Édition du 21 août 2018

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

États-Unis

Est-ce que les efforts du président Trump pour saboter l'entente sur le nucléaire avec l'Iran sont les signes avant-coureurs d'une guerre avec l'Iran ?

Alors que le prix Nobel pour la paix est attribué à La campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires, nous examinons les déclarations du Président Trump qui indiqueraient qu’il s’engage dans un sabotage de l’entente sur le nucléaire avec l’Iran que le Président Obama a négocié et qu’il cherche la guerre avec l’Iran.

Democracy Now, 10 octobre 2017
Traduction et organisation du texte, Alexandra Cyr

Introduction

Selon le Washington Post, D. Trump devrait déclarer la semaine prochaine que cette entente ne favorise pas les États-Unis et qu’il ne reconduira pas son authentification. Si cela se produisait le Congrès devrait décider ou non de réimposer de dures sanctions économiques contre l’Iran qui pourraient miner cette entente sans précédent. Le Président prend cette posture malgré que son administration soutienne sans aucune hésitation que l’Iran se plie à toutes ses obligations en vertu du traité. En plus, l’Agence internationale de l’énergie atomique répète qu’elle surveille les activités iraniennes dans le détail. Lors de son discours à l’Assemblé générale des Nations Unies le mois dernier, le Président Trump est tombé à bras raccourcis sur ce traité.

Président Trump : L’entente avec l’Iran a été une des pires et des plus biaisée contre les États-Unis dans lesquelles nous soyons jamais entrés. Franchement, ce traité est un embarras pour les États-Unis. Croyez-moi, vous n’avez pas fini d’en entendre parler. Il est temps que le monde entier se joigne à nous pour exiger que le gouvernement iranien mette fin à sa course à la mort et à la destruction. Il est temps que ce régime libère tous les Américains-es et les citoyens-nes d’autres pays qu’il détient injustement. Et, par-dessus tout, il doit cesser de soutenir les terroristes, commencer à servir son propre peuple et à respecter les droits souverains de ses voisins.

Amy Goodman : Jeudi dernier, le Président a émis un message ambigüe durant une rencontre avec les dirigeants des armées en parlant de : « calme avant la tempête » (devant les journalistes).

Président Trump : Vous savez ce que cela veut dire » ? C’est peut-être le calme avant la tempête.

Premier journaliste : Quelle tempête M. le Président ?

Deuxième journaliste : >Qu’est-ce que cela veut dire ?

Président Trump : Il se peut que ce soit le calme, le calme avant la tempête.

Deuxième journaliste : Quelle tempête M. le Président ?

Président Trump : Dans cette pièce, se retrouvent les plus grands militaires du monde. Je vais vous dire, nous allons avoir une grande soirée de réunion. Merci à tous d’être venus, Merci.

Deuxième journaliste : Quelle tempête M. le Président ?

Président Trump : Vous verrez bien.

A.G. : (…) Récemment, D. Trump avait apostrophé ses dirigeants militaires durant une réunion du cabinet leur disant : « Aller de l’avant ….je m’attend à ce que vous me fournissiez un large éventail d’options militaires quand nous en avons besoin et à un rythme accéléré ». Si cette entente avec l’Iran s’effondre il pourra immédiatement reprendre la production d’uranium, le traitement du plutonium plutôt que de n’y arriver que dans 13 ans. Le secrétaire d’État, Rex Stillerson et celui de la défense J. Mattis, ont tous les deux exhorté le Président à maintenir l’entente en vigueur. (…) Le New York Times rapporte que l’administration Trump prévoit élargir sa ligne dure envers l’Iran. Entre autre attaquer son programme de missiles balistiques et ses possibles implications en Syrie, au Yémen et ailleurs au Proche Orient.

Pour en savoir plus, nous nous tournons vers Reza Sayah, un journaliste indépendant qui a été le reporter officiel de CNN à Téhéran pendant 7 ans. Il a couvert les protestations contre le gouvernement en 2009, après quoi les autorités lui ont retiré son permis de travail pour 3 ans. Il est retourné à Téhéran plus tard, notamment pour faire des reportages sur les discussions sur le nucléaire, les élections présidentielles de 2013 et la signature de l’entente sur le nucléaire. Plus récemment, en 2017, il a couvert les élections présidentielles.

(…) Quelle est votre réponse à cette nouvelle qui veut que le Président Trump ne reconduirait pas l’authentification de l’entente sur le nucléaire à compter de la semaine prochaine. Quelle est la réaction des gens chez-vous ?

