Édition du 21 novembre 2017

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Europe

Depuis Marseille, Mélenchon juge « la victoire à la portée de nos efforts »

Lors d’un meeting en plein air sur le Vieux Port, le candidat de la France insoumise s’est montré déterminé. Porté par une forte dynamique, il a lancé à ceux qui étaient venus l’écouter : « Ne comptez que sur vos propres forces, je ferai ma part de travail, faites la vôtre. » Son discours, centré sur la paix et l’écologie, a été porté par une foule déterminée.

9 avril 2017 | tiré de mediapart.fr

Marseille, de notre envoyé spécial. - Un meeting marseillais et dans la tête le mauvais œil de la Bonne mère en 2012. Il y a cinq ans, le 14 avril, Jean-Luc Mélenchon, alors porté par les sondages, avait tenu meeting plage du Prado. Son ode à la Méditerranée et au métissage, son adresse à « ceux qui sont venus de la mer », avaient certes séduit sur place. Mais la dynamique avait fait long feu, et le candidat du Front de gauche n’avait fait « que » 11 % au soir du premier tour. Chez les socialistes, beaucoup pensaient et pensent encore que son discours d’ouverture avait braqué. Le candidat de la France insoumise avait donné cette fois-ci rendez-vous sur le Vieux Port. Et pouvait compter sur une dynamique encore supérieure à 2012.

Peu avant le meeting lui-même, les adjoints de Jean-Luc Mélenchon avaient insisté au cours d’une conférence de presse sur « ces bons horoscopes » (les sondages, selon Danielle Simonnet, co-coordinatrice du Parti de gauche), qui confirment « les bons indicateurs » : les signatures de citoyens sur jlm2017.fr qui augmentent de façon « exponentielle », les meetings bien remplis (par exemple, dimanche dernier à Châteauroux), ou encore les résultats de la campagne sur internet. 

« Les indécis ont dans leurs mains la possibilité de changer l’histoire de notre pays », veut croire Alexis Corbière, porte-parole du candidat. « Jean-Luc Mélenchon n’est pas grisé, il est déterminé, il est serein, il est heureux de la dynamique », poursuit Manuel Bompard, son directeur de campagne. 

Peu après 14 h 30, devant une foule de 70 000 personnes (selon les organisateurs), sous le soleil, le speaker annonce l’arrivée de Jean-Luc Mélenchon : « Il est là, il est en grande forme. » La foule hurle, les drapeaux bleu-blanc-rouge pour la plupart s’agitent sous le ciel bleu. Des « Résistance, résistance » fusent. Un « Révolution » aussi. Les 500 volontaires sont remerciés, tandis qu’une partie des spectateurs, sur le côté, commence à se plaindre d’un son trop faible. Il y a là des vieux, des jeunes, des parents avec poussette, des femmes voilées portant le drapeau français. 

Et bis repetita sur le fond du discours, fi du mauvais œil et autant pour les certitudes socialistes. Jean-Luc Mélenchon a de nouveau fait de Marseille et de la Méditerranée, durant son discours d’une heure environ, le berceau tout autant que le symbole d’une France métissée. « Ici, à Marseille, on comparerait ce que j’ai dit il y a 5 ans. Hier comme aujourd’hui, je me réjouis que la France soit métissée », a souligné le candidat pendant son discours.

« Un enthousiasme nouveau attise dorénavant notre ferveur », commence le candidat, qui poursuit : « Les rôles avaient été distribués et la fiancée n’était vouée qu’à choisir entre deux extrêmes », à savoir l’extrême droite et l’extrême marché. « Vous avez maintenu la braise allumée sous la cendre », a-t-il ajouté, « nous sommes, après cette nuit incertaine qu’on nous annonçait, l’aurore aux doigts de rose [une référence à Homère – ndlr] et nous voici réunis devant cette mer violette. »

De fait, la Méditerranée a été de nouveau au centre de la première partie de son discours, consacré notamment au drame des réfugiés qui périssent en tentant de traverser, « ceux qui voulaient seulement s’arracher à la misère ». Cette mer où « deux enfants par jour sont noyés ». « Écoutez, c’est le silence de la mort. » « Il nous faut aller à la racine des problèmes », a enchaîné le candidat, redisant un peu plus tard : « Il nous faut aller à la cause des maux et les éradiquer. » En commençant par « mettre un terme aux guerres qui ravagent » les pays de départ. Attendu pour un discours sur la paix, Jean-Luc Mélenchon a d’ailleurs montré qu’il portait à la boutonnière un rameau d’olivier. 

