Édition du 12 décembre 2017

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Environnement

Eau Secours ! rejette les conclusions de la Commission de l’écofiscalité du Canada sur la tarification de l’eau

Eau Secours ! la Coalition québécoise pour une gestion responsable de l’eau rejette les conclusions sur la tarification de l’eau présentées dans le rapport Cacher les aqueducs mais pas leurs coûts de la Commission de l’écofiscalité du Canada. Selon Eau Secours ! l’instauration de « redevances d’utilisation » est une mesure inefficace pour réduire la consommation de l’eau et injuste pour les citoyens et les citoyennes.

Selon Eau Secours !, les « redevances d’utilisation » proposées par la Commission de l’écofiscalité du Canada ne réduiront pas la consommation d’eau des ménages et ne protégeront pas la qualité de la ressource. « Ce que la Commission de l’écofiscalité du Canada appelle des redevances d’utilisation, nous appelons cela une tarification de l’eau. Et il a été démontré que faire payer l’eau potable mène à une réduction des quantités consommées uniquement pour les consommateurs industriels et certains gros commerces, mais que ce raisonnement est tout à fait faux lorsqu’on l’applique à la population, » explique Mme Alice-Anne Simard, directrice générale d’Eau Secours !

L’organisme rappelle que la consommation d’eau par habitant plus élevée à Montréal s’explique en partie par le fait que plusieurs entreprises basées à Montréal sont de grandes consommatrices d’eau, comme Pepsi, qui embouteille l’eau de la ville pour remplir ses bouteilles de marque Aquafina, et Molson. Cette consommation élevée s’explique aussi par les pertes d’eau potable en raison des fuites dans les canalisations, qui s’élèvent à 30% à Montréal. « Imposer un tarif à la population ne permettra pas de réduire la consommation des industries, commerces et institutions et les fuites du réseau. Faire payer les gros consommateurs industriels et réparer les canalisations sont les seules mesures véritablement efficaces pour réduire le gaspillage de l’eau, comme le démontre le fait que Montréal a réussi à diminuer de 28% sa consommation d’eau depuis 2001 et ce, sans compteurs d’eau résidentiels » affirme Mme Simard.

Selon Eau Secours !, la Commission de l’écofiscalité du Canada a omis de présenté des études de cas où des villes ont réussi à conserver la ressource et réduire le gaspillage sans le recours à la tarification des ménages. La consommation d’eau par habitant de la Ville de Québec est présentée dans le rapport de la Commission comme semblable à la moyenne canadienne. Pourtant, Québec n’impose pas de tarification de l’eau aux citoyens et citoyennes. De la même manière, Sherbrooke a choisi en 2002 de ne pas acheter de compteurs d’eau résidentiels et d’adopter une stratégie de réduction des fuites et de sensibilisation de la population. La ville se classe maintenant parmi les cinq meilleures au Québec pour l’économie d’eau. « Pourquoi les auteurs ne présentent-ils pas Québec et Sherbrooke comme des exemples de bonnes pratiques ? » questionne Mme Simard.

La sensibilisation et l’éducation du public, les compteurs d’eau pour les ICI et les investissements gouvernementaux pour développer et entretenir les réseaux d’approvisionnement et de traitement de l’eau municipaux sont présentés par Eau Secours ! comme leurs seules mesures réellement efficaces pour réduire la consommation et protéger la qualité de l’eau.

Eau Secours ! présente aussi la tarification de l’eau comme une mesure injuste pour la population. « La tarification des services publics affecte toujours plus les ménages à faible revenu, qui doivent consacrer une plus grande part de leur revenu pour avoir accès au service. Or, les citoyens et les citoyennes de toutes les municipalités du Québec assument déjà leur juste part du fardeau fiscal en matière de gestion de l’eau par le biais des taxes municipales, » explique la directrice générale d’Eau Secours !

Selon l’organisme, le rôle des taxes municipales est déjà de financer les infrastructures et de protéger la qualité de l’eau. « Ces taxes sont une mesure progressive, puisque que les propriétaires les plus aisés, dont les résidences valent plus cher, ont des taxes foncières plus élevées et paient donc plus pour ce service. De plus, ces propriétaires sont habituellement les plus grands consommateurs d’eau. Les taxes foncières permettent donc déjà que les ménages paient pour l’eau municipale selon leurs moyens, » explique Mme Simard.

Eau Secours ! s’inquiète des répercussions de la tarification de l’eau sur les ménages les plus démunis. Mme Simard cite en exemple des cas en Grande-Bretagne où les ménages les plus démunis ont réduit le nombre de douches et de lavage des mains suite à l’installation de compteurs d’eau résidentiels, ce qui a entraîné une augmentation des coûts de santé publique. De la même façon, Eau Secours ! s’interroge sur les moyens utilisés par les villes si les ménages ne paient pas les tarifs d’eau. « Si des ménages n’arrivent pas à payer leur facture d’eau, allons-nous tout simplement les débrancher ? Nous voyons mal les villes commencer à jouer à la police de l’eau et couper ce service essentiel aux personnes qui n’arrivent pas à le payer, » explique Mme Simard.

Selon Eau Secours !, la Commission de l’écofiscalité du Canada a une vision marchande de l’eau qui est inquiétante et qui va à l’encontre des recommandations des Nations Unies. « L’eau, c’est la vie. On ne peut pas lui donner une valeur économique comme n’importe quel autre actif. Donner un prix à l’eau et faire payer les gens pour s’en procurer limite l’accès de la population à ce service public indispensable. L’Assemblée générale de l’ONU a reconnu en 2010 que l’accès à l’eau potable est un droit humain fondamental et nous croyons que tarifer l’eau des ménages menace ce droit, » conclut Mme Simard.

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