Reza Sayah : D’abord, je veux vous donner les dernières informations. Il y a tout juste une heure, j’ai parlé à M. Bahram Ghassemi, le porte-parole du Ministère des Affaires étrangères. Il a pris connaissance du reportage du Wahington Post d’hier soir. Il réserve ses commentaires jusqu’au moment où l’administration Trump rendra son annonce officielle.

Avec cette nouvelle, je pense que beaucoup de gens sont intrigués par ce que le Président pourra décider la semaine prochaine. Je pense que beaucoup sont curieux d’entendre l’expression de sa décision. Personne n’est sûr de quoi que ce soit. Évidemment, tout au long de sa campagne à la Présidence, il parlait contre l’entente, l’a traitant de la pire de tous les temps, d’embarras. Ce genre de discours c’est poursuivi au cours des premiers mois de sa Présidence. Après sa rencontre avec M. B. Netanyhu il est revenu avec des déclarations qui suggéraient qu’il allait combattre le traité. Il semble que maintenant, le temps soit venu pour qu’il fasse un effort pour à tout le moins, miner, déstabiliser et affaiblir l’entente.

Ce qui est un peu étonnant dans tout ça c’est que les autres membres à l’entente, (5 autres pays), tous les pouvoirs dans le monde, l’Agence internationale de l’énergie atomique, le chien de garde de l’ONU pour le nucléaire, tous ces groupes sont d’accord pour dire que l’entente fonctionne, que les étroits objectifs qu’elle contient quant à faire reculer le programme nucléaire iranien, sont réalisés. Essentiellement, deux pays s’opposent à ce traité, les États-Unis dirigés par l’actuel Président et le gouvernement israélien sous la conduite du premier ministre B. Netanyahu. Et il semble bien que ces deux pays vont aller à l’encontre du consensus international pour au moins affaiblir l’entente. Nous allons voir ce qui va se passer dans les prochaines semaines.

A.G. : Et que dire du témoignage de Jim Mattis, le secrétaire à la défense qui a dit mardi devant le Congrès qu’il soutenait l’entente ? Bien sûr, les États-Unis ont déclaré que l’Iran était à la hauteur de ses engagements dans le respect du traité.

R.S. : Oui, ça a été dit. Je pense qu’il est très important de voir ce qui va se passer dans les prochaines semaines. Il faut se rappeler une chose ou deux. Les États-Unis n’ont pas l’autorité absolue pour détruire ce traité. Il appartient à l’ONU, au Conseil de sécurité, à la communauté internationale. Il a été endossé par le Conseil de sécurité de l’ONU. Et le processus d’authentification qui exige que le Président américain le ratifie tous les 90 jours et le signifie au Congrès, n’en fait pas partie intégrante. L’Iran utilise cela comme une affaire interne avec les États-Unis. Donc, il se peut que l’Iran ne voit pas (le refus d’authentifier l’entente) comme une violation et ne prenne pas de mesure de rétorsion sévère par la suite. Mais il pourrait redémarrer son programme nucléaire.

Donc, dans les prochains jours ou prochaines semaines, l’important est de connaître la nature de cette annonce. Est-ce qu’il y a une stratégie derrière tout ça ? Et au cours des 60 jours où le Congrès devra décider d’imposer unilatéralement ou non des sanctions liées au programme nucléaire, est-ce qu’il y arrivera ? S’ils le font, il est très probable que l’Iran y voit une violation du traité et passe à un autre niveau.

A.G. : Finalement, que signifieraient de nouvelles sanctions pour la population, pour l’économie de l’Iran ?

R.S. : Je pense que ce serait la perte du peu d’espoir ressentit après la signature (de l’entente) en 2015. Les libéraux modérés espéraient que cela mènerait à de meilleures relations avec l’Occident, avec la communauté internationale et vers un meilleur état de l’économie. Je pense que ces espoirs seraient sûrement érodés. Mais, d’une certaine manière, les Iraniens-nes sont habitués-es à ce genre de traitement. Les bénéfices de l’entent ne sont pas encore très tangibles ; l’économie ne s’est pas améliorée. Et si jamais cela survient, que les tensions augmentent, que l’entente est affaiblie, je pense que la population y verra une preuve de plus que l’intention du gouvernement américain est d’isoler économiquement et politiquement un pays comme l’Iran ce qui ne servira pas les intérêts américains. (L’Iran) n’est pas un pays client (des États-Unis) comme le sont l’Arabie saoudite et Israël pour n’en nommer que deux.

