Édition du 10 octobre 2017

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Violence policière

Déclaration d'appui à Jaggi Singh, arrêté à Montréal pour avoir « supposé la personne » de Michel Goulet à Québec (sans blague)

Audience devant la cour municipale de Québec (285, rue de la Maréchaussée) aujourd’hui à 9 h.

Montréal, le 30 août 2017 — Hier, le militant montréalais Jaggi Singh a été arrêté et accusé d’avoir résisté à son arrestation et assumé l’identité d’une tierce personne après s’être identifié en blague auprès de la police de Québec comme Michel Goulet, un ancien joueur des Nordiques. Il a été transféré à Québec, où il devra comparaître en cour municipale aujourd’hui à 9 h.
Cette arrestation survient dans le contexte d’une campagne haineuse menée par l’extrême droite contre la personne de Jaggi, dont une pétition mise de l’avant par le groupe raciste La Meute exigeant son arrestation. Cette campagne de salissage a été reprise par des politiciens de droite et certains journalistes au cours de la dernière semaine.

Plus particulièrement, ces accusations découlent de la participation de Jaggi à la manifestation antiraciste qui a eu lieu à Québec le 20 août dernier, où il a été brièvement détenu. Ce jour-là, près d’un millier de personnes sont descendues dans les rues de Québec pour dénoncer une manifestation anti-immigration organisée par le groupe d’extrême droite La Meute. Jaggi a passé l’entièreté de la contre-manifestation à parler dans un mégaphone, à faire jouer de la musique et à jouer avec des enfants devant la ligne de police. À un certain point, la police l’a placé en état d’arrestation, mais l’a relâché une demi-heure plus tard. Jaggi a émis une déclaration publique suite à son arrestation.

Bien qu’il ait été la seule personne arrêtée ce jour-là, Jaggi n’était pas l’organisateur de la contre-manifestation du 20 août et n’y occupait aucun rôle officiel de leadership.

Qu’à cela ne tienne, l’extrême droite au Québec considère Jaggi comme le chef d’un gigantesque complot ourdi par les antifascistes, le gouvernement fédéral et de nébuleuses élites mondialistes. Dans les médias sociaux, des fascistes et théoriciens du complot partagent des mèmes où Jaggi devient un personnage plus grand que nature, une espèce de grand manipulateur qui tire les ficelles d’absolument tout ce que fait l’extrême gauche à Montréal. Dans cet ordre d’idée tordu, il est accusé d’être le grand responsable de la contre-manifestation du 20 août, où La Meute a subi l’humiliation d’être confinée à un garage sous-terrain pendant plusieurs heures, ainsi que de tous les incidents violents qui ont eu lieu ce jour-là. Une pétition en ligne demandant que Jaggi soit arrêté et accusé de différents délits a été lancée et diffusée par des membres de l’extrême droite, dont certains membres de La Meute, du Front patriotique du Québec, de Storm Alliance et du Mouvement républicain du Québec.

Que l’extrême droite blâme une personne de couleur pour l’ensemble de l’opposition qu’elle rencontre n’a rien de surprenant. Toutefois, la situation a été exacerbée quelques jours à peine après la déconfiture de La Meute, lorsque le maire de Québec, Régis Labaume, a publiquement blâmé « la gang de Singh » et a affirmé aux médias qu’il déteste Jaggi Singh, pour ensuite le déclarer persona non grata dans la capitale provinciale. Le Journal de Montréal a enchaîné avec une chronique assassine sous la plume de Richard Martineau, intitulée « Jaggi Singh Superstar ». L’ancien ministre péquiste Bernard Drainville a ensuite invité Jaggi à son émission de radio pour exiger de lui qu’il condamne la violence qui s’est produite à Québec le 20 août. Drainville s’est théâtralement offusqué lorsque Jaggi a expliqué qu’il n’était qu’un participant à la contre-manifestation et n’était pas en position de formuler une condamnation générale.

C’est le contexte toxique dans lequel Jaggi a été arrêté ce matin. Ça n’est pas la première fois que des politiciens, des journalistes et des militants d’extrême droite collaborent pour développer un récit sensationnel qui entraîne de graves conséquences dans la vie des individus. C’est un scénario qui s’est répété à maintes reprises depuis la crise des accommodements raisonnables et n’a fait que s’intensifier sous l’effet des médias sociaux, en particulier dans le contexte actuel du passage de réfugiés au Canada. Même si Jaggi Singh n’est qu’une seule personne, et d’aucune façon le chef de qui que ce soit, il est important de condamner cette diabolisation pour ce qu’elle est et a toujours été, soit un moyen de nuire aux mouvements sociaux et aux personnes opprimées que ces mouvements soutiennent.

Nous demandons aux allié-e-s progressistes, aux antifascistes et à tous ceux et toutes celles qui ont à cœur les libertés civiles, de soutenir Jaggi et toutes les autres personnes qui seraient ciblées dans la foulée de la contre-manifestation du 20 août et harcelées par l’extrême droite de façon générale. Une manière de montrer votre appui est de vous présenter à la cour municipale de Québec (285, rue de la Maréchaussée) aujourd’hui à 9 h.

Source : Comité ad hoc de défense du 20 août

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