Édition du 14 novembre 2017

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Québec solidaire

Denis Monière et la déclaration unilatérale d'indépendance

Ronald Cameron, le 22 octobre 2017

La réponse de Denis Monière à la lettre ouverte de Pierre Mouterde sur la fusion entre Option nationale (ON) et Québec solidaire (QS) soulève la question de la déclaration unilatérale de l’indépendance. De la part de Denis Monière, ce n’est pas nouveau, c’est ce qui le démarque du Parti québécois. Toutefois, sa critique de QS tombe à plat, car elle ne tient pas compte du résultat des discussions avec ON.

On dira qu’il est trop tôt pour conclure, qu’on doit attendre le congrès de décembre pour connaître finalement la position des solidaires. En effet, c’est à ce moment qu’on saura si QS souscrit à l’idée que le mandat de l’éventuelle assemblée constituante porte sur la définition d’un Québec indépendant. Toutefois, ce qui est au jeu dans le débat Monière-Mouterde, c’est la perspective de la fusion que propose QS-ON, puisqu’il est un des dirigeants d’ON. Pour Denis Monière, le ralliement d’ON à QS s’opère sans que la position de ce dernier sur l’accession à l’indépendance en soit modifiée. La présente contribution soutient que la proposition de la fusion s’inscrit dans une culture de proclamation unilatérale de l’indépendance.

La proclamation unilatérale, le PQ et la Catalogne

L’histoire du Parti québécois (PQ) témoigne que ce parti s’est démarqué systématiquement de la stratégie de proclamation unilatérale de l’indépendance, au bénéfice d’une position qui cherchait une légitimité dans un scrutin référendaire.
Denis Monière est bien placé pour en témoigner, car il fut un des protagonistes de l’unilatéralisme au sein du PQ. L’idée que la légitimité soit obtenue par l’élection d’une majorité de députés indépendantistes a toujours été minoritaire au PQ dans la définition stratégique d’accession à l’indépendance.

C’est le Ralliement pour l’indépendance du Québec (RIN) qui soutenait à l’époque l’approche unilatéraliste. Or, le Mouvement souveraineté-association (MSA) de René Lévesque a refusé de rallier le RIN, seuls les individus pouvaient adhérer au nouveau Parti québécois, après que le RIN se soit sabordé.

Le modèle qu’applique actuellement le président catalan, Carlos Puigdemont, s’apparente au modèle du PQ, en plus audacieux toutefois. D’ailleurs, Denis Monière n’a pas raté l’occasion de critiquer le président catalan, dans un texte qu’il a publié le 11 octobre. Il affirme que le cas catalan est révélateur de la fragilité du référendum comme moyen de changement de statut politique pour un peuple1.

L’assemblée constituante et la déclaration unilatérale de l’indépendance

Accorder un mandat à l’assemblée constituante pour définir une constitution d’un Québec indépendant est en quelque sorte l’inclusion de la stratégie de la déclaration unilatérale dans le processus d’accession à l’indépendance. Il ne fera aucun doute pour le gouvernement fédéral de la conséquence de la mise en place d’une constituante dans le but de définir une constitution pour le Québec indépendant. En s’inscrivant en opposition à la constitution canadienne, le mandat de l’assemblée constituante agit de manière non équivoque et unilatéralement en vue de la sécession.

Denis Monière prend appui sur le programme actuel de QS pour l’amalgamer avec les vieilles positions du PQ :

QS et le PQ ont des positions stratégiques semblables. Tous les deux proposent une démarche étapiste d’accession à l’indépendance de sorte que le vote que je donnerais à QS ou au PQ ne sera pas un vote pour l’accession à l’indépendance, mais un vote pour lancer un processus devant peut-être mener à l’indépendance. Dans les deux cas, l’élection d’une majorité de députés indépendantistes n’entraîne pas une déclaration d’indépendance2.

