Édition du 19 juin 2018

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Élections Québec 2014

Élections provinciales : position du conseil central du Montréal métropolitain-CSN

Le Conseil central du Montréal métropolitain-CSN a tenu une assemblée générale spéciale de ses membres ce soir (19 mars NDLR) sur les élections provinciales. Voici les propositions adoptées par les délégué-es.

Élections québécoises 2014 : éléments de conjoncture

À l’automne 2012, les Québécoises et les Québécois renvoyaient le Parti libéral du Québec occuper les sièges de l’opposition et élisaient un gouvernement péquiste minoritaire. Il faut dire que les derniers mois du « régime Charest » avaient été marqués par une approche particulièrement intransigeante et hautement répressive lors de la lutte étudiante. Refus systématique de négocier, adoption d’une loi liberticide1 attaquant le droit d’association et celui de manifester, odeur de malversations et de collusion flottant autour du parti libéral, face à tout cela, les citoyennes et les citoyens en ont eu assez et ont montré la porte à Charest.

Arrivé au pouvoir, le PQ s’est empressé de remplir certaines de ses promesses électorales, dont l’abolition de l’odieuse loi 12 et la fermeture de Gentilly 2. Ceci aurait pu laisser place à quelques hypothétiques espérances, mais on doit reconnaître que les objets de réjouissance ont été fort peu nombreux et très éphémères. Rapidement, on a assisté à plusieurs reculs et décisions répondant davantage aux exigences des marchés financiers et des chambres de commerce qu’aux besoins de la population en général, et ce, malgré les engagements pris lors de la campagne électorale :

• Reculs sur l’abolition de la taxe santé et sur l’augmentation des impôts des gens faisant 100 000 $ et plus par année, tout en sabrant dans l’aide sociale chez les couples ayant un enfant de moins de 5 ans et chez les personnes de plus de 55 ans ;

• reculs face aux exigences des minières ;

• prise de position favorable à l’exploitation pétrolière sur l’île d’Anticosti sans égard aux enjeux environnementaux ;

• promesse brisée d’annuler la hausse des tarifs d’électricité prévue par les libéraux ;

• abolition de la hausse des droits de scolarité mais en les indexant ;

• baisse des crédits d’impôt des étudiantes et des étudiants de 20 % à 8 % ;

• dépôt d’un premier budget à l’automne 2012 marqué par une course au déficit zéro ;

• dépôt d’un budget d’austérité du ministre Marceau à l’hiver 2014 qui comprend, entre autres, une hausse des tarifs des frais de garde ainsi que plusieurs éléments qui font craindre que les balises pour la négociation du secteur public soient déjà tracées ;

La liste pourrait être encore très longue mais une chose est claire, les politiques du PQ visent une réduction des dépenses et, par conséquent, des services publics plutôt que d’augmenter les revenus de l’État pour répondre aux besoins de la population. Le budget Marceau prévoyait limiter la croissance des dépenses de l’État à 2 % en moyenne, et à 3 % pour la santé et les services sociaux. Cette croissance ne peut couvrir les coûts du système, ce qui laisse prévoir d’importantes coupes dans les services.

Front syndical : chaudes luttes à venir !

Le CCMM−CSN a dénoncé sur la place publique l’arrivée de Pierre Karl Péladeau en politique. Pour nous, il s’agit d’un véritable affront à l’endroit des travailleuses et des travailleurs. Malgré que le PQ prétende le contraire, son arrivée marque la plateforme du parti. La veille de l’annonce de sa candidature, le PQ a retiré la promesse de moderniser la loi anti-briseurs de grève. L’association avec PKP, conjuguée au budget d’austérité de Marceau dévoile la vraie nature du PQ, soit celle d’un parti néolibéral. Aussi, bien que la plateforme du PQ comporte encore des engagements quant à la protection des travailleuses et des travailleurs, ceux-ci manquent de précision.

Évidemment, les attaques aux droits des travailleuses et des travailleurs ne viendront pas que de ce seul front. La CAQ y est allée effrontément la semaine dernière, en affirmant son intention d’imposer le vote secret lors du processus d’accréditation syndicale et de son maintien de restreindre l’utilisation des cotisations syndicales aux relations de travail et de rendre publics les états financiers des syndicats.

c’est en riposte aux tactiques d’intimidation auxquelles recourent les patrons. Comme le rappelle un communiqué de la CSN émis le 11 mars dernier, « Les exemples de congédiements pour activités syndicales sont légion. Ne pensons qu’aux tentatives de syndicalisation des Walmart, McDo, Couche-Tard et chez de nombreux employeurs d’ici. Les signatures de cartes d’adhésion, qui requièrent la majorité des travailleurs visés par l’accréditation doivent se faire dans le plus grand secret pour éviter les sanctions. Une période de vote servirait aux patrons (pour) disposer d’un plus grand laps de temps pour exercer des pressions indues, menacer de fermer et empêcher leurs salarié-es de se donner un syndicat dans les règles démocratiques convenues. »

Un parti clairement à gauche : Québec solidaire

Les dernières élections auront permis l’arrivée d’une deuxième députée de Québec solidaire à l’Assemblée nationale, Françoise David. La présence d’Amir Khadir et de Françoise David à l’Assemblée nationale permet de mettre de l’avant bon nombre de préoccupations qui, sinon, passeraient inaperçues ou ne seraient pas traitées par le gouvernement.

