Édition du 18 décembre 2018

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Québec

Des stages rémunérés

Très souvent, la description du stage ne correspond pas à ce qui se passe réellement dans le milieu. De plus, lorsque nous commençons un emploi, nous allons toujours avoir un certain temps dans nos formations qui seront de l’observation. Et, ces heures d’observation et de formations seront payées, donc pourquoi ne pas faire pareil avec les stages d’observation ?

Merci à monsieur Yvan Perrier pour les démarches faites pour cet article.
Photos : Michel Pilon

par Maria-Alexandra Cracium. Elle est une porte-parole du regroupement CUTE (Comités unitaires sur le travail étudiant) au Cégep du Vieux Montréal.

1.Pourquoi une rémunération et non une compensation ?

Le terme « rémunération » correspond par définition à un salaire ce qui permet aux stagiaires d’obtenir le statut de travailleur.euse. Ce statut donne accès à la CNESST qui est un aspect très important. Actuellement, les établissements d’enseignement supérieur paient une assurance pour les stagiaires, mais celle-ci ne couvre que les accidents liés aux stagiaires. Si un accident extérieur les affecte, l’assurance ne les prend pas en charge. De ce fait, la CNESST protégerait les stagiaires en cas d’accidents de travail en milieu de stage quels qu’ils soient. De plus, les politiques nationales concernant pour l’équité et contre les harcèlements s’appliqueraient aux milieux de stage.

Par conséquent, le terme « compensation« qui correspond à une somme d’argent versée aux stagiaires n’est pas une option. Une compensation ne permet pas aux stagiaires d’obtenir le statut de travailleur.euse et par ce fait, à la CNESST. Par ailleurs, les compensations versées aux stagiaires en enseignement et en psychologie sont sujettes à une imposition et contribuent à faire diminuer les montants de bourses d’aide financière disponible pour les étudiant.e.s

2. Donc, si une personne ne réussit pas son stage, est-ce qu’elle sera quand même payée ?

Oui, comme un.e employé.e est payé.e même si au final elle se fait mettre à la porte. En ce moment, les stagiaires sont exclu.es des normes du travail. Lorsqu’on obtient un salaire, on a droit aux mêmes conditions et protections que les autres travailleurs et travailleuses, celles prévues dans la loi sur les normes du travail. On ne nie pas que la revendication entraîne des modifications dans les façons d’organiser les stages, la formation, le rapport entre la superviseure et la stagiaire, l’évaluation. Mais ce ne sont pas des obstacles insurmontables. On se plaint beaucoup et souvent que les choses vont mal mais on n’ose rarement repenser réellement le travail, la formation, le rapport entre les gens. C’est une campagne qui tente de proposer de nouvelle façon de faire, qui souhaite repenser l’éducation et le travail. Dans de nombreux cas, des stagiaires non rémunérés assument les mêmes tâches que d’autres employé·e·s salarié·e·s. Si vraiment les stagiaires n’apportent aucune contribution à l’organisation qui les emploie, alors peut-être faudrait-il plutôt questionner l’utilité de ce type de formation. Nous constatons également une augmentation des heures de stage au fil des dernières années, alors qu’il y a une grande pénurie de main d’oeuvre au Québec. On va pas se le cacher, les stagiaires viennent combler ce besoin. Le gouvernement profite du cheap labor qu’effectue les stagiaires afin de pouvoir rouler sa main d’oeuvre. En enseignement, on parle d’une augmentation drastique des heures de stages, qui ont passé de 60 heures en 1994 à plus de 1000 heures aujourd’hui.

3. Pourquoi rémunérer les stages d’observation ?

Dès les premiers stages, on prend en charge des dossiers. La preuve, c’est que ça occasionne des désagréments dans les milieux de stage et qu’on observe déjà une levée de boucliers chez les directions d’organismes communautaires. Très souvent, la description du stage ne correspond pas à ce qui se passe réellement dans le milieu. De plus, lorsque nous commençons un emploi, nous allons toujours avoir un certain temps dans nos formations qui seront de l’observation. Et, ces heures d’observation et de formations seront payées, donc pourquoi ne pas faire pareil avec les stages d’observation ?

4. Pourquoi toujours la grève ?

On critique souvent la grève comme moyen d’action. La grève dérange. Oui elle dérange, et c’est le but. Puisque nous revendiquons que soit reconnue la valeur de notre travail en tant que stagiaire, la grève nous permet de rendre visible notre travail. On nous dit déjà qu’il y a des conséquences à notre absence. Ce doit donc être parce que notre présence est utile.

La grève c’est le moyen le plus efficace de faire pression sur le gouvernement ou sur les employeurs. Depuis plus de deux ans maintenant, des rassemblements, des manifestations, des pétitions, des sondages, des conférences, des textes ont eu lieu. On a répondu aux médias, porter nos revendications devant l’Assemblée nationale, fait des communiqués. Et toutes nos démarches ont été ignorés jusqu’à temps que nous sommes partis en grève.

Plusieurs étudiant.e.s stagiaires sont très stressé.e.s de faire la grève, mais illes sont convaincu.e.s qu’illes ont raison et que c’est la seule façon de se faire entendre. Illes espèrent qu’une semaine sera suffisante pour que le gouvernement mette en place une mesure pour rémunérer l’ensemble des stages, mais illes sont prêt.e.s à lancer une grève générale illimitée cet hiver.

5. Qui va payer les stagiaires ?

Le gouvernement. Actuellement, les entreprises qui payent des stagiaires bénéficient de crédits d’impôts et de subventions du gouvernement. Donc, il paye déjà une partie des stages, pourquoi pas tous les rémunérer ?

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