Édition du 12 décembre 2017

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Débat sur les politiques d’alliance

Écœuré des péquisteries

On a beau penser ce qu’on veut de Québec solidaire, il faut avouer une chose : ces gens-là se tiennent debout. Ils n’essaient pas de passer pour ce qu’ils ne sont pas : avec eux, « What you see is what you get ». Ils sont situés à gauche de la gauche, et ils le disent fièrement. Tu n’aimes pas la gauche radicale ? Vote pour un autre parti !
- Richard Martineau, 12 mai 2016, Éloge à Québec solidaire

C’est un peu triste de commencer un article en citant du Richard Martineau, mais c’est nécessaire aujourd’hui. C’est quand même navrant que même lui comprenne mieux la mouvance de Québec solidaire qu’une majorité des militants et électeurs du PQ après 11 ans d’existence.

Je suis écœuré des péquisteries que je vois quotidiennement. Que Québec solidaire est communiste, que QS est un allié des libéraux, qu’ils sont de faux indépendantistes, une création de la famille Desmarais pour diviser le vote, des idiots utiles pour l’islam radical, des rêveurs, des imposteurs, et je ne parlerai même pas des attaques personnelles contre le physique de Manon Massé.

Surtout, je ne suis plus capable de lire des péquistes dénigrer le vote pour Québec solidaire en regardant chacun des votes solidaires comme un objet qu’on lui a volé. Je n’ai jamais voté une seule fois pour le PQ, et c’est le cas de bien d’autres.

Vous me direz avec raison qu’il n’y a pas que les péquistes qui tiennent le même genre de propos contre Québec solidaire, mais il n’y a que les péquistes qui nous regardent de haut avec un air paternaliste tout en quémandant notre vote ou une alliance pour sauver la face.

Notez que je ne parle pas du PQ, mais bien des péquistes. Je n’ai jamais aimé le parti, mais ce sont certains de ses partisans qui commencent à m’énerver encore plus que les positions économiques du PQ semblables à celles des libéraux. Les trolls péquistes sont un réel problème comme le soulignait PSPP dernièrement.

Parlons de la division du vote sur laquel les péquistes adorent se plaindre au lieu de se regarder dans le miroir. La ligne que tout le monde semble utiliser ces temps-ci est que « les libéraux sont morts de rire » en voyant cette division. C’est une façon de voir les choses, mais c’est incomplet si on veut jouer à ce jeu de qui rira le dernier.

C’est Bombardier qui est mort de rire en sachant qu’ils auraient eu leurs milliards en subvention, peu importe qui gouverne entre le PQ et le PLQ. Ce sont aussi les entreprises pharmaceutiques, les pétrolières, les banques, les minières qui exploitent nos richesses naturelles, les alumineries qui prennent notre électricité presque gratuitement ou ceux qui utilisent les paradis fiscaux qui sont morts de rire depuis des décennies avec l’alternance des vieux partis. Avec le PQ, PLQ ou même la CAQ au pouvoir, il n’y a pas de danger que leurs affaires soient remises en cause d’un iota.

À l’autre bout du spectre, ceux qui vivent dans la précarité sont aussi morts de rire à voir les péquistes présenter leur parti comme de l’or en barre et la grande solution pour quatre ans aux libéraux. Leur situation quotidienne ne s’améliorera pas avec l’alternance PQ-PLQ et ils le savent très bien.

Le parti de René Lévesque et ses militants devraient aussi commencer à regarder dans leur propre cour pour trouver de la division, au lieu de constamment blâmer tout ce qui bouge de diviser le vote.

Les partisans du PQ ainsi que le parti sont divisés entre ceux qui veulent réaliser l’indépendance au plus sacrant et d’autres qui veulent tranquillement tasser le sujet. Ils sont divisés entre ceux qui veulent parler d’identité et qui durcissent de plus en plus leurs positions face à l’immigration, contre l’autre frange qui souhaiterait passer à autre chose et enterrer la charte des valeurs. Il y a aussi de la zizanie entre la gauche et la droite, puisque tenter de se rapprocher de QS enrage l’aile droite ou nationaliste et c’est la même chose avec l’aile progressiste lorsque le PQ tente de jouer sur le terrain de la CAQ.

