Édition du 18 avril 2017

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Québec

Discours à la Manif du 18 février. Festival contre le racisme de Québec.

Depuis plusieurs semaines, mois, dans notre belle province, nous parlons de ce racisme grimpant.

D’abord, nous tenons à commémorer chacune de ces personnes qui aujourd’hui ne sont plus ; chacune de ces personnes qui ont perdu un être cher ; un ami. Pour la communauté musulmane du Québec – et du monde –, nous vous passons le plus sincère Salam.

Depuis plusieurs semaines, mois, dans notre belle province, nous parlons de ce racisme grimpant.

Nous entendons ces personnalités publiques, ces élites du discours, qui se font entendre ;

Nous les entendons parler d’intolérance, d’ignorance, de haine, de peur de l’autre.

Mais permettez-moi de vous parler de ce dont on ne parle pas quand on dit lutter contre le racisme.

Car voyez-vous, le racisme n’est pas seulement une question de méconnaissance de l’autre.

Le racisme, c’est avant tout cette relation sociale, ce rapport politique qui prend l’Autre comme un être inférieur ; c’est donc l’infériorisation de cet autre qu’on a dépouillé de son entière humanité.

Pour nous, il n’est pas possible de comprendre cette période difficile, parfois dangereuse, qui laisse une place trop grande au racisme, sans parler de la guerre qui est en cours au Moyen-Orient.

À ce titre, n’oublions pas que le Canada est en partie responsable, car il est un des plus grands exportateurs d’armes dans la région. Ce n’est donc pas un hasard que des dizaines de milliers de personnes doivent quitter leur pays natal pour pouvoir vivre, pour espérer vivre en paix.

N’oublions pas que dans la bourse de Toronto, des dizaines de compagnies de l’industrie minière et d’exploitation de ressources naturelles y sont inscrites pour bénéficier d’avantages fiscaux et juridiques.

N’oublions pas que des dizaines de milliers de personnes se voient expropriées de leurs terres, que leurs leaders communautaires se font assassiner, en Afrique et en Amérique latine, pour le compte de ce même capital industriel et financier.

N’oublions pas que les élites politiques et économiques de ce pays qu’est aussi le Québec se complaisent à signer ces traités de libre commerce qui en fin de compte, se traduisent par la détérioration des conditions de vie de centaines de millions de personnes dans le monde.

Que ce sont ces populations mondiales qui se voient obligées de quitter leur pays, car leurs vies sont en danger, et certaines cherchent un asile politique, d’autres un refuge écologique, et d’autres un simple débouché économique, un digne travail.

N’oublions pas que ce sont ces personnes qui subissent le poids et la violence du racisme, du discours minable de ces radios poubelles ; que ce sont elles, enfin nous, qui sommes ciblés par ces minables groupes d’extrême droite qui croient que nous portons atteinte à l’intégrité de la nation canadienne-française. Que ces minables groupes sont même prêts à passer à l’action, à utiliser la menace.

Mais nous, mes amis, mes camarades, nous n’oublions pas que nos millénaires peuples amérindiens subissent l’oppression d’un système mondial et colonial auquel nous participons fièrement et ce, depuis plusieurs siècles ; que ces peuples ont été relégués et oubliés au rancart de l’histoire.

N’oublions pas qu’historiquement, nous, sur ce territoire québécois, avons également pratiqué l’esclavage ; que les peuples africains sont présents dans tous les territoires des Amériques depuis la constitution des Amériques, il y a plus de cinq cents ans.

Mais, mes ami-e-s, mes camarades, face à cette situation déplorable, avec le Festival, oui nous avons voulu inscrire le racisme au sein du débat social.

Mais nous avons voulu plus que ça, nous avons préféré répondre avec la vie.
À travers notre riche et diverse culture, nous avons voulu passionner la vie ; redonner vie à ceux et celles qui ont été et qui sont encore dépouillé-e-s de leur humanité, à Québec, à Val d’Or, à Montréal, à Oklahoma city, à Standing Rock, à Paris, à Vienne, à Berlin, à Ayotzinapa, à Quibdo, à Quito, à Gaza, à Alep, à Kaboul, à Manille, au Nord-Kivu, à Johannesburg, à Auckland, à Sydney.

Sachez mes ami-e-s, mes camarades que notre réponse au racisme, à l’intolérance, à la haine, mais aussi au colonialisme, au capitalisme, à l’impérialisme et à tous ces fléaux qui minent l’humanité, sachez mes ami-e-s, mes camarades que notre réponse c’est la vie.

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