À la suite de l’attaque chimique en Syrie en début de semaine, et la décision du président américain Donald Trump d’ordonner des frappes en réponse, Jean-Luc Mélenchon a dénoncé « cette poudrière qu’est devenue cette zone du monde ». À propos de la décision de Trump, il a dénoncé le président français et son homologue allemande qui ont déclaré, selon lui, « leur approbation totale dans l’acte criminel irresponsable posé par le président des États-Unis d’Amérique ».

Souvent accusé d’un deux poids deux mesures sur son traitement de la Russie et des États-Unis, le candidat a pris soin de placer les deux « superpuissances » sur le même plan. Dans cette région du monde, son « admiration » va « à ceux qui me ressemblent le plus : ces femmes kurdes de Kobané ». « Si vous voulez la paix, ne vous trompez pas de bulletin de vote. Et si vous choisissez la guerre, ne vous étonnez pas si elle finit par arriver », a encore dit Mélenchon. Le candidat a ajouté qu’il retirerait la signature de la France, s’il est élu, à l’accord pour un déploiement de missiles de l’Otan en Pologne, car « nous autres Français, nous aurions à dire que nous ne voulons aucune guerre, ni petite ni grande sur le vieux continent ». Il a également redit sa volonté de sortir de l’Otan, « et le plus vite sera le mieux ». 

Jean-Luc Mélenchon a ensuite explicité son idée d’une « conférence de la sécurité en Europe » qui « aurait à traiter de tous les problèmes surgissant ou ayant surgi entre l’Atlantique et l’Oural » et « permettrait que la menace épouvantable qui se dessine soit repoussée par les lumières de la raison et de la discussion ». Alors que son projet de discuter des frontières, lors du débat mardi soir sur France 2, avait fait tiquer, il a tenté de donner quelques exemples : Chypre coupée en deux depuis l’occupation turque, la Macédoine, la Serbie « dépecée du Kosovo ». « Toutes ces frontières bousculées méritent qu’on en parle au calme », avec pour principe « le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes »

La paix, pour Mélenchon, a aussi à voir avec l’écologie, autre point central de son programme. Selon le candidat, passer au 100 % énergies renouvelables permettra en effet de s’extraire « des guerres pour le pétrole », mais aussi, en sortant du nucléaire, de se débarrasser de nos besoins en uranium. Cette écologie concerne également la Méditerranée, érigée en « cause commune ». « Je proposerai à tous les peuples de cette façade une alliance écologique pour la sauvegarde de la Méditerranée », a estimé le candidat. 

« Ça s’entend, ça se sent, la victoire est à la portée de nos efforts », a ensuite lancé Jean-Luc Mélenchon, alors que la foule se met à crier « Résistance, résistance ». Puis alors qu’il s’en prend à « la caste dorée des parasites insatiables », les spectateurs reprennent « Dégagez, dégagez ». « Vous n’êtes pas des dévots, vous êtes ceux qui portent un programme, vous êtes l’avenir en commun », dit-il encore, « ne comptez que sur vos propres forces, je ferai ma part de travail, faites la vôtre ». « Je vous demande, Françaises, Français, un châtiment électoral exemplaire », conclut-il, avant de citer le poème « La paix » de Yannis Ritsos. 

« Plus personne ne peut écarter l’hypothèse de Jean-Luc Mélenchon au second tour », disait Manuel Bompard, son directeur de campagne, juste avant le meeting. Le candidat de la France insoumise a désormais 14 jours pour tenter de faire de cette hypothèse une réalité. Le 18 avril, à l’aide d’hologrammes, il sera en meeting dans sept villes différentes : à Dijon en chair et en os, à Nantes, Clermont, Montpellier, Grenoble, Nancy et Le Port (à la Réunion), en virtuel. Un test pour que sa dynamique évite le mauvais œil de 2012.

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