Édition du 11 décembre 2018

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Féminisme

Des services de première ligne négligés en violences faites aux femmes

Dans le cadre des 12 jours d’actions contre les violences faites aux femmes, L’R des centres de femmes du Québec interpelle le gouvernement de monsieur Legault : les centres de femmes effectuent des fonctions de première ligne auprès des femmes victimes de multiples formes de violences, mais n’ont pas le financement adéquat pour le faire, une situation alarmante tant pour les femmes qui ont besoin de ces services, que pour les intervenantes de première ligne, ou que pour les organismes.

Dix ans sans augmentation spécifique

La dernière augmentation du financement de la mission des centres de femmes remonte à 2008. Ce rehaussement avait été accordé précisément sur la base de la reconnaissance du travail de première ligne que les centres réalisent en matière de violences faites aux femmes. Or depuis dix ans, le contexte a changé, portant avec lui une plus grande propension des femmes à dénoncer les violences qu’elles subissent tout en limitant leur accès, d’autre part, à des services sociaux accessibles pour les accueillir.

Ressources sous-financées

Les femmes en situation de crise, celles qui ont des défis de santé mentale, celles qui se demandent si elles vivent de la violence, qui ont besoin d’information, d’accompagnement ou de référence vers des ressources spécialisées, font d’abord appel aux centres de femmes. Les centres ont pour mission de rendre ces services gratuits à la population, mais leur mission comporte également d’autres volets qui, présentement, battent de l’aile tant la demande de première ligne est grande. Les mesures d’austérité et leurs conséquences sur les services sociaux sont directement responsables de ce débordement. L’R des centres de femmes demande au Ministère de la Santé et des Services sociaux de prendre acte de ce constat : les centres de femmes assument un mandat d’une grande importance pour la santé publique et ne sont pas financés suffisamment pour le faire.

Porte d’entrée des femmes victimes de violences multiples

Les femmes vivant des situations complexes liées à différentes difficultés, souvent simultanées (pauvreté, violence physique, problème de santé mentale, itinérance, etc.), sont référées par le CLSC ou par le service téléphonique d’infosanté ou d’infosocial, directement aux centres de femmes. De plus, sachant qu’environ 70% des femmes victimes de violence conjugale ne vont pas en maison d’hébergement, que les services externes qu’elles offrent s’adressent principalement aux ex-hébergées et que les maisons ont des listes d’attente importantes pour ces services, les centres de femmes sont donc des ressources indispensables. En effet, les centres les accueillent une à une, les écoutent et les accompagnent vers la sécurité, que ce soit en les référant à des ressources spécialisées ou en les soutenant dans la création d’un scénario de protection. Elles font ce travail avec les victimes de violence conjugale, mais aussi avec les victimes d’agression sexuelle.

D’ailleurs, l’augmentation des dénonciations est aussi observée dans les centres de femmes. Faut-il rappeler le mouvement de dénonciation #MoiAussi ? Statistiques Canada estime l’augmentation des dénonciations d’agressions sexuelles à 61% après #MoiAussi. Si vous ajoutez à cela la difficulté accrue, suivant les politiques d’austérité, d’accéder à des services adéquats en santé mentale, vous pouvez imaginer que les centres de femmes, ressources de première ligne pour les femmes vivant toutes les formes de violences, sont à bout de souffle.

Les généralistes de la condition féminine

Les centres de femmes, avec leur approche globale des conditions de vie des femmes et leurs services sans rendez-vous, sont des généralistes spécialisées en condition féminine. Ils rejoignent annuellement de 250 000 à 300 000 femmes. Présents dans toutes les régions du Québec, même là où d’autres services sociaux sont inexistants, ils sont souvent la première porte franchie par des femmes en situation de crise. Ils utilisent une approche globale, c’est-à-dire qu’ils refusent de découper la réalité des femmes en mille et une problématiques isolées les unes des autres. Cette approche s’appuie sur ce que les femmes perçoivent de leur situation et de leurs expériences : elle est orientée vers la reprise du pouvoir des femmes, leur autonomie, le développement de leur confiance en elles et leur capacité d’agir.

Besoins de 25 millions $ de plus par année

L’R des centres de femmes du Québec demande au gouvernement du Québec d’augmenter le financement des 125 centres de femmes et de L’R des centres de femmes du Québec d’un total de 24 706 559 $ par année, à répartir entre tous les centres de femmes de la province, en priorisant les centres de femmes dramatiquement sous-financés. Avec ces 25 millions de plus, les centres de femmes pourraient : embaucher une travailleuse de plus par organisme ; améliorer les conditions de travail des travailleuses déjà à l’emploi ; répondre à la demande de services de première ligne aux femmes qui en ont besoin. Cette demande s’inscrit dans le cadre de la campagne CASSSH (communautaire autonome en santé et services sociaux).

Les membres du comité de coordination de L’R :
Stéphanie Vallée, Lanaudière
Isabelle Gallant, Bas-St-Laurent
Joannie Boivin, Abitibi-Témiscamingue
Vanessa Bouchard, Saguenay — Lac-Saint-Jean
Christiane Bourgault, Chaudière-Appalaches
Monique Brisebois, Outaouais
Christine Drolet, Montréal et Laval
Jeanine Fournier, Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine
Ariane Gauthier-Tremblay, Capitale nationale
Nancy Maher, Laurentides
Geneviève Legault, Mauricie et du Centre-du-Québec
Carolle Mathieu, Montérégie
Nadia Morissette, Côte-Nord
Marilyn Ouellet, Estrie
Marie-Claude Tremblay, Nord-du-Québec

Les co-coordonnatrices de L’R :
Katia Atif
Odile Boisclair
Valérie Gilker-Létourneau
Sylvie St-Amand

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