Édition du 18 avril 2017

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Le blogue de Pierre Beaudet

De la justice et de la reconnaissance

La philosophe américaine Nancy Fraser nous explique dans un recueil de textes d’une lumineuse simplicité comment les humains doivent combattre sur deux terrains en même temps, celui de la justice sociale, et celui de la reconnaissance de soi et de l’autre. (Qu’est-ce que la justice sociale ? La Découverte, 2011).

Le monde actuel, notre monde, a changé. Pour ceux et celles qui vivent dans les pays capitalistes dits « avancés », la justice sociale n’est plus la même chose qu’à l’époque où il fallait se battre pour manger, se loger, se soigner. Pour autant, ces enjeux sociaux-économiques ne sont pas disparus. Il y a des tas de besoins essentiels qui restent en attente, par exemple, une alimentation saine, des soins de santé de qualité, une école qui fonctionne pour les jeunes, etc. L’aggravation des écarts au profit du 1 % vise justement à fermer la porte, à nous faire revenir à la lutte pour la survie. Alors les batailles dans ce domaine restent fondamentales.

En parallèle, il y a l’enjeu de la reconnaissance, dans un système qui écrase les gens. L’hégémonie du 1 % repose en effet sur un profond sentiment d’impuissance qui est distillé dans les consciences 24 heures par jour. « Je ne suis pas bon ». « Je ne vaux rien et c’est de ma faute ». « Attention au voisin, c’est un ennemi ». Madame Thatcher, toujours la même, disait, il n’y a pas de société, il y a seulement des individus. Et alors, les gens se retrouvent seuls, humiliés, avec certaines catégories profilées, comme les femmes, les jeunes, les immigrant-es, les autochtones, les minorités racisées, etc.

Pour Fraser, la lutte pour la reconnaissance doit être une lutte pour le dialogue, la coopération, la participation. « Je ne suis pas seul ». « L’autre n’est pas ennemi ». « Ensemble on peut trouver des solutions. En construisant sa subjectivité, on laisse la porte ouverte, pour soi-même et pour les autres. « Je suis un, mais je suis multiple ».

James Baldwin, dans l’éblouissant documentaire de Raul Peck, le dit, « je ne suis le nègre de personne ».

Si on ne se dit pas cela, il y a un danger. L’identité rigidifiée peut devenir une autre prison, un cadre excluant.

Tant sur le plan de la justice que sur celui de la reconnaissance, il faut des lieux, des structures et des étapes, dans une approche qui doit générer de la convergence (on dirait à l’université de l’intersectionnalité).

Le féminisme nous a appris beaucoup sur cela, c’est probablement pour cela que les dominants et leurs intellectu-elles-mercenaires cherchent à détruire la Fédération des femmes du Québec, qui a fait sortir une grande partie de notre société de sa bulle d’illusions et d’indifférences.

Tout ce travail ne vient pas par magie. C’est un processus de rencontre, de mise en commun, de construction des solidarités. On a déjà appelé cela l’organisation.

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