Édition du 13 février 2018

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Médias

En France, Le Média, télévision alternative face aux « mainstream »

Nous publions un extrait d’un article paru dans Mediapart.fr intitulé "Des gauches européennes tentent de construire leurs médias" qui examine différentes expériences journalistiques nouvelles, notamment dans le monde audiovisuel en France, en Espagne et en Grande-Bretagne. Nous retenons la présentation de la télévision web "Lemediatv.fr" en France. (NDLR - PTAG)

Cela n’arrive pas si souvent en France : la création d’une chaîne de télévision. Et celle-ci, baptisée du nom univoque et fédérateur de Le Média, a réussi son coup : être déjà célèbre – voire célébrée par des aficionados de la première heure – avant même d’avoir diffusé la moindre seconde de programme d’information. Le Média a été officiellement lancé début octobre 2017.

Raison première d’un bouche à oreille efficace qui a forgé une notoriété précoce : elle a été créée par deux très proches de Jean-Luc Mélenchon, fondateur de La France insoumise. Il s’agit de Sophia Chikirou, conseillère en communication de l’ex-candidat à l’élection présidentielle, et Gérard Miller, psychanalyste cathodique, soutien revendiqué du député des Bouches-du-Rhône.

La gauche de la gauche en rêvait, la constellation insoumise l’a donc fait : réussir à lancer une chaîne de télévision – uniquement diffusée sur le Web à ce stade – alternative et progressiste pour contrer les médias dits mainstream comme BFMTV, CNews, TF1 ou les chaînes de service public, tant décriées par la FI. Le mouvement n’a cessé de rejeter « les 9 milliardaires qui possèdent 90 % de la presse de ce pays », comme l’indiquait déjà Jean-Luc Mélenchon pendant sa campagne.

Le même a d’ailleurs creusé ce sillon fin 2017 en lançant une pétition afin que soit mis sur pied un conseil de déontologie du journalisme, à la suite de sa venue, le 30 novembre, dans l’émission politique de France 2. Le président du groupe de La France insoumise à l’Assemblée nationale reprochait « des fautes déontologiques récurrentes » et, plus généralement, demandait que chaque citoyen ait des possibilités de recours « en cas de mensonge ou de duperie médiatique ».

Dans ce contexte politique, Le Média tente de se faire une place face aux principales chaînes publiques et privées. D’ailleurs, en attaque du JT diffusé tous les jours du lundi au vendredi depuis le 15 janvier 2018, la présentatrice et rédactrice en chef, Aude Rossigneux, déclare que « le 20 heures s’est échappé de la télé », comme pour bien imprimer cette nouvelle marque déposée dans l’esprit des internautes.

Jean-Luc Mélenchon en personne, via Twitter, par mail direct aux militants insoumis et sur sa chaîne Youtube, a appelé à soutenir Le Média et à en devenir « socio ». Les « socios » sont les contributeurs financiers, censés devenir copropriétaires de la structure juridique, aujourd’hui encore traversée de zones de flou.

En régie, une partie de l’équipe a bel et bien travaillé aux côtés ou en faveur de l’ex-candidat à la présidence de la République : Manon Monmirel, suppléante du député insoumis de Seine-Saint-Denis, Éric Coquerel ; Mathias Enthoven, ancien coresponsable de la campagne numérique du candidat Mélenchon ; Maxime Viancin, graphiste qui a travaillé avec la FI ; Michel Mongkhoy, notamment coresponsable d’un groupe d’action de la FI à Paris ; Julie Maury et Romain Spychala, animateurs sur la web-radio Les jours heureux de la FI.

Cette proximité entre personnels et soutiens du Média avec La France insoumise, que Mediapart avait documentée dès son lancement en octobre dernier, a tout à la fois desservi l’image de ce nouveau média et attiré nombre de supporteurs. La curiosité était forte de découvrir une nouvelle façon de produire de l’information télévisuelle.

Depuis le 15 janvier donc, Le Média propose un JT de 30 minutes, de facture classique dans la forme – plateau simple, femmes et hommes troncs –, avec une pyramide de brèves résumant l’actualité, suivie de deux ou trois sujets de fond présentés par l’un ou l’une des journalistes de la rédaction. Originalité principale : une hiérarchie de l’information qui veut prendre le contre-pied des concurrents établis.

Exemplele 24 janvier : un sujet sur les soldes sous l’angle de la pénibilité et des conditions de travail des vendeuses, un plateau sur les inondations avec l’interview d’un spécialiste pour parler prévention des crues, un entretien avec un responsable de Médecins sans frontières sur la politique envers les migrants, une chronique sur l’arrivée de la Bulgarie à la présidence tournante de l’Union européenne et une séquence « culture » consistant en un entretien avec une chanteuse et un pianiste de jazz (Sarah Lancmann et Giovanni Mirabassi).

Pendant ce temps,sur France 2 par exemple, le JT fait la part belle aux inondations (5 reportages) et se poursuit avec les chiffres du chômage (2 sujets), l’Arabie saoudite (2), le conflit contre les Kurdes de Syrie (2), la réforme du Parlement (2), le procès de Jawad Bendaoud (1), la question des djihadistes en prison (1) et un reportage sur un projet « d’Hyperloop » (un train à très grande vitesse).

Des rubriques récurrentes tentent de se faire une place comme rendez-vous hebdomadaire : la météo sociale, qui recense les conflits ou grèves en France, ou le long entretien de Noël Mamère, ex-député écologiste et ancien présentateur du JT de France 2 dans les années 1980.

Ce qui caractérise profondément l’approche du Média, au-delà d’un manque flagrant de moyens pour faire aujourd’hui une « vraie » télévision, c’est une approche très sociale et écologiste dans le traitement des événements. Ainsi, pour parler de l’élection de George Weah à la tête du Liberia, c’est l’enjeu de la privatisation des terres agricoles par des multinationales qui est privilégié. En complet lien avec le manifeste sur la base duquel le projet a été lancé.

Sur Le Média, on parle « d’exilés » plutôt que de « migrants », on aborde la politique économique sous l’angle des conflits sociaux plutôt que de la réussite des start-up et l’on y creuse des axes de réflexions sur la société à travers des interviews d’intellectuels et de chercheurs positionnés à gauche, plutôt que d’inviter des éditorialistes connus. Ceci afin de sortir d’un traitement médiatique de l’actualité jugé politiquement correct et d’une pensée libérale dénoncée dès le départ.

Le Média, qui ne souhaite pas simplement produire de l’information, a vocation à étoffer ses programmes. À court terme avec une émission dite d’éducation populaire, et déjà avec ladiffusion de documentaires et de pastilles vidéo notamment, comme celle intitulée Astérisque* visant à « décrypter tous les néologismes politico-médiatico-financiers ».

L’objectif, comme l’avait confié à Mediapart Sophia Chikirou début octobre 2017 : « En faire une chaîne de télévision complète à horizon de deux ou trois ans sur la TNT. » Les débuts, cahin-caha avec très peu de journalistes venus de l’univers de la télévision, ne permettent pas encore de prédire si le pari sera réussi. Sur Youtube, les différents JT rassemblent entre 111 000 vus, pour le premier, et 30 000 vus pour les moins visionnés. Pas de quoi encore attirer de la publicité, qui fait partie à terme du modèle économique.

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