Édition du 13 novembre 2018

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

États-Unis

Des liens étroits entre des entreprises cotées en bourse et celles qui opèrent les centres de détention des immigrants.es

Un mouvement citoyen milite en faveur de l’arrêt du financement des compagnies privées propriétaires et gérantes de installations de détention des immigrations.es, gagne du terrain.

Michelle Chen, The Nation, 24 juillet 2018
Traduction, Alexandra Cyr

Une nouvelle tactique est apparue dans la bataille contre le réseau de centres de détention de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE). Elle porte sur le retrait des fonds investis dans les compagnies privées propriétaires de prisons qui opèrent les centres où les immigrants.es sont détenus.es.

Ce mouvement pour le retrait des fonds d’investissement dans le complexe industriel de détention ne changera pas à lui seul les politiques de plus agressives de l’administration Trump contre les immigrants.es. 2 grandes entreprises ayant des contrats pour opérer des prisons, soit, CoreCivic et GeoGroup sont financées par Wells Fargo et JP Morgan. Une campagne qui les cible permet de mettre en évidence les liens importants entre le système bancaire et les investissements du gouvernement dans les centres de détention pour les immigrants.es.

M. Daniel Altschuler, directeur de Civic Engagement and Research à Make the Road New-York, explique que : « ces financiers … sont essentiellement attachés à un modèle d’affaire qui fait de cette industrie, une industrie en faillite morale ». Ce groupe fait parti d’une coalition de plus de 70 organisations qui comprend l’American Civil Liberties Union (ACLU) et la National Domestic Workers Alliance qui exigent que Wells Fargo et JP Morgan cessent de financer le grand réseau d’installations privées qu’utilise ICE.

Les entreprises cotées à Wall Street sont des financières de premier plan qui ne se dirigent pas que vers les prisons mais vers d’autres compagnies véreuses dans la fabrication d’armes à feu aussi bien que dans les dettes toxiques qui ont détruit l’économie de Porto Rico. Mais l’immigration offre des perspectives d’investissement particulières aux temps de l’administration Trump. Un flot de contrats (sont offerts) en lien étroit avec les politiques de droite appliquées à la frontière.

Vers la fin de l’administration Obama, des efforts ont été fait pour mettre fin aux contrats avec les compagnies privées de détention. Mais l’actuel Président a fait augmenter leur nombre et leurs capacités dramatiquement. Les familles immigrantes.es qui se présentent à la frontière sont automatiquement détenues. ICE procède à des raids dans les communautés faisant encore plus d’arrestations et donc plus de détentions. Les investissements d’ICE dans la détention ont sérieusement gonflé.

Ces derniers mois, plusieurs nouveaux contrats ont été ouverts pour des centres prévus pour l’incarcération des masses de détenus.es au Texas. C’est CoreCivic’s qui en a obtenu la vaste majorité soit plus de 900%. Au total, ICE a maintenant suffisamment de places pour incarcérer 34,000 personnes dans ces centres privés. Ces compagnies ont pourtant un bien mauvais dossier. Elles sont entourées de scandales et ont été poursuivies pour avoir privé des détenus.es de soins médicaux, pour abus sur les immigrants.es transgenres et d’autres violations des droits humains.

Une étude menée par Enlace, Make the Road et d’autres groupes, calcule que : « Le nombre de part de JP Morgan, Wells et Black Rock’s dans l’industrie des prisons et des centres de détention à augmenté pour les 3réunies, de 28,3 fois. À elles seules, JP Morgan et BlackRock rapportent que leur portefeuille à été multiplié par 237,8 fois ». En plus, ces compagnies misent en même temps sur des échappatoires dans la loi sur les trusts d’investissement dans l’immobilier pour mettre leurs investissements dans l’industrie de la détention à l’abri des impôts sur les entreprises. Selon cette recherche, cet obscure échappatoire est un des bénéfices qui résultent des « dépenses de lobbying auprès du Congrès que l’industrie des prisons à investit par millions avec des campagnes de contributions pour protéger leurs profits ».

Cette industrie florissante est gravement endettée. Entre 90% et 95% du financement de CoreCivic et GeoGroup est détenu par Wall Street sous forme de dettes qui ont rapporté l’an dernier, 217,5 millions aux actionnaires.

