Édition du 26 juin 2018

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Afrique

Des moustiques OGM pour lutter contre la malaria au Burkina Faso ?

Au nom de la lutte contre des maladies tropicales, des apprentis sorciers transforment des pays pauvres en cobayes et en laboratoire d’expérimentation. Au Burkina Faso, il est prévu de lâcher cet été plusieurs milliers de moustiques transgéniques pour lutter contre la malaria. Une marche de protestation est prévue le 2 juin à Ouagadougou.

Tiré du blogue de l’auteure.

Lutter contre le paludisme grâce à des moustiques génétiquement modifié ? Il ne s’agit pas là d’un film de science-fiction, mais d’une expérience bien réelle qui devrait être mise en œuvre entre juillet et novembre 2018 au Burkina Faso, avec le lâcher de plusieurs milliers de « moustiques OGM ». A l’instar de ce qui a déjà été mis en œuvre ailleurs, au Brésil notamment, avec des résultats plus que mitigés. Au nom de la lutte contre des maladies tropicales, faut-il pour autant laisser des apprentis sorciers transformer des pays pauvres en cobayes et en laboratoires d’expérimentation ?

Cette opération a démarré en novembre 2016, avec l’exportation vers le Burkina Faso, dans le plus grand secret, d’œufs de moustiques génétiquement modifiés, destinés à être fécondés, élevés et multipliés dans les laboratoires de l’Institut de recherche en sciences de la santé (IRSS) de Bobo-Dioulasso, avant de les lâcher dans la région. L’Institut a notamment testé, en milieu confiné, la reproduction de moustiques mâles rendus stériles par modification génétique avec des « moustiques sauvages locaux ». Avec, à terme, l’ambition de procéder à une hypothétique diminution des moustiques vecteurs de malaria.

Ces expérimentation est pilotée par Target Malaria, qui regroupe un consortium d’instituts de recherche soutenus financièrement par des fonds philanthropique de la Silicon Valley Community Foundation, et bien entendu la Fondation Bill & Melinda Gates, incontournable lorsqu’il s’agit d’OGM sur le continent africain. Lors d’une conférence de presse organisée le mois dernier à Ouagadougou, Aline Zongo, responsable de la COPAGEN (Coalition pour la protection du patrimoine génétique africain) a déploré le fait que « les Burkinabés seront à nouveau les cobayes d’une expérimentation dont toutes les conditions sécuritaires sur le plan sanitaire ne sont pas réunies ».

Des membres de la COPAGEN se sont en effet adressés aux représentants de Target Malaria pour savoir quelles dispositions avaient été prises pour gérer les risques de résistances, de mutation de ces moustiques OGM, pour la population comme pour l’environnement, tout en s’étonnant du secret qui entoure cette opération - mais sans recevoir pour autant de réponse satisfaisante. Le Burkina Faso, qui avait réussi à se débarrasser de la compagnie américaine Monsanto - laquelle avait introduit son coton Bt également dans le plus grand secret – a le sentiment d’être à nouveau utilisé comme champ d’expérimentation.

Les organisations de la société civile sont donc mobilisées, telle le Collectif Citoyen pour l’Agro-Ecologie (CCAE) qui a lancé une pétition sur internet intitulée « Le Burkina Faso n’est pas un pays de cobayes : non aux moustiques génétiquement modifiés », listant les risques et questions demeurées sans réponse. Cette pétition sera remise le 2 juin 2018 à l’Agence Nationale de Biosécurité (ANB), lors d’une marche contre les OGM et les moustiques génétiquement modifiés organisée dans la capitale Ouagadougou, demandant de ne pas autoriser ce lâcher de moustiques mâles stériles.

Il y a quelques années, Oxitec, une société britannique de biotechnologie formée d’anciens cadres de la firme Syngenta, bénéficiant également d’un appui de la Fondation Bill Gates, avait procédé au lancement de plusieurs millions de moustiques transgéniques dans les Caraïbes, sur l’île du Grand Caïman. Ainsi que dans le Nord-Est du Brésil. Dans le cadre, bien sûr, d’un grand projet humanitaire et humaniste, pour lutter cette fois-ci non pas contre le paludisme, mais contre la dengue. Et ce également dans le plus grand secret, et sans résultats probants. C’est ainsi que loin des radars de l’information continue, généralement dans des régions économiquement sinistrées et politiquement fragiles, des apprentis sorciers continuent à mener des expérimentations hasardeuses, hors de tout contrôle, aux conséquences improbables pour l’homme, les animaux et l’environnement.

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