la même façon, il est donc normal que la relation à l’eau soit aussi différente ». L’absence de toilettes à la maison ou proche de la maison, oblige les femmes à aller aux toilettes publiques et la nuit le risque est grand d’être violée ou même tuée. Le scandale de l’absence de sanitaires décents pour les habitants de Khayelitsha avait été révélé quand le corps d’une jeune femme avait été trouvé dans des toilettes publiques en mars 2016.

La sécheresse affecte les vergers de la région et les propriétaires sont obligés de couper des arbres et de réduire la taille de leur exploitation, ce qui a un effet direct sur l’emploi. Les femmes sont majoritairement employées saisonnières pour la cueillette des fruits, elles seront les premières à perdre leur emploi.

Le manque d’eau a des effets directs sur la situation des femmes pauvres et noires. Alors que ce sont elles qui vont chercher l’eau, gèrent son utilisation au plus juste pour les besoins de la maisonnée, elles ont rarement leur mot à dire sur la gestion de l’eau en général, ce bien commun indispensable à la vie. C’est pourquoi, ce 8 mars, celles qui ont toute leur vie veiller à utiliser l’eau sans en gaspiller une goutte, disent : « ça ne peut plus durer. A la fin, on fatigue ! » 

Jacqueline Derens

Collaboratrice au site de Mediapart (France).

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