A.G. : Reza Sayah, merci d’avoir été à l’émission. (…) Nous sommes aussi avec Trita Parsi fondateur et président du National Iranian American Council. Il nous parle de Washington D.C. (…) Quelles nouvelles avez-vous depuis Washington ? C’est le Washington Post qui a rapporté que le Président refuserait d’authentifier ce traité sans précédent qui a été approuvé par un bon nombre de pays, pas seulement par les États-Unis et l’Iran. L’annonce devrait arriver la semaine prochaine. Expliquez nous ce que cela signifie, quel est le rôle du Président et celui du Congrès dans cette affaire.

Trita Parsi : Merci Amy. Ce n’est pas complètement surprenant. Des gens savaient que l’administration Trump cherchait des moyens de sortir de cette entente. L’attention s’est portée sur ce que le Congrès ferait après que le Président lui aurait transféré le problème : allait-il ou non réimposer des sanctions (à l’Iran) ?

Mais je pense que le plus important en ce moment est ce que le Président décidera de faire en dehors des règles de l’entente après qu’il aura déclaré la non-reconduite de l’authentification. C’est à ça qu’il faut attacher sa remarque codée sur le calme avant la tempête. Ici, la grande rumeur veut que ce sera une poussée en avant significative, une escalade, contre l’Iran dans la région mais aussi possiblement, des bombardements des avions iraniens, l’organisation de naufrages des navires iraniens dans le golfe persique, faire des troupes iraniennes et leurs alliés en Irak et en Syrie, de véritables cibles. Ce sont les options privilégiées par Washington depuis un bon moment qui repose sur l’idée que depuis bien longtemps, les États-Unis ont été trop conciliants avec l’Iran. Elle était déjà présente au Pentagone sous l’administration Obama. Elle avait été rejetée principalement sur la conviction qu’une petite guerre contre l’Iran ne peut fonctionner. Comment empêcher une petite guerre d’en devenir une grande ?

A.G. : Alors, que va-t-il arriver au Congrès ? (…) Que signifie ce retrait possible du Président Trump de l’entente exemplaire avec l’Iran, malgré que son administration ait confirmé qu’il se pliait à ses engagements et juste après que le prix Nobel de la paix ait été attribué à la Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires ?

T.P. : Avant que je ne parle du Congrès, laissez-moi vous dire une chose. Si on prend du recul on peut voir qu’au cours des 37 dernières années, il n’y a eut qu’un seul moment où les États-Unis ont pu faire changer quelque chose de fondamental au cœur de la politique iranienne. Et c’est par ces négociations sur le nucléaire. Tout ce qui a été tenté autrement, depuis les sanctions aux pressions pour le sabotage, et jusqu’aux menaces de guerre, a échoué. Le seul succès, c’est cette entente sur le nucléaire. Alors, si l’administration Trump est préoccupée par les politiques iraniennes dans la région, si elle veut vraiment que quelque chose change là-bas, il y a un moyen éprouvé pour y arriver et ce sont d’autres négociations. Donc, choisir de ne plus soutenir le traité et poursuivre un chemin qui s’est avéré la route de l’échec n’a de sens que si vous recherchez l’escalade qui peut mener à la guerre. Si ce n’est pas votre intention, il est réellement déroutant de voir ce que le Président pourra faire, est en passe de faire.

Quant au Congrès, il faut dire qu’il ne se précipite pas pour attraper cet enjeu. Il en a déjà bien d’autres sur sa table. En plus il ne les a pas traités avec beaucoup de succès. Et il ne lui a pas été bien difficile de voter contre cette en entente en 2015, particulièrement pour les Républicains-es ; à un moment donné ils et elles ont compris que leur vote serait sans conséquences. En ce moment, il leur faudra endosser le désastre si de nouvelles sanctions sont adoptées parce que cela viole franchement le traité et va causer son effondrement. Cela suscite déjà chez les membres du Congrès des réflexions supplémentaires. Sentir que le Président leur refile la patate chaude crée de la colère et de la frustration.

Mais choisir de ne rien faire ne semble pas à l’ordre du jour, même au Congrès. Il y aura donc certaines mesures. Il sera alors important de voir si ce seront les anciennes sanctions qui seront réimposées ce qui serait une violation évidente du traité ou, est-ce qu’il recherchera une nouvelle manière de faire sans violation explicite de l’entente ? Ce qui leur permettrait de dire : « Nous ne sommes pas responsables de l’effondrement du traité ».

A.G. : Merci Trita Parsi de votre passage à notre émission. (…).

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