Édition du 14 août 2018

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Afrique

Cyril Ramaphosa va devoir affronter la saison des grèves

L’hiver austral est traditionnellement la saison des grèves en Afrique du Sud. Elle a commencé par une grève des autobus, des manifestations contre le salaire horaire de base et se poursuivra avec les négociations annuelles de revalorisations des salaires entre syndicats et patronat. Souci saisonnier ou fin de la Ramaphosaphoria ?

Tiré du blogue de l’auteure.

Les autobus sont en grève depuis plus de deux semaines pour des revendications salariales et de meilleures conditions de travail. Alors que les syndicats demandaient 12% d’augmentation, le patronat offrait 7%. La grève reste la meilleure option pour se faire entendre. Le ministre des transports qui est intervenu dans le conflit espère voir la fin du mouvement qui paralyse l’économie avec une proposition autour de 8 à 9% d’augmentation qui pourrait satisfaire les deux parties. Restent encore à régler les tarifs de nuit, la double conduite pour les longues distances, mais ce genre de négociations est une simple routine annuelle

Les manifestations organisés par la SAFTU, la nouvelle confédération syndicale qui regroupe une trentaine de syndicats et compte 800 000 adhérents, avec des exclus de la COSATU, l’ex secrétaire général Zwelizima Vavi et le syndicat des métallurgistes, Numsa en particulier, sont d’une autre nature. Les manifestations avaient pour objectif de dénoncer le salaire minimal horaire à 20 rands et la révision de certaines lois régissant le monde du travail en particulier l’exigence d’un vote à bulletins secrets avant de déclencher une grève.

La question du salaire minimal horaire est en discussion depuis de longs mois et le gouvernement avait finalement adopté la décision de le mettre en application à partir du 1er mai 2018. Selon les partisans de ce salaire minimal, 20 rands horaire serait l’amorce pour combler les inégalités de salaires, un travailleur agricole gagne en moyenne 18 rands de l’heure et une domestique 17 rands. Les détracteurs soutiennent que ce salaire serait dissuasif pour l’emploi, la plupart des petites entreprises n’ayant pas les moyens de payer ce salaire.

Pour les manifestants, ce salaire est tout simplement une insulte faite aux travailleurs : « un salaire minimum horaire de 20 rands, c’est cracher à la gueule de la classe ouvrière. Ramaphosa est un vendu » est tout l’éloge prononcé par un délégué syndical du Numsa.Pour Vavi, les travailleurs on fait une erreur en votant pour Cyril Ramaphosa « où avez entendu dire de par le monde que les travailleurs ont choisi un milliardaire pour président ? » a-t-il ironisé. On pouvait voir dans la foule des manifestants de nombreuses pancartes reprochant sa fortune au président et son goût immodéré pour l’achat de bétail de race. 

Les propos recueillis par les journalistes tout au long des rangs de manifestants se résument tous à cette conclusion : avec 3500 rands par mois (environ 240 euros), il est impossible de payer la nourriture, le loyer, les transports, les frais de scolarité etc. Ceux qui ont défilé dans la plupart des villes sud-africaines ne veulent pas un salaire pour survivre, mais un salaire pour vivre dignement. Un jeune père de famille expliquait sa frustration de ne pas pouvoir subvenir correctement aux besoins du foyer. « On a l’impression de travailler, mais en fait c’est comme si vous n’aviez pas de boulot ».

Cette colère qui est descendue dans la rue est à prendre au sérieux par le gouvernement et Cyril Ramaphosa serait bien avisé de retrouver son t-shirt rouge de syndicaliste et de laisser costume et cravate au vestiaire pendant la saison de la colère hivernale.

Jacqueline Derens

Collaboratrice au site de Mediapart (France).

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