Édition du 25 avril 2017

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Éducation

Ensemble pour la défense de l'école publique...

Le 20 novembre dernier, Québec solidaire interpellait à l’Assemblée nationale le ministre de l’Éducation, François Blais, sur ses politiques qui fragilisent et détériorent l’école publique. Des parents, des élèves, des citoyen-nes, des représentantEs des partis politiques d’opposition avaient été invités à assister à cette interpellation ministérielle par Québec solidaire.

C’est à l’initiative de Françoise David que Québec solidaire avait invité à cette interpellation un représentant du Parti Québécois et un représentant de Coalition avenir Québec. Les questions adressées au ministre François Blais sont restées sans réponse. Le ministre et deux députés libéraux qui l’assistaient n’avaient aucune intention de répondre aux questions ou aux remarques de Françoise David de Québec solidaire, d’Alexandre Cloutier du Parti québécois ou de Jean-François Roberge de la Coalition Avenir Québec.

Un ministre qui se montre sourd, aveugle et arrogant

Pour le ministre Blais, la situation de l’école publique est excellente, le taux de réussite est en progression, le décrochage est de moins en moins important et ,de toute façon, les coupures sont justifiées, car la priorité pour lui c’est de parvenir dans les meilleurs délais à l’équilibre budgétaire.

Alors que le ministre se voyait reprocher sa politique de coupures, il a essayé de démontrer que le réseau de l’éducation pouvait faire plus avec moins, s’il pouvait surmonter ses problèmes de gouvernance qui reposaient essentiellement, à ses dires, sur l’incurie des commissions scolaires.

Refusant d’écouter les témoignages rappelés par les députéEs sur les conséquences désastreuses des coupures sur les services apportés aux enfants des écoles, le ministre s’est vanté de ses initiatives en formation professionnelle, et a défendu une école liée le plus étroitement possible aux besoins des entreprises privées. Nous avons pu assister à un véritable dialogue de sourds et à un véritable festival de l’autosatisfaction ministérielle.

Les parents prennent la parole pour défendre l’école publique

Sur l’heure du midi, un rassemblement s’est tenu devant l’Assemblée nationale par le mouvement Je protège mon école publique, la Coalition des parents pour l’école publique et la Coalition des parents d’enfants à besoins particuliers. Plus de 250 personnes ont manifesté devant l’Assemblée nationale pour apporter leur soutien à un réinvestissement massif dans l’école publique. Vous pouvez écouter les interventions des porte-parole des organisations de parents.


Ensemble pour défendre l’école publique...

Aussitôt après la tenue de la conférence de presse, la Coalition Avenir Québec s’est dissociée de l’idée d’utiliser une part du milliard de dollars de surplus budgétaire dégagé depuis le début de l’année pour investir en éducation. La CAQ lie le réinvestissement aux coupures dans la bureaucratie et ce parti partage avec le Parti de Philippe Couillard son obsession du déficit zéro auquel il prétend parvenir par les coupures des dépenses publiques. Voilà qui s’inscrit dans la tradition de ce parti et en fait un allié plus que douteux dans la défense de l’école publique.

Alexandre Cloutier du Parti québécois a invité le gouvernement Couillard à réinvestir une partie du milliard de dollars de surplus budgétaire dégagé depuis le début de l’année. Et on ne peut que se réjouir devant cet engagement de réinvestir en éducation. Mais il faut juger un parti à ses actes, particulièrement lorsqu’il est au pouvoir. Et à ce niveau, le bilan du dernier gouvernement péquiste est très révélateur. Et monsieur Cloutier a été solidaire des actions de ce gouvernement. En éducation, le gouvernement Marois a multiplié les compressions aux budgets des commissions scolaires. Il a maintenu l’aide au réseau privé. Il a oublié sa promesse d’ajouter des ressources professionnelles pour assurer la réussite scolaire des élèves en difficultés.Il a imposé le dégel et l’indexation des frais de scolarité.

Le chef du Parti québécois écoutera-t-il son député ou se distanciera-t-il de l’engagement de M. Cloutier comme il l’a fait vis-à-vis la motion adoptée par son propre parti en appui aux revendications des travailleurs et travailleuses du Front commun. Au-delà d’une clause d’appauvrissement zéro, Pierre-Karl Péladeau trouve que c’est compliqué une convention collective. Avec un tel bilan et un tel chef, le Parti québécois ne fait pas un partenaire très sûr pour la défense des services publics et pour un réinvestissement massif dans l’école publique.

Comme le rappelait d’ailleurs Québec solidaire, [1] "puiser dans le milliard de surplus budgétaire n’est qu’une "solution à court terme". La conception de Québec solidaire est en effet beaucoup plus ambitieuse comme il l’écrivait dans un tract [2] largement diffusé depuis plusieurs semaines :

  • Suspendre les versements au Fonds des générations pour annuler les compressions et réinvestir en éducation primaire et secondaire ;
  • Transférer au réseau public les subventions données aux écoles privées et permettre à celles-ci de s’intégrer au réseau public ;
  • Éliminer les frais de fréquentation d’une école publique et améliorer les ressources des écoles des milieux défavorisés.

Québec solidaire prévoit même une réforme de la fiscalité pour faire payer les banques et les grandes entreprises afin que l’État puisse disposer des fonds nécessaires à un réinvestissement massif en éducation et dans la défense des services publics.

L’espoir de Françoise David de pouvoir construire une opposition unie pour la défense de l’école publique avec des partis qui ont fait la preuve de leur obsession du déficit zéro et qui sont des défenseurs de l’école privée semble reposer sur des bases bien fragiles.

Nos alliés dans la lutte pour la défense de l’école publique, ce sont les organisations syndicales, les organisations de parents, bref, les mouvements citoyens et les mouvements sociaux qui refusent les priorités établies par les partis attachés par mille liens à l’oligarchie .

Bernard Rioux

Militant socialiste depuis le début des années 70, il a été impliqué dans le processus d’unification de la gauche politique. Il a participé à la fondation du Parti de la démocratie socialiste et à celle de l’Union des Forces progressistes. Militant de Québec solidaire, il participe au collectif de Gauche socialiste où il a été longtemps responsable de son site, lagauche.com. Il est un membre fondateur de Presse-toi à gauche.

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