Édition du 12 décembre 2017

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Québec

Dr Réjean Thomas sur la PrEP Vers l’éradication du VIH en 2030

L’infection au VIH demeure très préoccupante parmi les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes (HARSAH). De façon générale, les HARSAH constituent plus de 60% des nouveaux diagnostics depuis 2002. En 2015, les HARSAH représentaient 55,5% des cas déclarés et les HARSAH utilisateurs de drogue par injection comptaient pour 2,5% des cas. Enfin, à Montréal, la situation est loin d’être stabilisée, mais aujourd’hui, nous disposons d’outils efficaces pour agir.

tiré de : L’INFOLETTRE DE FUGUES # 677 - 30 novembre 2017

La prophylaxie pré-exposition (PrEP) existe depuis 2011 et consiste à donner des traitements antirétroviraux dans un but préventif. Dans le cas du VIH, il s’agit d’empêcher que le virus infecte l’organisme, en bloquant son cycle de réplication. Ainsi, des gais très exposés au risque d’infection par le VIH, peuvent prendre un traitement antirétroviral en continu ou à la demande, avant d’avoir des relations sexuelles, pour éviter de contracter le virus. Les études ont montré que la PrEP diminue de 90 à 97% le risque d’infection par le VIH, ce qui la rend aussi efficace qu’un vaccin.

La PrEP s’avère donc un mode de prévention particulièrement efficace qui vient s’ajouter aux stratégies existantes. Il s’agit d’une avancée incroyable vers une approche globale en prévention qui permet d’éviter l’infection en fonction du niveau de risque. Aujourd’hui, la PrEP est encore sous-utilisée pour plusieurs raisons qui renvoient à son acceptabilité. Tout d’abord au niveau médical. Étant nouvelle, la PrEP n’est pas encore connue de tous les dispensateurs de soins.

Par ailleurs, la PrEP n’a pas non plus nécessairement bonne réputation dans le sens où on a tendance à l’associer à un relâchement des comportements sécuritaires. Par-là, on comprend essentiellement l’utilisation du condom. Il faut prendre de la distance et regarder cette problématique d’une façon plus globale. Premier exemple : si je reçois un patient gai qui utilise des drogues, présente des problèmes de santé mentale et que je sais pertinemment qu’il est à risque de contracter le VIH dans les prochaines semaines. Je lui prescris la PrEP. Ce serait immoral de ne pas le faire.

Second exemple : les individus qui présentent des troubles d’anxiété importants et sont terrifiés à l’idée de contracter le VIH. La PrEP va leur permettre de se réapproprier leur vie sexuelle et d’avoir le contrôle de leur santé. Il ne s’agit pas simplement de prévention de la transmission du VIH, mais de santé globale.

Une autre reproche fait à la PrEP est d’alimenter largement l’épidémie d’infections transmissibles sexuellement (ITS). Il est vrai que la PrEP ne protège pas contre les ITSS, mais cette épidémie a commencé bien avant la PrEP et concerne également des populations à qui la PrEP n’est pas prescrite (par exemple, les jeu-nes, les hétérosexuels et les femmes enceintes). Si on considère la dynamique PrEP et ITSS d’un autre point de vue, on constate que la PrEP amène en consultation des personnes hautement à risque qui sont ainsi dépistées fréquemment, ce qui peut, à long terme, avoir un impact sur la réduction des ITSS.

Pour toutes les raisons ci-dessus, il est donc important de former les prestataires de soins et la communauté gaie de cette stratégie de prévention, de ses avantages et ce, afin de la rendre disponible et accessible. Rappelons que le VIH n’est pas encore curable. L’espérance de vie des personnes vivant avec le VIH s’est considérablement améliorée, les régimes thérapeutiques sont de plus en plus simples à suivre, le VIH est à présent considéré comme une maladie chronique. Néanmoins, tous les moyens doivent être mis en œuvre pour limiter les nouvelles infections, voire les éliminer. Le VIH demeure une maladie grave, les malades sont très stigmatisés, alors malgré tous ces progrès : « Mieux vaut prévenir que guérir » !

C’est précisément l’objectif qu’a fixé l’ONUSIDA pour 2030, l’éradication du VIH : a) 95% des personnes séropositives doivent connaître leur statut sérologique ; b) 95% des personnes qui sont séropositives doivent prendre un traitement antirétroviral ; c) 95% des personnes qui prennent un traitement antirétroviral doivent avoir une charge virale indétectable. (La charge virale correspond à la quantité de virus dans le sang). Il faut également lutter contre la discrimination et la stigmatisation qui ralentissent le dépistage, l’accès au traitement et fragilisent le maintien dans les soins. Ces objectifs s’inscrivent dans l’initiative des « villes sans sida » que le conseil de la Ville de Montréal a adopté à l’unanimité en juin dernier.

En terminant un petit mot pour les patients vivant avec le VIH. Même si nous n’avons toujours pas de cure, sachez que la recherche dans ce sens est très importante et qu’il faut toujours garder espoir. Un jour nous vaincrons le VIH/SIDA à tous les niveaux.

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