Je lève mon chapeau au PQ qui a tenu si longtemps avec toutes ses divisions internes au nom de la cause indépendantiste, mais nous ne sommes plus en 1977. C’était beau avant, mais aujourd’hui ces divisions internes sont cacophoniques et annoncent une mort lente, mais certaine.

D’ailleurs, si la famille Desmarais s’amusait à créer des partis politiques pour mieux diviser le PQ, il leur suffirait simplement de créer le Front national du Québec pour achever le PQ une fois pour toutes. Le PQ imploserait en deux tellement l’idée de s’en prendre à l’immigration est répandue chez les électeurs et électrices du parti.

Pour être bien franc avec vous, j’ai déjà écrit des articles ici même dans le Huffington Post Québec concernant la convergence entre QS et le PQ. J’étais pour, mais je suis en train de changer d’idée. Je me demande si j’ai vraiment envie d’aider les péquistes d’une quelconque façon. Si nous sommes des rêveurs et idiots de voter pour QS, j’ai envie de les laisser se démerder avec l’autre 86% de la population qui est terre-à-terre et intelligente. Il y a de quoi se forger une majorité là-dedans, amusez-vous entre adultes responsables !

J’ai regardé avec le site Too close to call et ses projections tenant compte du dernier sondage qui place QS à 14%. En additionnant bêtement le vote de QS et le PQ, les deux partis pourraient prendre 12 sièges aux libéraux. En additionnant bêtement le vote du PQ et de la CAQ, les deux partis pourraient prendre 17 sièges aux libéraux. Dans les deux cas, le PQ n’obtiendrait pas une majorité de 63 sièges et les vrais rêveurs sont ceux qui pensent qu’avec une alliance tout le monde irait voter du bon bord. Je ne fais pas plus confiance aux péquistes de se lever pour aller voter QS qu’aux solidaires d’aller voter pour le PQ.

Une autre constatation de l’analyse de Too close to call est que le PQ et QS seraient en compétition directe dans 5 circonscriptions. Le PQ et la CAQ seraient en compétition directe dans 34 circonscriptions. C’est qui les méchants qui divisent le vote déjà ?

Je doute également de l’honnêteté de Jean-François Lisée avec toutes ses sorties pour la convergence. Ce qu’il a fait dans la partielle de Verdun était à la limite de la démagogie, sachant très bien que QS avait déjà sa candidate, qu’il était trop tard pour une candidature commune et que QS n’aurait pas le temps de consulter ses membres. Et pour ce qui est de Gouin et l’absence de candidature du PQ face à Gabriel Nadeau-Dubois, ça me semble aussi plus stratégique qu’un geste d’ouverture. Le PQ va sauver de l’argent, du temps et s’éviter une autre défaite monstrueuse sur l’île de Montréal. C’est plus payant ne rien faire et faire passer QS pour les vilains plus tard. « On aura tout essayé » qu’il dira, avant de supplier le vote solidaire de lui accorder sa confiance.

Allez, une dernière péquisterie pour finir concernant l’accusation répandue que QS attaque plus souvent le PQ que les libéraux. C’est faux, le parti orange charge plus souvent les libéraux, mais les péquistes ne le voient pas étant pris dans la logique des complots contre eux et les accusations de haute trahison fédéraliste envers tout ce qui critique le PQ.

Je vais personnellement tenter de suivre le conseil des péquistes. C’est vrai que j’ai trop parlé du PQ dans les dernières années. Il est peut-être temps de les ignorer, les laisser mourir en paix et travailler plus fort à expliquer les idées de Québec solidaire en regardant uniquement vers l’avenir. Le travail ne manquera jamais de notre côté, c’est bien vrai qu’on devrait arrêter de se soucier des autres partis !

Eric Beaudry

Militant socialiste et blagueur sur Huffington Post Québec.

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