Peut-être dira-t-il qu’il restera à la population à adopter la constitution et que, de ce fait, ça introduit une nouvelle forme d’étapisme ! L’approche de la constituante est complètement étrangère à l’étapisme tel qu’il fut entendu par le passé au sein du PQ et dans le débat public. On peut affirmer qu’au contraire, elle se démarque de l’étapisme péquiste, car elle associe l’élection d’une majorité de députés indépendantistes à la mise en branle unilatérale d’un processus dont le but est l’accession à l’indépendance, au lieu de la conditionner à une négociation avec le pouvoir fédéral. La constituante a pour effet la mise en marche d’un Québec indépendant de manière unilatérale.

Aller au-delà des partis politiques

Depuis des années, plusieurs affirment, dont Paul Cliche, que l’indépendance n’appartient pas au Parti québécois ou à quelque parti que ce soit. L’indépendance concerne l’ensemble de la population et de la société civile. En remettant la définition de la constitution à une assemblée constituante représentative de l’ensemble de la population au Québec, il s’agit de choisir une forme de démocratie plus directe en vue d’amorcer la prise en charge du peuple québécois de son avenir.

Beaucoup des nouvelles générations militantes se tiennent loin des partis politiques. En fait, on ne peut concevoir une action politique partisane en l’absence de mouvements sociaux qui agissent dans une perspective d’auto-organisation. De plus, le Québec n’est pas un pays colonisé et en développement, aux prises avec un régime dictatorial traditionnel. Il s’agit d’une économie capitaliste achevée, avec un niveau de vie élevé, et dotée d’un état tronqué !

Tous les indépendantistes veulent se débarrasser du carcan fédéral et du régime monarchique britannique, mais peu de protagonistes de la sécession diront qu’il faut abolir l’Assemblée nationale du Québec, étant donné qu’elle serait un instrument du fédéralisme. Dans une telle situation, la mise en place de la constituante devra évidemment s’articuler avec l’Assemblée nationale, pour agir au-delà de ses limites et de ses prérogatives législatives.

Reste le référendum pour entériner le tout. Pour Denis Monière, ça semble être un problème en soi. Tout dépend du rôle qu’il a dans le processus. Dans le cas de la perspective qui résulterait de la fusion de QS et d’ON, il ne s’agit pas d’une étape pour négocier la séparation. Non pas que la négociation soit à proscrire totalement, mais stratégiquement, elle ne peut pas conditionner la marche vers l’indépendance dans le cadre d’un processus unilatéral de souveraineté nationale. Dans ce contexte, l’appel de Pierre Mouterde auprès de Denis Monière est tout à fait à propos, car c’est d’ailleurs ce que ce dernier cherche à soutenir.

Post-scriptum

La présente réflexion demeure une perspective qui ne pourra se concrétiser qu’avec une adhésion plus importante de la population à un changement social en profondeur pour le Québec, et pas seulement à la souveraineté. Il ne s’agit pas d’une perspective à court terme.

Or, dans le temps long, différents facteurs peuvent interférer, notamment l’attitude de la population canadienne et de ses organisations sociales, et aussi celle de l’État fédéral, dont Denis Monière insiste d’ailleurs avec raison.

De plus, dans le temps long, les pressions pour remettre en question les formes de domination impériale de toute nature amèneront invariablement l’expression émancipatrice de toutes les minorités nationales. Tôt ou tard, il faudra bien redéfinir les relations entre les peuples sur des bases égalitaires, si on veut conjurer les menaces exercées par la mondialisation néolibérale sur la planète.

Notes

1.Quel avenir pour la Catalogne (Chroniques catalanes – 22), Facebook, 11 octobre 2017, https://www.facebook.com/denis.moniere/posts/10154993966418443
2.Réponse à un militant de Québec solidaire (Pierre Mouterde), Facebook. Le 18 octobre 2017, https://www.facebook.com/denis.moniere/posts/10155011314203443

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