Édition du 18 septembre 2018

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Amérique centrale et du sud

Est-ce que les États-Unis s’ingèrent au Nicaragua ?

Au cours des décennies passées, les États-Unis ont, sans bruit, soutenu des groupes d’opposition au Nicaragua. Ils les ont aidés à organiser la résistance au Président de la gauche populaire, Daniel Ortega.

Edward Hunt, counterpunch.org, 10 mai 2018,
Traduction, Alexandra Cyr

Leurs représentants.es espèrent que ces groupes pourront créer un nouveau mouvement politique capable de défaire le Président lors des prochaines élections ou encore, avec leurs pressions, l’obliger à quitter le pouvoir. Leur crainte est que, sans leur support, cette opposition demeure faible et divisée, incapable de déployer une campagne politique gagnante contre le Président Ortega. En septembre 2016, Juan Gonzalez, représentant officiel du Département d’État, a déclaré devant le Congrès : « Au point de départ, nos programmes d’assistance s’adressaient à la société civile. Nous voulions limiter les affrontements avec le gouvernement central ».

Ces programmes d’assistance semblent avoir eut quelques effets maintenant que les groupes d’opposition dirigent des manifestations importantes contre le gouvernement de leur pays. Alors que le gouvernement Ortega à adopté plusieurs mesures pour améliorer la sécurité sociale en avril dernier, les opposants.es ont organisé une série de protestations qui sont vite devenues violentes. Les observateurs estiment qu’au moins 45 personnes y ont été tuées.
Depuis le début de ces protestations, les représentants.es américains.es ont déclaré leur appui à cette opposition, blâmant le gouvernement nicaraguayen pour la violence. Est-ce que des membres précis.es des protestations ont bénéficié de leur assistance ? Ce n’est pas clair.

S’il reste des questions sans réponse sur l’ampleur de l’implication des États-Unis en ce moment, il n’y a aucun secret sur le fait qu’ils ont historiquement joué un rôle marquant au Nicaragua. Au début du 20ième siècle les Marines américains ont occupé le pays pendant 20 ans. Quand ils se sont retiré en 1930, ils ont remis le pouvoir à la famille Somoza qui a dirigé le pays avec l’appui américain jusqu’en 1970.

Au cours des dernières années 1970, les Sandinistes ont renversé le dictateur Somoza soutenu par les États-Unis. C’était une révolution populaire. Avec son gouvernement révolutionnaire, D. Ortega à commencé à affecter plus de ressources en éducation et dans les soins de santé et ainsi amélioré l’alphabétisation et réduit la mortalité infantile.

Pour empêcher la révolution de réussir, les représentants.es officiels.les américains.es ont mené deux campagnes majeures contre les Sandinistes. À la mie 1980, l’administration Reagan à organisé une guerre terroriste contre le Nicaragua en soutenant fortement les groupes contre révolutionnaires (contras) qui ont essayé de renverser le nouveau gouvernement. Pendant qu’ils menaient leur guerre de terreur les représentants.es officiels.les des États-Unis ont commencé à soutenir les opposants.es à Ortega ce qui leur a permis de faire des gains politiques lors des élections présidentielles en 1990.

Au cours des années suivantes, ces réprésentants.es sont demeurés.es proches de leurs alliés.es politiques. Les messages diplomatiques que WikiLeaks à dévoilés montrent que leur préoccupation est de maintenir leurs alliés.es politiques au pouvoir et empêcher les Sandinistes d’en regagner. Avant les élections présidentielles de 2006, les diplomates américains.es ont été les fers de lance d’une campagne multi-facettes pour financer leurs alliés.es tout en décourageant les électeurs.trices de voter en faveur de D. Ortega.

Mais tous ces efforts n’ont pas permis de faire élire leur candidat à la Présidence. Daniel Ortega à été réélu donnant ainsi aux Sandinistes une occasion de faire revivre leur révolution.

Les diplomates américains.es au Nicaragua ont été stupéfaits.es de ce résultat. Pour arriver à leurs objectifs il leur fallait intensifier les programmes de confrontation à Ortega : « Nous devons passer à des actions décisives et à des mesures bien financées pour renforcer les éléments de la société nicaraguayenne qui sont les mieux placés pour l’arrêter (Ortega) avant qu’il calme la majorité de son peuple en la menant à l’autosatisfaction ou encore en lui imposant le silence ».

En septembre 2016, Mme Marcela Escobari, représentante officielle du gouvernement américain, à déclaré devant un comité du Congrès, que U.S.A.I.D. (agence d’aide internationale américaine) travaillait avec plus de 2,000 jeunes et 60 organisations de la société civile pour les aider à jouer un rôle plus actif dans la politique de leur pays et leur société : « Ces efforts leur permettent d’intervenir fortement dans la vie politique et de voir des résultats arriver ».

Mais ces représentants.es américains.es ont souvent eut de la difficulté à mobiliser cette opposition. Après sa réélection, D. Ortega a mis en place un certain nombre de programmes d’aide sociale populaire : il a rendu l’éducation et les soins de santé gratuits et introduit divers programmes pour l’amélioration des logements. Ces mesures ont été efficaces ; elles ont amélioré significativement les revenus et réduit la pauvreté. Elles ont aussi renforcé la popularité du Président Ortega surtout chez les pauvres.

En septembre 2016, un rapport du Service de recherche du Congrès (américain) décrivait M. Ortega comme « la figure politique la plus populaire du Nicaragua ». Durant ce même mois, Juan Gonzalez, représentant officiel du Département d’État, soulignait que D. Ortega était soutenu par une majorité de la population à cause : « de la quantité d’investissements sociaux qu’il à mis en place dans le pays ».

Néanmoins, les représantants.es américains.es n’ont pas renoncé à leurs efforts pour renverser M. Ortega. Même si plusieurs d’entre eux et elles prennent en compte qu’il a maintenu des politiques économiques favorables aux entreprises et aux investisseurs américains, à leurs yeux, ce n’est pas suffisant. Plus tôt cette année, Mme Laura Dogu, ambassadrice américaine au Nicaragua, déplorait que les risques soient trop élevés dans ce pays pour les investisseurs internationaux. Elle soulignait que l’avantage de « la main d’œuvre bon marché » perdait de son attrait : « Comme plus d’activités sont exécutées par des robots, le coût de la main-d’œuvre devient sans importance ».

Elle insiste pour dire que la population nicaraguayenne devrait accepter des réformes économiques tous azimut si elle veut que le pays demeure compétitif dans l’économie mondiale. Elle demande plus de formation professionnelle pour les jeunes et l’introduction de cultures génétiquement modifiées dans le pays : « Le Nicaragua peut choisir de rentrer dans les marchés émergeants et avoir des industries en croissance….ou bien, il peut choisir de rester derrière alors que d’autres pays saisissent ces opportunités ».

Pour ces représentants.es du gouvernement américain, le plus grand problème c’est que Daniel Ortega demeure le dirigeant du Nicaragua. Aussi longtemps qu’il reste Président, leur crainte est qu’il ne leur sera jamais possible de diriger le pays dans leur direction préférée.

Pour ces gens, D. Ortega est une « relique » de la guerre froide comme l’a dit le Sénateur Marco Rubio un jour. Ils estiment aussi que le moment des révolutions de gauche est terminé en Amérique latine. Comme les dirigeants.es de gauche perdent le pouvoir partout dans la région, leur espoir est qu’Ortega soit le prochain.

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