Édition du 16 octobre 2018

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Asie/Proche-Orient

En Géorgie, le pouvoir craint une contagion de la révolte arménienne

Puissante éminence grise du pouvoir géorgien, le milliardaire Bidzina Ivanichvili, officiellement retiré des affaires depuis 2013, vient d’annoncer son retour sur la scène politique. Les observateurs géorgiens y voient une conséquence des récents événements révolutionnaires dans l’Arménie voisine.

Tiré de Courrier international.

Le milliardaire et ex-Premier ministre géorgien Bidzina Ivanichvili, après son élection à la tête du Rêve géorgien le 11 mai. Georgian Dream Party / Handout / Anadolu Agency

Le 11 mai, le milliardaire Bidzina Ivanichvili a effectué son retour en politique. L’ex-Premier ministre (2012-2013) et fondateur du parti Rêve géorgien, vainqueur du scrutin législatif de 2012 qui a chassé du pouvoir le président Mikheïl Saakachvili (2004-2013), avait renoncé à toutes ses fonctions officielles en novembre 2013. Lors du congrès du Rêve géorgien, il a repris la présidence de son parti “à la demande” du Premier ministre Guiorgui Kvirikachvili, afin de “consolider le parti et lui impulser une nouvelle dynamique”, rapporte le site géorgien InterpressNews

Absent de l’arène politique et des écrans de télévision depuis cinq ans, Ivanichvili a pourtant continué à exercer une influence déterminante sur la politique géorgienne. Et voilà qu’il “revient pour sauver [la Géorgie] du crash, car le Rêve géorgien est en profonde crise”,écrit le média en ligne Ekho Kavkaza. “La crise du parti au pouvoir menace de dégénérer de manière incontrôlable, et le seul à pouvoir l’empêcher est Ivanichvili”, analyse l’expert Ghia Khoukhachvili.

Inquiétude chez les oligarques géorgiens

“Le retour d’Ivanichvili dans la lumière montre que non seulement son parti, mais le pays tout entier traverse une crise profonde”, estime Guiga Bokeria, membre du parti Mouvement national (opposition), de Mikheïl Saakachvili. Ce dernier, passible de onze ans de prison en Géorgie, inculpé de quatre chefs d’accusation, ne s’est pas privé du plaisir de commenter la situation sur Facebook : “Les protestations en Arménie, où l’on déboulonne l’oligarchie, font peur à Ivanichvili, et il cherche des gages de sécurité personnelle en reprenant ouvertement pied sur la scène politique”,rapporte le site Novosti Grouzia.

Ce retour est dû aux luttes claniques au sein du Rêve géorgien qui reflètent le fait que “le parti est envasé jusqu’au cou dans la corruption et le népotisme, comme ce fut le cas du Mouvement national de Saakachvili, et de l’Union des citoyens d’Edouard Chevardnadze [président de la Géorgie de 1992 à 2003]”, estime le journal géorgien Sakartvelo da Msoplio. Pour sauver les meubles, Ivanichvili choisira probablement de renforcer la “verticale du pouvoir autoritaire” au sein de sa formation.

Élections générales en octobre

“Sauf catastrophe de dernière minute, le Rêve géorgien a toutes les chances de gagner les élections présidentielle, législatives [depuis 2013, la Géorgie est une république parlementaire] et locales d’octobre prochain”, pronostique le journal. Mais si Ivanichvili échoue à améliorer la situation, “il finira comme Saakachvili en 2012 et Serge Sargsian en 2018 [ex-président et Premier ministre arménien poussé à la démission par la rue]”.

Le mécontentement se fait sentir dans la société, insatisfaite du peu de réalisations et du peu de promesses tenues par le Rêve géorgien, que Sakartvelo da Msoplio, sarcastique, propose de rebaptiser “Hallucination géorgienne”. Les Géorgiens “se bercent d’illusions quant aux faits que des événements comme ceux du printemps 2018 en Arménie ne peuvent plus se reproduire chez eux. Mais la Géorgie n’est pas assurée contre les situations où le marasme politique tourne à la violence, comme ce fut le cas lors des dernières années de règne de Saakachvili.”

Le spectre du populisme

Le pouvoir actuel ne démord pas de son postulat fondateur : le départ du Rêve géorgien équivaudrait au retour du Mouvement national de Saakachvili, perspective terriblement redoutée par la majorité de la population. Mais “l’échec du pouvoir à sortir le pays de la stagnation crée un terrain propice à l’apparition de leaders populistes. Le risque de voir remonter sur scène un ‘nouveau Saakachvili’ est donc assez élevé”.

Le rassemblement, le 12 mai, au centre de Tbilissi de quelques centaines de jeunes acteurs de la vie nocturne géorgienne sous la bannière du mouvement White Noise, pour protester contre les interventions musclées antidrogue de la police dans deux clubs branchés de la capitale, pourrait être interprété comme une première alerte pour le pouvoir.

Alda Engoian

Alda Engoian

Auteur pour Courrier international.

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