Édition du 12 décembre 2017

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Le mouvement des femmes dans le monde

Déclaration finale du Séminaire « Femmes, dettes et microcrédit » tenu à Bamako du 15 au 19 novembre 2017

tiré de : [CADTM-INFO] BULLETIN ÉLECTRONIQUE - Mardi 28 novembre 2017

20 novembre par CADTM international

Nous, femmes du réseau CADTM Afrique, venues du Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Côte d’Ivoire, Gabon, Guinée Conakry, Mali, Maroc, Niger, République démocratique du Congo, République du Congo, Sénégal, Togo, ainsi que d’Argentine, nous sommes réunies pour la 3e session de notre séminaire « Femmes, dettes et microcrédit » à Bamako au Mali, du 15 au 19 novembre 2017.

En effet, depuis les années 1980, les institutions de microcrédit ont proliféré sur notre continent africain, ciblant tout particulièrement les femmes.

Alors que la crise mondiale du système capitaliste, économique, financière, sociale, énergétique, écologique et de civilisation, aggrave la misère et la précarité, le désengagement de l’État en matière d’action sociale (santé, éducation, eau, électricité, emploi, logement…) affecte l’ensemble des populations paupérisées et, en particulier de façon violente, les femmes.

Les Accords de partenariat économique (APE, ALE), l’endettement toujours grandissant, imposés à nos pays, plongent les populations dans le cercle infâme de l’austérité, du chômage, de la misère. Les paysan.ne.s se voient chassé.e.s de leurs terres par l’agrobusiness et les multinationales. Le pillage de nos ressources naturelles (forêts, minerais, hydrocarbures, eau, sols…) dévaste les paysages, désertifie et pollue nos territoires, y rendant la vie impossible. Mais parallèlement, alors que les marchandises et les capitaux bénéficient d’une quasi-totale liberté de circulation, les travailleur.se.s et les populations civiles prises en otage par les guerres et les conflits provoqués par les multinationales, se voient empêché.e.s de rechercher la paix ou du travail dans d’autres pays que les leurs. Notre monde se hérisse de murs.

Les maigres acquis que nous avions obtenus après les « indépendances » sont remis en cause par les politiques d’austérité justifiées par la dette

 : compression de la fonction publique et des budgets publics, privatisation et libéralisation des services publics, compression des salaires, licenciements et chômage structurel.

C’est dans ce contexte que le système du microcrédit vient nous promettre de nous délivrer de la pauvreté et d’émanciper les femmes. En réalité, c’est le contraire qui se passe : nous nous retrouvons dans une spirale de surendettement, à mettre sur pied des microprojets non viables qui, au lieu de nous sortir la tête de l’eau, nous enfonce davantage dans la pauvreté, le stress, l’humiliation, la violence. Nous sommes épuisées, nos familles et nos solidarités se disloquent, notre avenir est pris en otage.

Face à cette situation, nous ne voulons pas désespérer. D’autres solutions sont envisageables : subventions, prêts à taux zéro non clientélistes, tontines, projets coopératifs et autogérés, etc. Nous nous battons pour qu’elles existent.

Nous exigeons parallèlement l’audit des institutions de microcrédit comme celui de la dette publique en vue de l’annulation des dettes illégitimes.

Nous exigeons que toutes les femmes –et les hommes- victimes du microcrédit reçoivent des réparations pour les préjudices subis.

Nous appelons à la reconstruction de services publics gratuits de qualité et à l’augmentation des budgets d’action sociale.

Regroupons-nous pour lutter contre le système de la dette publique et privée, contre les accords de libre-échange qui exploitent, humilient les femmes et les hommes ; pillent, détruisent la nature ; poussent les populations sur les routes de la migration et jettent des familles entières dans les rues, les contraignant à la mendicité, à la prostitution et au suicide.

Renforçons nos solidarités avec les populations affectées par le microcrédit, les politiques des Institutions financières et toutes les sangsues qui pompent nos richesses et nos énergies.

Tant que les femmes seront affectées par le système de la dette, de la finance et du microcrédit, nous continuerons la lutte.

An ka ta Kelègni be kè
Naniou Wéyaal Xeex BI
Fanghé NTA Niéméné
La lucha sigue
Kunuana ké na kutatama
النضال مستمر
Esae ndum ya ke osu
Ô wé sou iman em
Wriwri lé yi édji

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