Les votes reçus par QS lors de la dernière élection ont permis de renforcer sa présence et ont consolidé ses moyens pour fonctionner. Considérant les recommandations adoptées au fil du temps en congrès du conseil central à l’effet de travailler à la création d’une alternative politique de gauche qui réponde à nos orientations, nous ne pouvons que nous réjouir d’une telle situation. L’arrivée d’un plus grand nombre de candidates et de candidats résolument de gauche pourrait influencer l’adoption de politiques plus progressistes.

Il va sans dire que, sur plusieurs enjeux, les positions de Québec solidaire sont celles qui se rapprochent le plus des nôtres, qu’il s’agisse, par exemple, de la défense des services publics, de la dénonciation du déficit démocratique qui entoure la négociation de l’Accord économique sur le commerce global (AECG) entre le Canada et l’Europe, de leurs prises de position contre l’exploitation pétrolière dans le fleuve Saint-Laurent et les pipelines transportant le pétrole extrait des sables bitumineux, de leurs engagements quant à l’amélioration du droit à la syndicalisation ou encore de leurs projets de loi sur l’équité en matière de retraite et sur les mesures anti-briseurs de grève.

Par ailleurs, QS ne doit pas échapper à notre vigilance quant à la réalisation de ses engagements. Il ne manque pas d’exemples sur cette planète de partis de gauche au gouvernement qui cèdent sous les pressions des marchés financiers et qui appliquent des politiques d’austérité allant à l’encontre des intérêts du bien commun.

Aussi, nous aurons l’oeil ouvert quant à la façon dont QS prévoit mettre en oeuvre certains éléments de son programme, par exemple, l’ouverture des CLSC 24/24, 7 jours semaine. Si l’idée peut sembler intéressante, nous souhaitons la pleine reconnaissance des droits des salarié-es tout en tenant compte de leur expertise quant aux conditions à mettre en place pour s’assurer du succès d’une telle entreprise.

Renforcer la démocratie et la participation citoyenne

La démocratie ne se limite évidemment pas au fait de voter pour ceux et celles qui prendront les décisions qui régiront notre quotidien et affecteront notre avenir pour les décennies qui viennent. Mais nous croyons que nous devons profiter de l’occasion du renouvellement du gouvernement pour faire valoir nos revendications et obtenir des engagements des candidates et des candidats qui prétendent représenter les intérêts du peuple. Une démocratie forte repose sur la mobilisation des citoyennes et des citoyens. À cet égard, nous pensons que la campagne Et si on avançait a constitué un bon point de départ pour débattre avec nos membres d’un projet de société progressiste et solidaire. La campagne électorale est une bonne occasion pour poursuivre la discussion avec les membres dans nos syndicats. À nous toutes et tous de continuer de mettre l’épaule à la roue !

Enfin, nous ne pouvons faire abstraction du fait que notre mode de scrutin introduit des distorsions qui ne reflètent pas la volonté réelle des citoyennes et des citoyens quant à la désignation de ceux et celles qui les représentent. Par conséquent, pour renforcer notre démocratie, nous devons remettre au premier plan la revendication d’un mode de scrutin proportionnel mixte.

Recommandations

Attendu que voter est un droit fondamental ;


Attendu la nécessité d’utiliser tous les moyens appropriés pour améliorer les conditions de travail et de vie des travailleuses et des travailleurs ainsi que celles de l’ensemble des citoyennes et des citoyens du Québec ;


Attendu l’urgence d’élire des personnes qui sauront pleinement défendre les intérêts de l’ensemble des travailleuses et des travailleurs, de la population en général et, en particulier, de ses membres les plus vulnérables ;


Attendu la nécessité d’élire à l’assemblée nationale des personnes provenant de partis dont le programme est progressiste, protravailleuses et protravailleurs et clairement en rupture avec le néolibéralisme ;

Il est proposé que le CCMM−CSN

· invite les membres de ses syndicats affiliés et la population québécoise à exercer massivement leur droit de vote le 7 avril 2014 ;


· invite les membres de ses syndicats affiliés à prendre activement part à la campagne électorale, notamment en interpellant les candidates et les candidats des différentes formations politiques afin de mettre de l’avant nos principales revendications ;


· invite ses syndicats affiliés à poursuivre avec leurs membres les discussions amorcées lors de la campagne Et si on avançait ;


· invite les membres de ses syndicats affiliés et la population québécoise à voter pour des candidatures progressistes, protravailleuses et protravailleurs et clairement en rupture avec le néolibéralisme. Qu’il affirme que le parti qui représente ses principes et ses orientations est Québec solidaire et que conséquemment, il les invite à considérer les candidatures de ce parti.

Attendu la nécessité de revoir le mode de scrutin

Il est proposé que le CCMM−CSN

· participe à l’événement Pour que chaque vote compte organisé par le Mouvement pour une démocratie nouvelle (MDN) le 22 mars prochain et qu’il invite les membres de ses syndicats affiliés à faire de même.

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