Édition du 14 novembre 2017

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Des moyens financiers pour lutter contre les violences, les discriminations multiples et simultanées

« La présente étude analyse les facteurs structurels liés aux institutions, à l’histoire coloniale, aux politiques d’immigration et au traitement médiatique de la violence qui tendent à minimiser ou à rendre invisibles les discriminations multiples et simultanées que vivent les femmes immigrantes et les femmes autochtones violentées. Ces facteurs structurels ont une incidence importante sur l’intervention des maisons d’hébergement auprès des femmes et sur le suivi de celles-ci.

tiré de : entre les lignes et les mots 2017 27 1 juillet Publié le 28 juin 2017

Une analyse détaillée des types de services dispensés et des heures de travail effectuées selon les ressources dont disposent actuellement les maisons d’hébergement au Québec a permis de mettre en lumière l’existence d’un sous-financement affectant la qualité des interventions destinées aux femmes immigrantes et aux femmes autochtones. »

Francis Fortier et Jennie-Laure Sully insistent, dans leur introduction, sur « l’invisibilisation des femmes marginalisées et des problèmes spécifiques qu’elles rencontrent ». La défense des intérêts des femmes marginalisées ne peut-être confondue avec celles d’autres femmes, sous prétexte d’une « norme » ou de dimensions « universelle » existante pour l’ensemble des femmes. Pour le dire autrement,il convient à chaque fois de prendre en compte les formes concrètes de l’imbrication des rapports sociaux et leurs effets unificateurs et/ou différenciés.

« La présente étude n’a donc pas pour but de revenir sur ces aspects, mais plutôt de mettre en lumière des réalités moins connues concernant les interventions, le profil des femmes concernées et le financement, voire le sous-financement, des maisons d’hébergement ».

Sont abordés successivement : les caractéristiques des maisons d’hébergement au Québec, le concept et l’approche intersectionnelle, le profil des immigrantes et des autochtones en maisons d’hébergement.

Quelques éléments présentés. « La violence envers les femmes n’est pas qu’un acte de violence d’un individu face à un autre. Il s’agit d’une violence qui se définit par « des rapports de force historiquement inégaux entre hommes et femmes, lesquels ont abouti à la domination et à la discrimination exercées par les premiers et freiné la promotion des secondes, et compte parmi les principaux mécanismes sociaux auxquels est due la subordination des femmes aux hommes ». Les auteur-e-s détaillent les violences. Elle et il présentent les maisons d’hébergement, les services proposés, la réception à « tout moment », la situation géographique et les maisons d’hébergement éloignées des grands centres urbains.

Francis Fortier et Jennie-Laure Sully exposent et critiquent les modalités de financement, « le financement ne devrait pas dépendre seulement du nombre de places, mais plutôt du nombre d’heures nécessaires pour des suivis adéquats ». Le but des maisons d’hébergement reste bien « de permettre aux femmes de rompre avec les circonstances liées à la situation de violence ». Les auteur-e-s parlent, entre autres, de sensibilisation, des gestes nécessaires à la prévention de la violence, de la prise en compte des « quantités de travail requises », de la formation nécessaire et de son coût.

Francis Fortier et Jennie-Laure Sully soulignent que « les mouvements sociaux doivent faire preuve de vigilance afin de contrer les dynamiques sociales qui relèguent à la marge les personnes vivant des oppressions multiples », rappellent que le tout est plus que la somme des parties, qu’il convient d’analyser les divisions sociales à la fois d’un point de vue macroscopiques (populations et société) et microscopiques (situation individuelle), qu’il convient de ne pas oublier la violence structurelle dont sont victimes les jeunes femmes qui se retrouvent à la rue.

« Nous avons ainsi pris en compte les contextes organisationnel, politique et économique du Québec, les aspects spécifiques aux expériences des femmes immigrantes et autochtones, ainsi que les représentations sociales des violences faites aux femmes. »

Elle et il analysent les profils des femmes immigrantes et autochtones, l’indissociabilité de la violence des facteurs situationnels et contextuels liés à l’organisation de la société, « Cette violence n’est pas un phénomène propre aux personnes immigrantes et ne peut être expliquée sur la base des différences culturelles » ou « Cette violence ne peut être dissociée de la discrimination et du racisme que subissent les autochtones notamment lorsqu’ils sont à la recherche d’un logement ou d’un emploi », les impacts des restrictions budgétaires sur le système de santé, les dispositions discriminatoires envers les femmes dans la Loi sur les Indiens…

Francis Fortier et Jennie-Laure Sully insistent : « L’absence de profil commun démontre à quel point ces femmes peuvent nécessiter une intervention personnalisée nécessitant du temps et des mesures s’appliquant à leurs situations particulières » et discutent des choix entre maisons « allochtones » ou « autochtones », du déni du caractère criminel des actes de violences, des abus de langage visant à couvrir certains crimes du qualificatif de « passionnel », de la surmédiatisation « des agresseurs non occidentaux et cette vision culturaliste de leur violence » et de son effet potentiellement dissuasif chez des femmes « non occidentales ». « Elles voudraient dénoncer cette violence masculine, mais ne souhaitent pas pour autant que ce soit leur culture qui soit désignée comme coupable »…

Sans oublier que « Depuis les dernières années, ces maisons ont de plus en plus souvent à fournir des services à des femmes immigrantes et à des femmes autochtones qui, en plus d’être victimes de violence, subissent également une combinaison d’autres discriminations », loi coloniale, droit de l’immigration, politiques d’austérité, violences institutionnelles…

Francis Fortier, Jennie-Laure Sully : Le sous-financement des maisons d’hébergement pour femmes :

Facteur aggravent de la marginalisation des femmes migrantes au Québec

IRIS 2017, 40 pages

http://iris-recherche.s3.amazonaws.com/uploads/publication/file/MH_WEB_02.pdf

Didier Epsztajn

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