Ce triangle d’investissements de la part d’ICE, la grande finance et les entreprises possédant et gérant des prisons, n’est pas en phase avec le discours doucereux à propos de la « responsabilité sociale des entreprise » servi par les PDG de Wall Street parlant des immigrants.es. Le PDG de JP Morgan, M. Jamie Dimon par exemple, à fait l’éloge des « dreamers » (ces jeunes arrivés.es enfants aux États-Unis avec leurs parents sans papiers), cette jeunesse qui a été protégée de l’expulsion par l’administration Obama et son programme « DACA ». Selon ce discours il s’agit des « meilleurs.es, des plus brillants.es » de la force de travail américaine et il a proposé qu’on leur ouvre un chemin vers un statut légal. Mais, maintenant que cette protection à été abolie par l’administration Trump, ce sont des centaines de milliers de ces « dreamers » qui pourront être expulsés.es et 70% prendront le chemin des centres privés de détention. Donc, Wall Street à pavé la voie à l’exil plutôt qu’à la citoyenneté.

À contrario de la belle image de bon citoyen corporatif que l’industrie bancaire veut donner d’elle-même, Altschuler explique : « Nous pensons que ces compagnies qui possèdent et gèrent des prisons privées sont un secteur empoisonné de l’économie. Nous pensons qu’elles ne devraient pas exister ». (Le groupe) Make the Road admet que les campagnes de retrait du financement peuvent être annulées si l’industrie n’attire que de nouveaux fonds. Mais il explique aussi : « Qu’ils pensent que même s’ils viennent de fonds de Wall Street ou d’un fond de retraite municipal, ils ne devraient pas être investit dans ce secteur. Qu’au fur et à mesure du temps, les gens vont comprendre qu’ils mettent leur réputation à risque en faisant parti de ce secteur ».

Depuis le début, cette campagne à eut des effets sur les politiques d’investissement dans les universités publiques, les fond de retraite syndicaux, dans les fonds spécialisés dans l’investissement social, dans l’État de New-York, dans les villes de New-York et de Philadelphie qui ont retiré les investissements de leurs fonds de retraite du secteur des prisons privées. Récemment, Portland Orégon à banni les investissements dans les entreprises de sécurité.

La Fédération américaine des enseignants.es a aussi, récemment, coupé ses liens avec Wells Fargo qui soutient l’industrie des armes à feu. Elle considère les retraits d’investissements comme une plateforme pour le monde ouvrier et pour qu’elle garde un certain contrôle économique sur les ressources de ses membres. Son Président, M. Randi Weingarten, explique que le but est de : « tenter de créer un cercle vertueux en investissant de manière responsable pour créer des emplois, sécuriser les retraites et renforcer les bénéfices afin de rendre Wall Street plus active envers la population et les familles travailleuses ».

Les militants.es pour les droits des immigrants.es vont continuer à pressurer le gouvernement pour que les lois et politiques les concernant soit totalement révisées. Les puissantes firmes financières de Wall Street qui contrôlent l’industrie des dettes du secteur des prisons, colonne vertébrale de cette industrie, seront aussi dans le collimateur des opposants.es. Les communautés feront le lien entre le réseau des finances et celui de l’incarcération de masse et ainsi, leur conscience du besoin d’imputation véritable dans le système financier sera rehaussé.

Au fur et à mesure que l’exigence d’une révision totale du système d’immigration augmente, la campagne pour le retrait des investissements dans le secteur des prisons tend à démontrer leur niveau d’endettement et ce que les consommateurs.trices, les travailleurs.euses et les universités peuvent contrôler dans leur recherche de l’intégrité et de l’imputabilité, dans la manière avec laquelle le capital interagit avec les institutions publiques et les communautés. En plus, Enlace et d’autres groupes issus de la base, font pression pour des investissements communautaires pendant que les retraits d’investissement (du secteur des prisons) se met en place. Il milite actuellement pour la création d’une banque publique à New-York pour offrir une alternative aux placements dans le système des prisons privées. Son directeur exécutif, M. Daniel Carillo, souligne : « Nous voulons aussi venir à bout de l’idée qui veut que plus il y a de gens en prison, plus il y a de gens expulsés, plus grande est notre sécurité. Qu’est-ce que ça donnerait, si le gouvernement investissait plus dans la jeunesse avec différents programmes de développement de l’emploi au lieu d’augmenter les forces policières et la militarisation » ?

Les arrêts de financement consciencieux ne font que commencer à changer le bilan démocratique : ne pas traiter la sécurité par les emprisonnements de masse mais par l’émancipation des communautés.

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