Édition du 12 décembre 2017

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Asie/Proche-Orient

En Inde, après le viol, le cauchemar continue

Cinq ans après le viol en réunion et le meurtre d’une étudiante dans un bus de la capitale, le pays a renforcé son arsenal législatif. Dans les faits, les victimes de violences sexuelles subissent des pressions visant à les décourager de porter plainte et des tests médicaux dégradants.

Tiré de Humanite.fr

Aranya Johar a très tôt menti sur son âge. À 13 ans, de mèche avec sa mère et son frère, la jeune slameuse indienne montait sur scène pour mettre tout un pays face à ses vérités. Aujourd’hui majeure, la rapidité de son débit se confond avec l’insécurité quotidienne vécue par les femmes du sous-continent. Elle fut elle-même harcelée dans la rue à l’âge de neuf ans. « Le premier garçon qui m’a tenu la main m’a dit que les garçons ne voulaient pas entendre parler des règles. J’ai tout de suite senti la misogynie. Les vagins ne servent qu’à être pénétrés », lâche-t-elle. Accélérer le pas en fin de journée pour ne pas risquer sa vie et protéger une virginité qui relève toujours du sacré, viol conjugal, attaques à l’acide, injonction masculine à se couvrir le corps… ses chansons révèlent l’urgence. Car, cinq ans après le viol collectif et le meurtre d’une jeune étudiante dans un bus de New Delhi, peu de choses ont changé. En 2016, 79% des indiennes disaient avoir été agressée sexuellement au moins une fois.

Battues par la police

En Inde, les victimes de viol se heurtent toujours à « d’importants obstacles pour obtenir justice et avoir accès aux services d’aide essentiels », selon un rapport de Human Rights Watch publié le 8 novembre à partir d’enquêtes dans l’Haryana, l’Uttar Pradesh, le Madhya Pradesh, le Rajasthan, à New Delhi et Mumbai. Si le pays a renforcé son arsenal législatif en matière de violence faites aux femmes, la police, les médecins et la justice restent peu enclins à assurer la protection des victimes surtout lorsqu’elles « appartiennent à une communauté économiquement ou socialement marginalisée », selon l’organisation. Dans les faits, il est extrêmement difficile à une membre des basses castes ou des dalits d’obtenir justice surtout lorsqu’elles sont exposées aux Khap Panchayat, ces conseils de castes de village sans statut légal.

La loi de 2013 a élargi la définition des violences aux cas de harcèlement sexuel, de voyeurisme et de harcèlement criminel mais certains policiers ne déposent pas toujours le premier rapport d’information qui seul peut déboucher sur une enquête. En théorie, ces agents s’exposent à deux ans de prison. Dans la réalité, les cas de pression sur la femme ou ses proches pour qu’elle retire sa plainte ou pour trouver un règlement à l’amiable sont légion « notamment si l’accusé (appartient) à une famille ou une communauté puissante ». D’autres femmes rapportent avoir été battues par la police lors de leur dépôt de plainte. A 13 ans, « Mansi » a été violée par un potentat local derrière une gare du Maharashtra mais détenue par la police douze jours durant afin qu’elle renonce à sa plainte. Dans l’Uttar Pradesh, Barkha et son conjoint ont dû quitter leur village « pour échapper aux menaces répétées et au harcèlement dirigés contre eux par les accusés et par d’autres personnes du village ».

Un suivi médical et juridique insuffisant

Malgré son interdiction, le dégradant « test à deux doigts », qui vise prétendument à vérifier la virginité d’une fille mais constitue dans les faits un deuxième viol, a toujours cours. Depuis 2014, le ministère de la Santé et du Bien-être familial a diffusé des recommandations sur les soins médico-légaux à prodiguer aux femmes ayant subi des violences sexuelles mais les gouvernements fédéraux ne sont pas tenus de les suivre. « Alors même que les autorités commencent à unifier la manière dont sont recueillies les preuves médico-légales, les systèmes de santé des États ont largement échoué à offrir aux victimes de viol le suivi psychologique et les soins thérapeutiques nécessaires, notamment l’accès à des avortements médicalisés ou à des tests de dépistage de maladies sexuellement transmissibles », explique Human Rights Watch. L’assistance juridique fait également défaut.

La police informe rarement la victime de l’aide juridictionnelle à laquelle elle peut prétendre. Une fois devant le juge, le cauchemar continue : « tenter d’humilier la victime reste une méthode très répandue devant les tribunaux », souligne Rebecca Mammen John, une avocate pénaliste de New Delhi.

Lina Sankari

Organisation féministe Égalité, Pologne

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